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CHRONIQUE PAR ...

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[MäelströM]
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 16/20

LINE UP

-Matthieu B. Michon (chant+guitare+clarinette)

-Florence Bizette (violon+chant)

-Ombeline Chardes (violon)

-Anne Laurin (violoncelle)

-Mathias Fédou (guitare+basse)

-Eric Jamier (basse+guitare)

-Michel Villar
(batterie)

TRACKLIST

1)I've got my own private killing company for assisted suicides (Corporate And National Death Yard)
2)Les Anges sont de fausses blondes
3)Subaquachaotik Warriors
4)Untitled #02
5)Bal(l)ade nocturne
6)My Too-Busy Wife
7)La Cabinet des Fées
8)Fantaisie démonacale
9)Bloody Lovely Lady
10)Daisy Soup & Pork Breast (to nuzzle in Dunwich)

DISCOGRAPHIE


GooGooBlown (Le Bonhomme) - Devilish Fantaziah
(2006) - folk ambient - Label : Universal



Un violon en pizzicato et une guitare en distorsion, mélanger dans un creuset doré. Qui pour touiller ? GooGooBlown (Le Bonhomme), groupe onirique français dans la frange des nouvelles tribus insolites fleurissant sur le macadam de l’hexagone. Depuis déjà plusieurs années apparaissent des groupes ni vraiment francophones ni totalement anglo-saxons. Des assemblages qui digèrent les musiques européennes dans une nouvelle recette que certains pourraient appeler neo-folk. Des groupes qui commencent à définir une identité musicale à la France, jusqu’ici confinée aux seuls OVNIs locaux.

GooGooBlown : le nom que vous ne donneriez même pas à votre clébard. (Le Bonhomme) : la traduction que vous ne choisiriez pas pour votre nom. Depuis Brank Shme Bleu, on n’avait pas vu de groupe français fuyant autant la publicité – le nom constituant le premier lien qu’on tisse à sa découverte. Heureux de voir autant d’audace de la part d’un groupe français. GooGooBlown (Le Bonhomme) : le faux big-band que vous n’attendiez même pas. Goo : de Sonic Youth, titre de son album le plus plébiscité. Blown, de l’anglais : fait à la main (!?). GooGooBlown, ou le salad-bowl de Sonic Youth soufflé à la bouche. Modern-rock débarassé de son blues, le groupe représente une approche plus influencée par le classique – a l’instar de certains groupes de rock 60s ou de la veine metal dite «symphonic». Mais a contrario de ceux-ci, la grandiloquence est une force, l’emphase un moyen et non une fin. Les dragons de Sauron sont remplacés par Alice & the Minimoys.

Ne gardant de la France que les ambiances à la Thiéfaine : GooGooBlown, avec son côté rock à violon, imagine parfois ce qu’aurait pu être Dionysos – débarrassé toutefois de son capricieux leader à l’ego inversement proportionnel à la taille. Les trois violonistes rivalisent d’ingéniosité pour déporter la lourdeur du cauchemar vers des horizons éthérés, chacune de leurs interventions magnifiant les compositions – volant littéralement la vedette aux guitaristes, qui se retrouvent parfois en simple position d’élargisseurs de décibels. Et si le chanteur n’a pas encore trouvé sa «vraie voix», singeant par trop de fois le sieur Bellamy (Muse) la musique, elle, possède déjà une personnalité unique. Pas l’unique du korrigan borgne qui ne doit son originalité qu’à une erreur oculaire non, l’unique du korrigan dans un monde d’ogres. Car musicalement, GooGooBlown ne ressemble à rien d’autre si ce n’est un troubadour de pub irlandais qu’on aurait obligé à grandir, à s’élargir vers Dredg ou Vivaldi. La musique a besoin de ça. L’époque nécessite cela.

Depuis l’introduction destructrice ("…Private Killing Compagny…") jusqu’au candide épilogue ("Daisy Soup & Pork Breast"), ce n’est qu’orgie symphonique aux croisements. Délices sucrées de fraise chantilly, jus de grenade et clope en chocolat. Le groupe a compris la recette alchimique des guitares et des violons. Un peu plus loin, l’univers fantasmatique et féerique de GooGooBlown évoque Mozart, ses cordes bullineuses héritées du romantique s’entrechoquent en dansant avec les groupes de power-pop, suivant les errances atmosphériques d’Air et de Divine Comedy. (Le Bonhomme) a trouvé un nom tout indiqué à son conte : Devilish FantaZiäh ; passant des croque-mitaines nocturnes (et l’énergie du soft-metal) / aux vallées de fleurs enchantées (et leurs emphatiques nappes de violons classiques). Les arrangements finissent de parfaire l’atmosphère, flirtant bon là où Bashung n’a jamais osé aller : vers la Gaya Scienza.

Qu’il est rafraîchissant de constater qu’après de médiocres décennies passées à se focaliser sur les 2 ou 3 bons interprètes que la France enfantait par décade, les nouveaux venus semblent enfin avoir trouvé une inspiration fantasmatique au creux d’une rigole qui n’avait encore jamais été souillée. A Jack the Ripper, Syd Matters ou Narrow Terrence s’ajoute GooGooBlown. Une nouvelle forme de musique est en train de naître en ce moment même, les Français ont re/trouvés l’inspiration. La France a compris qu’elle valait mieux que de se borner à (mal) copier les anglo-saxons ou à raconter des poèmes quotidiens. La jeune France découvre la musique – elle découvre les multitudes de métissages que sa population peut brasser pour parvenir à la décoction miracle. GooGooBlown fait parti de cette vague décomplexée, qui a compris depuis plusieurs années que la France avait besoin de se trouver une direction musicale. Un soldat de plus qui cloue son trophée chez Universal. Un album de plus dans la (jeune) tranchée du bon goût.


Un album vert et bleu, rempli de la vie fantasque et rêveuse de Matthieu "the Pixie Dreamer" Michon. Un album condamné d’avance, car pour en rajouter encore à l’hermétisme du nom, à la difficulté de la musique, (Le Bonhomme) a pris le parti de signer la moitié des titres en anglais – un suicide par les temps qui courent, la France n’apportant qu’une promotion dérisoire aux traîtres à la «noble langue». A l’instar de ses partenaires, GooGooBlown n’en a que faire : la Musique est une langue plus loquace que tous les langages terriens. Brio. Rideau sur la féerie.


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