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CHRONIQUE PAR ...

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Yannoch
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 18/20

LINE UP

-DJ Shadow (Josh Davies)
(tout)

TRACKLIST

1)Best Food Forward
2)Building Steam With A Grain Of Salt
3)The Number Song
4)Changeling
5)Transmission 1
6)What Does Your Soul Like, Part 4
7)
8)Stem/Long Stem
9)Transmission 2
10)Mutual Slump
11)Organ Donor
12)Why Hip-Hop Sucks in '96
13)Midnight In A Perfect World
14)Napalm Brain/Scatter Brain
15)What Does Your Soul Look Like, Part 1: Blue Sky Revisit
16)Transmission 3

DISCOGRAPHIE


DJ Shadow - Endtroducing...
(1996) - electro abstract hip-hop - Label : Island Records Mo' Wax



DJ SHADOW ? Hum…cela me dit quelque chose, mais j’ai dû mal à resituer… Qui est vraiment cet artiste ? Que fait il précisément ? Dites m’en plus, car j’ai entendu beaucoup d’amis en parler… Josh Davies de son vrai nom, est de nationalité américaine, et né en 1973 à San Francisco. L’enfant grandit et déclare un goût prononcé pour la musique, tout d’abord le hard rock. Par la suite, il acquiert rapidement une connaissance poussée en matière de hip-hop, et affirme son faible pour ce genre. Sa discothèque, et bientôt sa sonothèque enfle à vu d’œil ! Le garçon n’est plus un novice et se lance alors dans le bain en fondant le label Solesides à l’aide de Latyrx et Blackalicious.

Son premier single (résolument hip-hop) sort en 1993 sous le nom Entropy… et déjà le talent est là ! Quelques mois s’écoulent, et bientôt l’aventure Mo’Wax débute ! En effet, James Lavelle (créateur du tout nouveau label Mo’Wax en Angleterre) repère, prend contact avec l’artiste californien et demande à ce dernier de poser l’une des premières pierres à son label. C’est chose faite en 1993 avec In/Flux, seulement l’histoire Mo’Wax ne s’arrête pas là, puisque ensuite paraissent de multiples singles de plus en plus expérimentaux tels que Lost And Found en 1994, What Does Your Soul Look Like en 1995, et un parmi les trois de l’année 96 : Midnight In A Perfect World.

Seulement si DJ Shadow commence à se faire réellement connaître dans le milieu du hip-hop instrumental, il lui manque un album afin d’exploser ! Cet album…ah oui ce p****n d’album (désolé, je m’excuse pour cette vulgarité passagère) sort enfin en 1996. Le « monstre » porte l’appellation Endtroducing, vous savez c’est un peu le genre de phénomène climatique extrême qui ne se produit qu’une fois par décennie (voir plus…), pour rester modeste ! Alors à vous de voir...

L’artiste américain, nous crédite ici d’un premier album aux influences diverses, et aux samples remarquables… la presse (entre autres) classe donc l’album dans une nouvelle catégorie. En effet, le coté expérimental, instrumental et minimaliste de ces productions à base de rythmique hip-hop propulse cet album vers l’Abstract hip-hop…un peu une sorte de liaison entre hip-hop et trip hop pour être plus clair ! À titre informatif, les productions de DJ Krush se classent également dans ce nouveau registre, et ce n’est pas un hasard si quelques unes de celles-ci paraissent sous le même label que son compère américain… Les deux DJ sont donc considérés comme les « ambassadeurs » de l’Abstract hip-hop, sur ce fameux label Mo’wax qui par définition signifie « plus de vinyles »… Replongeons-nous désormais dans l’univers Shadow et plus particulièrement Endtroducing...

Fort d’une expérience (avec les vinyles) longue de plus de dix ans, ce premier opus du Californien est largement influencé par les créateurs du hip-hop des années 80, à savoir : Public Enemy, Afrika Bambaataa, Eric B & Rakim, Grandmaster Flash et A Tribe Called Quest pour ne citer que les plus connus. DJ Shadow nous délivre ainsi une composition variée ou plusieurs genres se mélangent à souhait (jazz, rock, hip-hop, soul…) pour le plus grand bonheur des auditeurs à la recherche de créativité, d’audace, d’éclectisme. Chaque morceau fait preuve d’une identité marquée, d’une forte personnalité car nous ressentons tous cette force, cette énergie avec laquelle Shadow a créé et arrangé chaque plage… c’est une pure merveille !

L’empreinte atypique de l’artiste se fait ressentir dès les premières secondes : scratches surpuissants, samples à volonté, bruits en tout genre, discussions sorties de nulle part, extraits de pub, radio, télévision…tout y est ! Et le plus remarquable, c’est qu’avec cet ensemble « la sauce prend » sans difficulté, le résultat est impressionnant…franchement… Les pistes "Building Steam With A Grain Of Salt" , "Changeling", et "What Does Your Soul Look Like, Part 4" ont pour base commune une rythmique hip-hop assez lente, où bonnes basses et batterie collabore pour constituer un fond sonore « imposant ». Les différences entre ces pistes interviennent lorsque Shadow décide de privilégier, ou bien de faire intervenir un nouvel arrangement, de nouveaux instrus, de nouvelles voix, et bien sur de nouveaux samples ravageurs…

Dès lors l’ambiance varie et le sentiment de force, de puissance, que nous pouvons éprouver au milieu de la piste "Building Steam With A Grain Of Salt" laisse place à un monde un peu plus inquiétant et mystérieux sur "Changeling", en particulier vers la fin du morceau. "Building Steam With A Grain Of Salt" s’avère donc etre une piste particulièrement efficace, en raison de cette terrible basse, de ces voix samplées, mais aussi du délicat piano… la musique nous emporte loin, très loin… c’est un peu comme si nous avions fait un choix et que plus rien ni personne ne pouvait nous faire changer d’avis, nous marchons toujours avec cette même idée en tête, puis arrivons au terme de la route et là c’est le dénouement : bonne décision!

Imprégnez-vous complètement de la musique et voyagez au coté de Shadow… Néanmoins cette piste est à « double tranchant », et une fois de plus l’expérience de chacun dictera le sentiment éprouvé. Attention donc à la puissance de ce morceau ou certains ressentiront peut être un brin de mélancolie lorsque les voix s’élèveront une dernière fois… What Does Your Soul Look Like, Part 4 comme déjà énoncé plus haut reprend la formule gagnante de la rythmique hip-hop posée des pistes 2 et 4 avec un sample qui perdure et une voix distordue dont nous ne nous lassons pas. Le son émis est incomparable et maîtrisé de bout en bout.

Autre point fort de DJ Shadow, les multiples transitions qu’il sait judicieusement placer et arranger. Prenez "Transmission 1" ou par exemple "Transmission 3" qui font réellement office de petite pause dans l’album, tant leur durée est réduite et l’originalité de mise… Avons-nous à faire à un extrait de film, de pub, de radio voir d’une communication ou bien encore d’une transmission de donnée, d’information pourquoi pas ? Cette dernière hypothèse semblant être plus plausible au vu des titres : "Transmission".

Nous pouvons imaginer que Mr Davies a peut être mélangé et utilisé avec rigueur plusieurs sources afin d’obtenir une cohésion parfaite et inventive. Qui sait, cet homme est capable de tout ? Non ? La preuve avec une piste à deux visages : "Stem/Long Stem" début calme avec ce qui ressemble à une harpe, puis soudain un coup de tonnerre. Non ! Un nombre incalculable de coups de tonnerre…la musique s’emballe et le beat atteint une rapidité impressionnante (BPM : battement par minute, je vous laisse les compter…) ; Jusqu’à environ 3.22 minutes alternent donc moments de répit et d'agitation… c’est remarquable ! Ce passage vous donne une pêche d’enfer : jump, jump !

Et puis d’un coup d’un seul sans savoir trop pourquoi, le rythme évolue complètement : c’est à nouveau la magie de ce DJ qui nous renvoie dans une atmosphère étrange, envoûtante et sans brutalité… où une petite guitare discrète s’invite sur un fond sonore très atmosphérique. Exquis ! Atmosphérique justement, "Transmission 2" l’est aussi, cette courte excursion ne dépassant pas la minute trente voit l’arrivée tragique de quelques notes de piano sur un fond sonore déjà « tripant » qui vous contracte irrémédiablement l’estomac. On peut s’interroger sur la raison qui a poussé Shadow à ne pas poursuivre et ainsi faire avorter cette ambiance assurément spéciale, voir dérangeante…

L’enchaînement avec "Mutual Slump" est assez brutal, comme pour nous sortir de la torpeur provoquée par la piste précédente ! La bonne vieille batterie est de retour, accompagnée de quelques scratchs en guise de cerise sur la gâteau, avec toujours cette méthode propre à Josh : le sample ; une plage énergique donc ! L’album touche à sa fin, et les dernières pistes reflètent un univers posé, relativement calme et paisible.

Aucune surprise; ne vous attendez surtout pas à une baisse de régime car les multiples arrangements du californien ne perdent rien que ce soit du point de vue quantitatif, ou bien qualitatif…repérer la voix féminine sur "Midnight In A Perfect world" qui amène douceur et sensualité, mais aussi l’univers créé sur "Napalm Brain/ Scatter Brain" ou petite accélération du rythme succède à un passage tranquille (débutant par un extrait de film). N’oublier pas non plus (et en aucun cas !) de vous arrêtez à "What Does Your soul Look Like, Part 1: Blue Sky Revisit" car l’atmosphère y est fascinante et exerce un certain pouvoir…ah…tristesse ? Nostalgie ? Ici comme ailleurs, tout est bien géré, mené et travaillé… of course ! Qui peut rester insensible a cela ?


Au final, DJ Shadow a su produire un album d’une grande classe, variant les rythmes et puisant son inspiration dans divers courants dont le hip-hop, sa base ! Harmonie, créativité, ouverture sont des mots clés correspondants parfaitement au style Shadow et plus simplement au genre Abstract hip-hop…dans lequel ce dernier est toujours considéré comme le roi du sampling ! L’ouverture d’esprit de cet être, ainsi que sa connaissance acquise par une longue pratique nous est donc retranscrite sur Endtroducing... Un album très instrumental…vous en doutez encore ? Ecoutez "Organ Donor" et ses orgues samplés, musique presque spirituelle en raison de son coté amusant et cocasse. Le concepteur a mené les arrangements sonores de manière un peu fantaisiste, inédite et surtout audacieuse… mais n’est-ce pas là l’essentiel ? Avec l’esprit curieux, vif et éveillé… je vous laisse à votre propre jugement…

DJ shadow, c’est un ensemble et Endtroducing... une révolution !


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