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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 01 février 2013
Sa note : 14/20

LINE UP

-LH
(chant+guitare)

-TTF
(guitare)

-RNN
(basse)

-KSH
(batterie)

TRACKLIST

1) Wreckage
2) What If
3) Your Weakness
4) Released
5) Celebration Day
6) The Lie Within
7) My Shroud, My Scars
8) Messiah
9) My Last Resort
10) So Tired
11) Emotional Control

DISCOGRAPHIE


Tao Menizoo - Journey Through a Deranged Mind



Chacun a sa manière d’assurer son marketing et d’attirer ainsi le chaland. Certains soignent leur look à grands coups de peinture, de clous, de cuir et autres tatouages, d’autres multiplient les déclarations fracassantes ou donnent dans l’outrance idéologique. D’aucuns essayent de jouer le plus fort / vite / lentement possible (rayer les mentions inutiles). N’oublions pas non plus ceux qui optent pour l’option « j’inclus une chanteuse pour faire joli ». Et puis on trouve également les musiciens consciencieux dont la musique n’est que le reflet de leur état d’esprit et qui se contentent de bien faire leur travail, pour le plus grand plaisir des fans qui se foutent de l’aspect promotionnel de notre musique.

Même si Journey Through A Deranged Mind n’est « que » le troisième album des Parisiens de Tao Menizoo, ces derniers ne sont pas nés de la dernière pluie puisque la création du groupe remonte à 1997. Le moins que l’on puisse dire c’est que cela se sent vraiment dans leur musique, tant leur heavy / thrash fortement teinté de death et d’indus pratiqué ici sent le vieux briscard à plein nez. Carrées, compactes et bien ficelées, les compositions du quatuor semblent bien être l’œuvre de ceux qui connaissent la chanson et qui privilégient l’efficacité et la mesure à l’esbrouffe : les morceaux sont tous accessibles et contiennent leur dose de violence sonore, sans toutefois dépasser la quantité journalière d’extrémisme musical recommandée par l’OMS. Deux caractéristiques donnent à l’œuvre une identité propre : d’une part, l’omniprésence des influences indus évoquées plus haut. La fin de l’album est clairement d’obédience industrielle, puisque le lourd et menaçant "So Tired" et plus encore l’atmosphérique "Emotional Control" créent, avec les fameuses voix off et certains arrangements, une ambiance très similaire aux moments calmes du grand The Mind Is A Terrible Thing To Taste.
Le groupe n’attend cependant pas la toute fin de l’album pour nous faire part de leur probable amour pour les Ministry, Treponem Pal et consorts, puisque l’ensemble de l’album est très clairement coloré en gris, tant par quelques riffs très Godfleshiens ("Celebration Day") que par la présence de multiples mélodies dépressives bien senties. Ces mélodies accrocheuses et variées sont d’ailleurs le deuxième facteur d’identité de Journey… Elles permettent de rendre l’ensemble des compositions agréable et font de titres comme "Your Weakness", aux relents de death mélodique, ou "The Lie Within", sorte de composition à la Paradise Lost version indus, vraiment belles. Côté reproches, il n’y a pas grand-chose à commenter si ce n’est que l’optique choisie par nos musicos ne privilégie pas les grands coups d’éclats. Du coup, l’album séduit plus par sa régularité et sa solidité que par son impact immédiat et sa capacité à faire entrer en transe l’auditeur. C’est ce qui arrive aux gens intelligents qui font un travail sérieux. Au premier abord, ce ne sont pas eux qui vont enthousiasmer les foules. Le,lièvre et la tortue, quoi.


Certains chroniqueurs ont comparé Tao Menizoo à Coroner. Même si ça ne m’a pas sauté aux yeux d’entrée, il est vrai que le metal gris-industriel agrémenté de jolies mélodies disséminées de-ci, de-là, peut rappeler No More Colors ou Grin (mais nous sommes en revanche aux antipodes de la démonstration de Punishment For Decadence). Journey Through a Deranged Mind est un bon album, posé, qui développe bien ses idées et devrait pouvoir se réécouter sans problèmes dans dix ans. Plus comparable tennistiquement parlant (ben oui chez les Eternels on aime le tennis, un problème ?) à David Ferrer qu’au maître Roger, le travail de Tao Menizoo ne provoquera pas l’hystérie des fans ni des débats à n’en plus finir sur le web. Non, il provoquera plutôt un discret sourire sur le visage de l’amateur de musique métallique de qualité.


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