5849

CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 06 mars 2013
Sa note : 14/20

LINE UP

-Mike Paparo
(chant)

-Steven Russell
(guitare)

-Trey Dalton
(guitare+chœurs)

-Teddy "T.J. Childers" Johnson
(guitare+claviers+batterie)

-Joe Kerkes
(basse+chœurs)

A participé à l'enregistrement :

-Mikey Allred
(claviers+contrebasse sur "The Survival Fires"+thérémine sur "Love Absolute")

TRACKLIST

1) The Survival Fires
2) The Long Road Home (Iron Gate)
3) The Long Road Home
4) Destroyer
5) ’sblood
6) Westward
7) Love Absolute
8) Sky Burial

DISCOGRAPHIE

Sky Burial (2013)
The Cavern (EP) (2014)

Inter Arma - Sky Burial
(2013) - postcore sludge psyché black - Label : Relapse Records



« Plein d'ennui, palpitant sur le désert du monde,
le soleil qui se meurt regarde et ne voit rien.
Un monstre insatiable a dévoré la vie.
Astres resplendissants des cieux, soyez témoins !
C'est à vous de frémir, car ici-bas, du moins,
l'affreux spectre, la goule horrible est assouvie.
»

L'« Immortel » Leconte de Lisle y allait rarement avec le dos de la cuillère quand l'envie lui prenait de disserter sur ses contemporains, comme en attestent ces quelques vers de "La Dernière Vision" (1872) tirée de ses Poèmes barbares. Il est fort peu probable néanmoins que son imagination galopante lui ait révélé la mise en musique de ses litanies hallucinées par une section de sludge américain cent-quarante ans plus tard. Car après avoir tenté d'éteindre le soleil (Sundown, en 2010), voilà que les membres d'Inter Arma entreprennent de mettre les cieux en bière. Rien que ça.


La météo de Virginie (l'état de la côte Est, pas votre voisine nymphomane) ne doit guère être clémente pour inspirer une telle rancœur envers la voûte céleste. Au moins ne sera-t-il pas reproché au quintet de Richmond de manquer de suite dans les idées d'autant que c'est le susnommé et remarqué Sundown paru sur le label local Forcefield Records qui lui a permis d'accrocher un contrat avec Relapse et enfoncer le clou avec cet apocalyptique Sky Burial. C'est sans surprise mais avec satisfaction que l'on constate la supériorité des moyens alloués au collectif, comme le laisse supposer la superbe pochette aux nuances de gris – pas sûr qu'il y en ait « cinquante » mais le résultat laisse rêveur à l'instar de sa musique menaçante, monolithique, puissante et onirique qui emporte l'auditeur dans des contrées abandonnées des hommes, des dieux et des amibes protozoaires. D'entrée de jeu, "The Survival Fires" donne le ton avec son riff pesant survolé d'un chant malade dont il est difficile de déterminer s'il est chuchoté ou hurlé dans le lointain. La faible lueur d'un break contemplatif éclaire fugacement le sombre tableau avant d'être impitoyablement soufflée par la reprise du thème et un blast beast de batterie qui ne fait cependant pas décoller le tempo. Dix minutes qui font froid dans le dos et disent qu'on va tous crever.
Ainsi se déclinent les lourdes et longues séquences hypnotiques de Sky Burial, timidement mises entre parenthèses par deux intermèdes à peine plus apaisés. Les morceaux prennent leur temps, bourdonnent, saturent, laissant l'auditeur hagard et parfois dubitatif devant ces leitmotivs qui résonnent comme autant d'injonctions à renoncer une bonne fois pour toutes au bonheur. Toutefois, les architectes de ces mélopées cyclopéennes ont pris soin d'apporter quelques variations qui sauvent de la monotonie, comme le break tribal de "Destroyer" ou cette intrigante accalmie rappelant Opeth sur l'ample "Sky Burial" qui s'achève, on n'ose y croire, par une accélération évoquant la Vierge de Fer que tourmenterait le haut-mal. "The Long Road Home" surprend carrément avec son orgue prisonnier du vent qui fait croire à une relecture postcore de "One of these Days" de Pink Floyd, prélude à un long solo psyché seventies qu'interrompt sans crier gare un cri hystérique introduisant une coda purement black metal proche de ce que pouvait proposer Ancient ou Lord Belial. Le reste progresse douloureusement dans la boue froide des guitares d'où s'extirpent les hurlements inhumains en provenance d'un intangible Ailleurs, un peu à la manière du Soulgrind de Lord Heikkinen sur le dément Ladit A.D. 1999 : Bihttpotb.


Parmi la progéniture grouillante de la reine-mère Neurosis, Inter Arma s'affirme avec Sky Burial comme un rejeton doué qui ne rechigne pas à diversifier son sludge de base avec quelques ingrédients black metal et psychédéliques. Le résultat consiste en une fresque certes austère mais qui figure parmi les transcriptions soniques les plus saisissantes de la post-apocalypse. S'ils parviennent à équilibrer leurs dosages sans compromettre la malsaine densité de leurs partitions, nul doute qu'un futur paradoxalement radieux attend les Richmondains (ayons ici une pensée pour les moins chanceux habitants de Bonny-sur-Loire).


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 5 polaroid milieu 5 polaroid gauche 5