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CHRONIQUE PAR ...

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Dommedag
Cette chronique a été mise en ligne le 23 février 2013
Sa note : 18/20

LINE UP

-Marilyn Manson
(chant)

-Twiggy Ramirez
(basse+guitare)

-Madonna Wayne Gacy
(claviers+synthétiseurs)

-Ginger Fish
(batterie)

-John 5
(guitare live)

TRACKLIST

1) Great Big White World
2) The Dope Show
3) Mechanical Animals
4) Rock Is Dead
5) Disassociative
6) The Speed Of Pain
7) Posthuman
8) I Want To Disappear
9) I Don't Like The Drugs (But The Drugs Like Me)
10) New Model No.15
11) User Friendly
12) Fundamentally Loathsome
13) The Last Day On Earth
14) Coma White

DISCOGRAPHIE


Marilyn Manson - Mechanical Animals
(1998) - glam rock tubesque - Label : Nothing Records



Après le culte Antichrist Superstar et la chaotique tournée qui s’en suivit (bibles déchirées et manifestations chrétiennes visant à annuler les dates à l’appui), le Révérend devait continuer son parcours discographique. Et un problème se posait : Antichrist Superstar était déjà un sommet de violence et de crasse, poussant le vice et la noirceur peut-être même plus loin que The Downward Spiral de Nine Inch Nails (on rappelle à cette occasion que Trent Reznor est le producteur sur Antichrist), avec un metal industriel / alternatif figurant des concepts nietzschéens tels l’éternel retour et la volonté de puissance. Donc, c’était pas gagné. Et pourtant, Brian Hugh Warner et son groupe sont revenus avec rien moins que leur meilleur disque sous le bras.

La pochette annonce déjà la couleur : du noir glauque avec la figuration mansonienne de l’Antéchrist, on passe au blanc éclatant avec la pose d’Omega, l’extraterrestre androgyne dont l’album narre les pérégrinations. A l’époque, c’est une transformation radicale qui choquera un nombre important de fans, qui partiront voir ailleurs par la même occasion.Il faut dire, que, du metal industriel duquel ressortaient quelques tubes comme"The Beautiful People" ou "Tourniquet", la clique de Manson est passée à une espèce de glam rock (et encore, pour les titres les plus énervés seulement, comme le fédérateur "Rock Is Dead"). En dehors de ça, on retrouve un mélange de gospel (oui, oui, les chœurs de "I Don’t Like The Drugs (But The Drugs Like Me)" vous le prouveront) et de musique plus marquée par l'électronique, avec le vocoder de "The Speed Of Pain" ou l’introduction cybernétique de "The Last Day On Earth". A première vue, plus aucune trace de la rage qui habitait l’album précédent. Que signifie cette mue brutale ?
En dehors de l’appât du gain, on pourra parler d’une certaine maturité, puisque le groupe a compris qu’il ne pourrait éternellement continuer sur le chemin précédent, et aussi d’audace, car un changement aussi radical était risqué. Mais, de façon très étonnante, on découvre que ce registre convient parfaitement au groupe. Au fur et à mesure que les titres passent, on découvre un enchaînement de tubes tous plus efficaces et mémorables que les autres (dont, entre autres, les openers "Great Big White World" et "The Dope Show", "Posthuman" et évidemment "Coma White"). Cependant, certains des morceaux ne se dévoilent réellement qu’après quelques écoutes, à l’instar de "The Speed Of Pain" qui ne révèle tout son potentiel qu’une fois qu’on a remarqué les capacités de chanteur de Manson. Car, pour évoquer encore un changement radical, le chant ici n’est plus hurlé, et se fait même parfois caressant et doucereux, avec pour parfait exemple "Coma White". Tous les titres sont lumineux et entraînants, sans pour autant être forcément joyeux.
On voit donc ici un certain exploit, puisque la formation est parvenue en deux albums à passer d’une facette de la musique à sa parfaite Némésis, un peu comme les facettes du yin et du yang. Ainsi que certains l’auront sûrement déjà remarqué, l’album est en fait une vaste toile de fond pour parler des drogues diverses et variées, avec notamment la couleur principale, le blanc, renvoyant à l’héroïne, la cocaïne et autres poudres du même acabit. Les titres des morceaux parlent également d’eux-mêmes, entre "The Dope Show", "Great Big White World", "I Don’t Like The Drugs (But The Drugs Like Me)" et j’en passe. Et certains passages tentent de retranscrire l’expérience liée au substance précitées, en étant planants à souhaits,comme le final de "The Speed Of Pain" ou "Fundamentally Loathsome". Mechanical Animals se distingue également de son prédécesseur par sa production aussi claire que lisse, habillant des titres radiophoniques d’un écrin de velours.


Signant son meilleur album, avec une galette immédiate mais qui tient tout de même parfaitement l’épreuve du temps, le Révérend opère en même temps un changement radical de visage. Assez paradoxalement, malgré les thématiques centrées sexe, drogue et rock’n roll, c’est l’album qui sera le plus susceptible de plaire à vos parents, pour peu que vous preniez le parti de les initier à la musique d’un des groupes qui a le plus dérangé l’Amérique puritaine. La bande prouve ici que sa renommée n’est pas due qu’à la provocation intensive qu’elle pratique, mais aussi à de réelles capacités musicales.


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