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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 08 mars 2013
Sa note : 15/20

LINE UP

-Espen T. Hangard
(chant+guitare+claviers)

-Andreas Tylden
(chant+guitare)

-Sten Ove Toft
(guitare+piano+programmation)

-Didrik Telle
(basse)

-Kenneth Lamond
(batterie)

TRACKLIST

1) Tidi Kjem Aldri Att
2) Dei Absolutte Krav Og Den Absolutte Nade

DISCOGRAPHIE

Altaar (2013)

Altaar - Altaar
(2013) - hardcore post rock doom metal ambient entre gris clair et gris très foncé - Label : Indie Recordings



« Tu viens, tu joues, tu t’en vas » Ce genre de formule semble être particulièrement adapté aux groupes protestataires dont le suffixe du genre musical est « -core » et pas du tout aux musiciens ayant placé leur art sous les auspices des dieux du doom ou du post-rock. Et pourtant… Il existe un pays où même les plus bavards des genres musicaux propices aux épanchements interminables et autres improvisations plus ou moins heureuses deviennent taciturnes. Il existe un pays où tous les styles s’assombrissent et sont avares en fioritures, teints par la tenace trace musicale laissée au début des années 90 par des musiciens peinturlurés mais d’exception. Altaar vient de ce pays et ne déroge pas à la règle : si le groupe était né autre part, peut-être que son album durerait deux heures. Mais comme il vient d’où il vient…

…il dure seulement trente-cinq minutes. Comme Altaar ne contient que deux morceaux, cela fait quand même une moyenne de plus d’un quart d’heure par titre, mais étant donné le type de musique pratiquée, on a plutôt la sensation d’avoir à faire à un EP qu’à un album complet. « Notez d’un sens, tant mieux » disait Pierre Mortez à Thérèse dans Le père Noël est une ordure, et pour le coup on ne peut pas lui donner complètement tort : Altaar ne se disperse pas, le groupe a un plan et compte bien s’y tenir. Les musiciens semblent en effet avoir construit leur album comme un mouvement sinusoïdal ascendant, ils alternent ainsi les passages sludge (du doom pesant et aux forts relents core et indus) avec des temps où la batterie s’absente, temps évoquant parfois les contrées psychés et un peu bohèmes de Godspeed You! Black Emperor (au milieu du premier morceau notamment), parfois l’obscurité interstellaire de Neptune Towers ou Vindensang. Ca c’est pour le « sinusoïdal ». Pour l’ « ascendant », ce n’est pas compliqué à comprendre : l’intensité de l’album et sa noirceur vont en croissant au fur et à mesure que le temps passe ; la première partie de "Tidi Kjem…", à défaut d’être rieuse, n’est effectivement pas dénuée d’une certaine légèreté (tout est relatif dans ce bas monde hein), par son côté un tantinet psychédélique.
Néanmoins, la seconde moitié du morceau initial propose un visage bien plus sombre et plus plombé, même si le pire est à venir, la première chanson ayant apparemment pour unique but de préparer l’esprit au fantastique  "Dei Absolutte Krav Og Den Absolutte Nade" qui suit. On commence ce dernier comme on a fini le titre précédent, à savoir avec de l’ambient aussi dense que du brouillard dans la vallée de la Saône en hiver, mais peu à peu un rythme entêtant se fait entendre. Et puis le point culminant de l’œuvre est atteint : des riffs à la Neurosis époque Through Silver in Blood surgissent, mais surtout, surtout, le chant apparaît. Et quel chant... Privé jusqu’alors de la moindre ligne vocale, l’auditeur sursaute quand tout d’un coup le fils caché de Martin Van Drunen et Scott Kelly se met à hurler comme un possédé. Parfaitement accompagné par une mélodie aussi simple qu’inquiétante, les vocalises superbement amenées s’immiscent dans la colonne vertébrale de l’infortuné fan avant de lui dévorer la moëlle épinière. Une fois son forfait accompli, l'oeuvre meurt progressivement : le chanteur et le batteur se retirent du jeu, les guitares gémissent et le morceau commence à se désagréger dans une ambiance de fin du monde si typique du dark ambient.


Le plan est réalisé, le rideau tombe et un bilan peut être dressé : Altaar est un très bon album, absolument maîtrisé, totalement dépouillé, diaboliquement conçu. Rarement des styles incitant autant à la masturbation musicale ou au traînage de savate ont été autant rentabilisés, à tel point que les grandes compagnies, toujours en mal de plans sociaux, devraient envisager d’embaucher le quintette norvégien pour faire des coupes franches dans les effectifs de leurs entreprises. Le seul problème était annoncé depuis le départ : on reste vraiment sur notre faim. Avec une bonne vieille fringale même, tellement ces deux titres sont bons. Pourvu que cet album éponyme ait plein de petits frères et de petites sœurs très rapidement, histoire de calmer cette vilaine frustration…


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