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CHRONIQUE PAR ...

101
Dommedag
Cette chronique a été mise en ligne le 04 avril 2013
Sa note : 16/20

LINE UP

-JB Le Bail
(chant+guitare)

-Clément "Klem" Flandrois
(guitare)

-Ludovic Veyssière
(basse)

-N. Muller
(batterie)

TRACKLIST

1) Manifestatio Symptoms
2) Genesis Architect
3) Intern. Virus. Human
4) In Utero: A Place Of Hatred And Threat
5) Until The Last Breath
6) Profane
7) The Therapy Of Flesh
8) Venomous Ritual
9) Ascetic Purification
10) Revelation: Down Here Stillborn

DISCOGRAPHIE

Ages Of Decay (2008)
Witnessing The Fall (2010)
Profane (2013)
Abreaction (2017)

Svart Crown - Profane



Mon petit cœur battait la chamade lorsque j’ai lancé pour la première fois la lecture de Profane. Je suppliais mentalement J.B. Le Bail et sa bande de ne pas s’être bananés après leurs deux excellents premiers albums. Les Niçois mériteraient d’autant plus d’être davantage connus que leurs prestations live sont de véritables boucheries, et ceci malgré une fréquence de tournée assez spartiate. Ils officient dans un black / death dont la principale influence est Behemoth, mais qui a également, pour une fois, ses caractéristiques propres.

Dans les rangs des spécificités du groupe, on retrouve ces sonorités malsaines produites en utilisant les cordes aigües, et qui les accompagnent depuis le magistral Ages Of Decay. Le point qui frappe dès le départ c’est la progression dans la démarche engagée sur Witnessing The Fall. Profane est encore plus malsain et noir que son prédécesseur, et joue davantage sur le côté black dissonant. Le titre "In Utero – A Place Of Hatred And Threat", par exemple, dépasse de loin les "Into A Demential Sea" et autres "Nahash The Temptator"en prenant l’auditeur dans un maëlstrom enragé de chapes de métal noir qui le laissera à coup sûr sur le carreau. Cette utilisation plus marquée de la dissonance les rapprocherait presque de Deathspell Omega, bien que les riffs demeurent assez structurés pour qu’on reste encore loin du Fas Ite Maledicti, In Ignem Aeternum et autres œuvres sorties du primat du riff des Poitevins. L’utilisation régulières d’harmoniques artificielles rajoutera à cette impression générale de malaise, en coupant parfois net un riff, sur "Intern . Virus . Human" ou en débarquant tout simplement sans prévenir à n’importe quel autre moment.
Les mélodies sont encore plus sombres que précédemment, puisque noyées la plupart du temps dans la masse tourbillonnante de violence jouée par le groupe. Comme avant, le chant totalement possédé et régulièrement doublé, à la façon de Behemoth, transmettra à l’auditeur haine et parfois désespoir, voire souffrance pour peu qu’il s’y laisse prendre. Les blast beats, toujours aussi frénétiques et nombreux, qui confèrent à la musique toute sa saveur, ont ici été légèrement allégés au profit de nombreux roulements et d’une utilisation plus importante des cymbales. Pas une mauvaise chose, étant donné que les fulgurances et cassures apportées ainsi contribuent également à l’impression d’instabilité, et de maladie mentale que transmettent les six-cordes. Rarement œuvre fut plus noire. On reprochera uniquement un "Venomous Ritual", pas des plus utiles, malgré la montée en puissance vers la fin de l’album qu’il produit. Elle aurait sûrement gagné à moins s’étendre dans le temps. Bien aidés par une production massive dans l’air du temps, les Niçois dispensent encore une fois, la colère et le blasphème de la plus belle des manières.
Cette nouvelle livraison est gorgée d’excellents morceaux : sentez comme rampe ce "Until The Last Breath", avec cette enharmonie temporellement suspendue de cordes, douloureuses pour qui n’apprécie pas la souffrance faite musique. Ployez sous les assauts de la terrible épopée éponyme, qui figure de parfaite manière le chaos intérieur que peut être l’accouchement du démon dormant dans les entrailles de cette mère impie présentée sur la pochette, les soubresauts, entrecoupés par le grincement des six-cordes, représentant le craquement des os pour enfanter la chair juvénile mais démoniale. Ne résistez pas au retournement de vos viscères, adorablement insupportable, qu’engendrera "In Utero - A Place Of Hatred And Threat", par son caractère vicié, et vicieux, qui vous mure derrière et sous les parpaings noirs d’un édifice labyrinthique dont vous ne pourrez espérer sortir sans de lourdes cicatrices internes, voire externes pour peu que vous soyez porté sur l’automutilation… Finissez, enfin, par vous écrouler sous l’enchaînement des deux morceaux finaux, qui se suivent sans qu’on ne le voie, parfaitement encastrés l'un dans l'autre.


Svart Crown a ici trouvé le moyen d’ouvrir sa musique au viscéral, le mariant à la brutalité de ses vertes années pour un résultat détonnant. Le lien est parfois ténu avec le Paracletus des Poitevins cités plus haut, lorsque les vents de la dissonance se lèvent, afin de nous cingler de leurs rafales, bien que le travail sur les mélodies soit radicalement différent.


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