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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 10 mai 2013
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-Alex Stjernfeldt
(chant+guitare+claviers+basse+batterie)

-Victor Wegeborn
(la même chose)



TRACKLIST

1) The Water That We All Come To Need
2) Intervention
3) A Road Of Gravel And Skulls
4) The Womb, The Woe, The Woman
5) A Falling Deity

DISCOGRAPHIE


The Moth Gatherer - A Bright Celestial Light
(2013) - postcore - Label : Agonia Records



Le metal extrême c’est un peu comme les fromages forts. Dans les deux cas, pour le profane, la première impression n’est pas très favorable. L’aspect extérieur est souvent douteux (combien de millions de pochettes de notre genre musical préféré ont été conçues par le petit cousin du chanteur, âgé de quatre ans ?) et le premier essai douloureux, pour le palais dans le cas du maroilles ou de la boulette d’Avesnes, pour les tympans en ce qui concerne les hurlements et autres déferlements rythmiques de nos artistes (en général) chevelus. Ce qui provoque qu’une très importante partie du public potentiel lâche l‘affaire, à tort bien entendu, car une fois la peur initiale vaincue, on se rend compte dans les deux cas que la saveur est souvent (pas tout le temps non plus, hein) bien plus subtile que ce que l’on pensait initialement.

Et en matière de subtilité, le duo Suédois The Moth Gatherer a l’air d’en connaître un rayon. Une double mise en garde s’impose tout de même. La première est de ne pas trop se fier à la description que fait le groupe de sa musique, qui n’est pas franchement expérimentale ni totalement progressive. Même pour écouter "The Womb, The Woe, The Woman", morceau le plus tortueux de l’album, il n’y a pas besoin d’avoir un doctorat en musique barrée pour comprendre où les musicos veulent en venir. Non, les artistes ne posent pas ici les jalons d’un style nouveau : The Moth Gatherer est dans la droite lignée de Neurosis, Cult of Luna et leurs amis. Au programme : riffs lourds, souvent hypnotiques, entre hardcore et metal indus, voix écorchée très core et une jolie palette de sonorités plus cristallines et mélodiques. La deuxième est de ne pas trop s’appesantir sur le premier titre qui, sans être mauvais, n’est qu’un petit apéritif en comparaison de ce que la suite offre. Ses réels mérites sont de proposer une intro en trompe-l’œil (qui pourrait même laisser penser que A Bright Celestial Light est un album léger) et postérieurement d’annoncer de quoi sera faite l’œuvre. C’est à partir de l’excellent "Intervention" que tout se met en place : une fois passés les pesants riffs introductifs, The Moth Gatherer nous y démontre sa capacité à faire cohabiter ce côté plombé et des touches fines remplies d'harmonies presque palpables tant elles sont douloureuses et belles à la fois, cohabitation  si chère au Neurosis de l’époque Enemy of the Sun/Through Silver In Blood.
"Intervention" fait ainsi monter la sauce peu à peu et le passage tranquille se convertit peu à peu en un moment de tension électrique de haute volée, où la voix core laisse place à des râles presque death, comme savait également si bien faire Neurosis. Ce titre marque le véritable début d’un spectacle sonore qui durera jusqu’à la fin de l’album. Du même niveau, "A Road of Gravel and Skulls" et son début agrémenté de quelques sonorités électro, est impressionnant d’efficacité : l’utilisation d’un rythme chaloupé fait mouche donnant une touche incantatoire aux huit minutes de bonheur que représente le titre. "The Womb, The Woe, The Woman" évoqué précédemment séduit également par son côté un peu plus imprévisible et des parties instrumentales calmes vraiment limpides, rappelant le bon côté des musiques « post- ». L’instrumental "A Falling Deity" conclut quant à lui sur une bonne note ce mélange de pesanteur et de triste légèreté. Commencé dans un climat très lourd, le titre évolue ensuite vers un convaincante combinaison d’instruments classiques et électriques, avant que le piano ne termine l’œuvre sur une note émouvante. Au total, A Bright Celestial Light, malgré un départ un tantinet poussif, s’avère ensuite une œuvre qui certes n’est pas pionnière en la matière, mais n’en est pas moins un travail de tout premier ordre. On en vient même à trouver que cinq titres durant trois quart d’heure au total, c’est un peu insuffisant : vu le tempo lent des morceaux, ces derniers ont besoin de temps pour transmettre leurs vibrations. Du coup, on n’aurait pas été contre un petit quart d’heure de rab…


A Bright Celestial Light commence un peu sur la pointe des pieds avant de se poser comme un délicieux album de metal aux influences core/indus/sludge/post (choisissez le qualificatif, moi, je m’y perds dans les terminologies des jeunes gens) délicatement mélangées avec des ingrédients beaucoup plus subtils. Le duo suédois réussit avec ce premier un album un savoureux dosage entre pesanteur et mélodies empreinte d’une tristesse très agréable à entendre et n’a pas grand-chose à envier aux grands noms du genre. Le côté expérimental et progressif n’est peut-être pas aussi présent que ce qu’en pensent les créateurs de l’œuvre, mais qu’importent les étiquettes : cet album est très bon et hautement recommandable, c’est bien ce qu’il faut retenir. Personnellement, j’en redemande.



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