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CHRONIQUE PAR ...

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Dommedag
Cette chronique a été mise en ligne le 07 mai 2013
Sa note : 18/20

LINE UP

-Famine
(chant+guitare+basse)

-Winterhalter
(batterie)

-Indria
(basse)

TRACKLIST

1) Nous Sommes Fanés
2) Le Mort Joyeux
3) Laus Tibi Domine
4) Spleen
5) Phalènes Et Pestilences - Salvatrice Averse
6) Retour De Flammes ( Hooligan Black Metal)
7) Dueil Angoisseus (Christine De Pisan 1362-1431)
8) Des Médecins Malades Et Des Saints Séquestrés

DISCOGRAPHIE


Peste Noire - La Sanie Des Siècles (Panégyrique De La Dégénérescence)
(2006) - black metal - Label : De Profundis Editions



La France, ce pays où le metal ne trouve désespérément pas grâce aux yeux du grand public, au grand dam de certains. Enfin, à voir l’invasion actuelle de la génération swagg droguée à coups de soupe radiophonique, c’est peut-être aussi bien. Tout ceci pour dire que, malgré cet état de disgrâce aux yeux de la majorité, la scène française cache tout de même un nombre non négligeable de groupes tous plus intéressants les uns que les autres. Que ce soit Gojira, désormais capable de s’offrir des citations à l’Assemblée Nationale, Impureza, Svart Crown, Seth, Misanthrope, Suppuration, ou encore Alcest, un florilège de formations méritent l’écoute. D’ailleurs, dans ce même Alcest cité précédemment, on pouvait trouver, à l’époque où Tristesse Hivernale était encore son appellation, un certain Feu Cruel, qui sortira également quelques démos, aux titres suspects (Aryan Supremacy, Macabre Transcendance…), qui seront plus tard rééditées. Témoignages sauvages d’un raw black intéressant, toutes ces tentatives étaient le fruit de l’imagination du seul et unique cerveau (dérangé) qui se cache derrière le nom Peste Noire, j’ai nommé la Sale Famine de Valfunde, qui entre temps avait abandonné le pseudonyme Feu Cruel.

La Sanie des Siècles est le premier témoignage studio de la troupe d’Avignon. Entièrement composée par Famine, ainsi qu’il le clame haut et fort dans les quelques interviews qu’il a pu donner, la musique ne diffère pas de ce qui avait pu être offert dans les cassettes sus-citées. Le peu de production apporté a juste remis chaque instrument à sa place, en évitant que l’un d’eux ne dirige outrageusement les autres. Cependant, les guitares gardent un niveau de saturation assez élevé pour que l’album ne soit pas accessible au premier venu. Ce mixage nécessitera également qu’on accorde à la Sanie plusieurs écoutes, de préférence consciencieuses, pour en percer le réel attrait. Ce n’est pas pour rien que la Sale Famine a choisi pour P.N. la devise « Au sublime par le putride, au spirituel par l’immondice. » Les riffs, pour la plupart dissonants, sont particuliers, suintant la folie de leur créateur, et confèrent à ces ménestrels du Gard tout leur intérêt. Mais, au milieu de ce marasme marécageux, on trouve des éclaircies, « un rayon de lumière au fond d’une chiotte de l’enfer », sous la forme de motifs mélodiques absolument superbes. Joués la plupart du temps sous forme de tappings ("Des Médecins Malades Et Des Saints Séquestrés"), on les retrouve aussi sous la forme de solis, assez rock dans l’esprit ("Laus Tibi Domine") et faisant le parallèle avec Valfunde, le projet solo de Famine, orienté vers un rock mélancolique.

Le long "Phalènes Et Pestilence – Salvatrice Averse" expose également le talent à la guitare acoustique du larron, qui nous régale d’une mélodie médiévale, progressant peu à peu vers l’insanité rampante qui se délecte déjà de pouvoir avaler l’auditeur dans sa noire et pestilante gueule. Mais tout ceci, cet ensemble de riffs, de mélodies, accompagné de ce chant éraillé, et diablement expressif dans ses moments les plus désespérés ("Le Mort Joyeux"), vise surtout à la création d’ambiances. La Sanie n’est pas un disque de black frontal comme en pondent Marduk et tant d’autres, qui n’ont pas saisi la réelle essence de l’Art Noir. Sentant le moisi ("Spleen" bien sûr, qui retranscrit parfaitement le poème baudelairien), l’album fait planer au-dessus de l’auditeur un climat maussade, cédant parfois aux affres de la dépression ("Dueil Angoisseus"), tentant de désacraliser les derniers pans de Religion qui peuvent encore l’être par des samples dont l’ironie ne fait aucun doute. Tout ceci est agrémenté par les textes de Famine, qui côtoient ceux d’autres auteurs, telle la moyenâgeuse Christine De Pisan, ou le fameux Charles qui permet à tant d’adolescents d’affirmer haut et fort leur amour du gothisme. Les essais originaux tirés de la plume de l’ex-acolyte de Neige, celui de « Retour de Flammes » mis-à-part, n’ont d’ailleurs rien à envier à ceux de ses vis-à-vis. Une lecture de « Des Médecins Malades et des Saints Séquestrés » suffira à vous en convaincre.

Bourré d’un talent qu’il étale à loisir pendant 52 minutes, et malgré des opinions qui provoqueront peut-être l’aversion pour le personnage, la Sale Famine se fait ici intouchable. Géniteur unique de ce premier effort, il met une raclée à toute la production des Légions Noires, et à une bonne partie de la scène, en étant le porte-étendard du black français. Aussi décriée qu’adulée, la légende P.N. est en marche.


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