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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 22 mars 2013
Sa note : 17.5/20

LINE UP

-Andreas Frigstad
(chant)

-K. Wikstol
(chant+basse)

-Sindre Nedland
(chant+claviers)

-Johnar Haaland
(guitare)

-Kjetil D. Pedersen
(guitare)

-Stig Reinhardtsen
(batterie)

TRACKLIST

1) Against the Grain
2) Image of Time
3) Southern Shores
4) Hymne til Havet
5) Culmination of the Enigma
6) Times of Yore
7) Rise Against
8) To the Core
9) Floating on the Murmuring Tide

DISCOGRAPHIE

The Latter Rain (2007)
AEnigma (2013)

In Vain - AEnigma
(2013) - death metal doom metal death atmosphérique - Label : Indie Recordings



« (…) Le cinquième jour, Metal God vit que les hommes avaient du mal à s’y retrouver niveau musique. Il créa alors le genre musical. Le sixième jour, Metal God se rendit compte que dans un même genre pouvaient cohabiter des œuvres encore vachement différentes. Il créa alors le sous-genre. » Rendons grâce à Metal God, parce que franchement, ça m’aurait posé un problème métaphysique important de ranger le dernier In Vain dans la même catégorie que, au hasard, Mortal Massacre de Mortician. Et Metal God sait que j’apprécie fortement Mortician, mais franchement on parle là de deux mondes qui ont vraiment peu de choses à voir l’un avec l’autre. L’un est gras, sombre et basique. L’autre est certes encore assez lourd, mais raffiné, classieux, même. Et émouvant, très émouvant.

C’est véritablement la principale force d’AEnigma. Pour leur troisième album, les Norvégiens n’ont pas renoué avec la versatilité musicale jouissive de l’excellentissime Latter Rain. Comme sur Mantra, In Vain l’a joué plus sobre, mais les artistes ont su, par rapport à l’œuvre précédente, augmenter la charge émotive de l’ensemble de plusieurs degrés, et ceci grâce à des chœurs en chant clair qui n’ont d’égaux dans l’univers du metal extrême que ceux du grand Herbrand Larsen (Enslaved). Ce monumental atout ne tarde beaucoup à être utilisé par le groupe puisque le morceau initial "Against the Grain" régale déjà l’auditeur de lignes de chant  absolument merveilleuses. L’intermède instrumental "Southern Shores" mis à part, tous les titres de l’album contiennent leurs lots de chorus célestiaux, tous admirablement réussis, à l’exception peut-être de ceux de "Hymne til Havet" un poil trop sucrés et pompiers. Si l’aspect vocal est extrêmement important ici, AEnigma n’est pas pour autant un album a capella, loin de là. In Vain s’appuye toujours sur un gros death mélodique, ample et lent ("Times of Yore"  est le seul morceau à contenir un petit peu de blast), évoquant les Be’lakor, Omnium Gatherum et compagnie, voire le doom / death de Nox Aurea ou Inborn Suffering.
La relative sobriété évoquée au début de la chronique ne doit pas faire penser que l’on à affaire à quelque chose de monolithique, In Vain continue tout de même à varier son propos : AEnigma contient ses moments progs ("Culmination of the Enigma" qui fait bon usage de l’orgue Hammond ou encore "Floating on the Murmuring Tide"), ses incartades black death ("Rise Against" au départ très Agallochien), et même son passage death old school ("To The Core"). Le tout est parsemé de petites interventions tout en délicatesse au saxophone et de quelques nappes de claviers bien sentis. Au final, In Vain propose encore à l’auditeur un voyage dans des contrées musicales étonnantes, faites de parties épiques proprement majestueuses et de sonorités plus « modernes ». Si ce n’est quelques très légers moments de flou sur "Culmination of the Enigma" (qui se rachète vraiment par sa deuxième partie féérique) et "Image of Time", l’ensemble de l’œuvre est impeccable, mais la claque initiale que représente "Against the Grain", aux mélodies imparables, et l’incroyable émotion engendrée par les claviers de "Floating on the Murmuring Tide", rappelant la pop immaculée d’artistes comme Craig Armstrong, sont certainement les moments les plus marquants de l’album. Entre temps, la montre dit qu’il s’est presque écoulé une heure. C’est dur à croire.


AEnigma est une statue représentant une belle femme nue. Sculptée dans une pierre noire et lisse, elle contemple le spectateur de son regard serein, sûre de sa force et de sa beauté. Elle respire la simplicité, mais en même temps, celui qui la contemple éprouve la sensation que celui qui l’a construit est un artiste confirmé. Sophistiqué sans être pompeux, puissant sans être très brutal, l’album aspire à atteindre le rang de grande oeuvre du death metal atmosphérique et du metal extrême accessible, un peu dans la même lignée que Riitiir de leurs compatriotes black-metalleux d’Enslaved. In Vain vient d'apporter une fois de plus sa pierre à la construction de l'édifice métallique.


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