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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 18 janvier 2013
Sa note : 18/20

LINE UP

-Joseph "Joey Belladonna" Bellardini
(chant)

-Scott Ian Rosenfeld
(guitare+chœurs)

-Daniel Alan "Dan" Spitz
(guitare)

-Frank Joseph Bello
(basse+chœurs)

-Charles Lee "Charlie" Benante
(batterie)

TRACKLIST

1) Among the Living
2) Caught in a Mosh
3) I Am the Law
4) Efilnikufesin (N.F.L.)
5) A Skeleton in the Closet
6) Indians
7) One World
8) A.D.I./Horror of It All
9) Imitation of Life

DISCOGRAPHIE


Anthrax - Among the Living
(1987) - thrash metal - Label : Megaforce Records



1986 : les plus grands noms du thrash sortent un album de folie – Metallica (Master...), Slayer (Reign...), Megadeth (Peace...) et Tankard (Zombie...). Ils sont tous là. Tous, sauf Anthrax. La faute à une série incroyablement malchanceuse de contretemps qui perturbe l'agenda des New-Yorkais : Black Sabbath annule une tournée commune pour raisons de santé, Tchernobyl explose juste avant les premiers concerts prévus en Europe et Cliff Burton décède alors que le groupe doit rejoindre Metallica sur le Vieux Continent. La prochaine réalisation sera dédiée à l'infortuné bassiste. Quand l'heure de retourner en studio sonne enfin, les membres d'Anthrax ont, de plus, une sérieuse équation à résoudre.

Le problème apparu sur Spreading the Disease, l'enregistrement précédent, reste entier : quoique de très bonne facture, celui-ci ne parvenait pas à trancher entre racines heavy et velléités thrash, instaurant une ligne de partage entre les compositions qui se répartissaient dans l'un ou l'autre camp. La bonne idée serait donc de fondre les deux tendances en une. La très bonne idée serait de le faire de manière originale. La très très bonne idée serait de proposer des morceaux imparables qui transcenderaient les deux propositions susmentionnées. Le titre d'ouverture, qui donne son nom au recueil, offre une indication qui vaudra pour la suite. Débutant par une séquence instrumentale relativement longue mais soignée, "Among the Living" fait la part belle à une section rythmique qui a clairement pris les commandes. Au tempo liminaire lourd et menaçant succède une accélération sèche qui déroule le tapis rouge au chant de Belladonna quasiment contraint à la scansion. Benante se lâche à la double grosse caisse plus qu'il ne l'a fait sur tout Spreading et la basse de Bello claque, volant la vedette à tout le monde - notamment au pauvre Dan Spitz dont le solo décadent est réduit à la portion congrue. La tendance est claire : priorité au rythme, les mélodies se débrouilleront comme elles pourront pour s'infiltrer dans les interstices laissées par les coups de boutoir initiés par Scott Ian à la six-cordes.
Pour autant, l'impression dominante n'est pas celle d'un rouleau compresseur ultra linéaire à la Dark Angel – il suffit d'avoir écouté au moins une fois le terrassant Darkness Descends paru quelques mois auparavant pour saisir la comparaison. Car Anthrax s'en est allé tirer un peu de lait de la mamelle punk / hardcore afin de nourrir son thrash délicieusement catchy qui incite l'auditeur à faire des bonds partout en beuglant les refrains comme autant d'hymnes au mosh. Au quoi ? Au mosh, au slam, à cette « danse » brutale issue de la scène hardcore de Washinghton au début des années 80 et dont les plus illustres prescripteurs furent les rasta-coreux de Bad Brains. Le terme est repris sur la deuxième piste, le définitif "Caught in a Mosh", sur lequel les chœurs judicieusement placés en contre-chant font leur apparition afin de muscler les refrains. L'un des choix déterminants opéré par le collectif de la Côte Est réside en effet dans la systématisation des tempos rapides sur les parties vocales, empêchant Belladonna de trop céder aux envolées lyriques tout en renforçant ses interventions. Ce surcroît de puissance ne l'a pas pour autant transformé en émule de Jeff Becerra (Possessed) et c'est bien son aisance mélodique qui fait décoller la plupart des refrains comme celui, excellent, d'"Efilnikufesin (N.F.L.)".
Ah tiens oui, et les chansons ? Des bombinettes irrésistibles, combinant groove et vélocité, vibrant de l'alternance entre le martèlement des riffs et démarrages foudroyants. Les temps faibles sont rares, même si un légitime sentiment de répétition commence à poindre après une demi-douzaine de morceaux (mais quels morceaux !) à la structure, il est vrai, en tout point identique. Heureusement, le cinq compères ont placé deux merveilles coup sur coup en fin de partie, l'anti-impérialiste "One World" et l'épique "A.D.I/ Horror of it All" dont l'emballement final constitue l'un de ces moments de pure jubilation qui transforme l'honnête citoyen en pantin frénétique subissant une crise de chorée. L'ultra speed "Imitation of Life" clôt le disque en beauté un peu à la manière de "Gung-Ho" sur son prédécesseur, malgré le seul scream pourri de Belladonna qui rappelle la nécessité de surveiller ce type comme le lait sur le feu si on ne veut pas se retrouver avec des couinements dans tous les coins en mode David DeFeis (Virgin Steele). On en oublierait presque d'évoquer la production. Mais la production, c'est comme une prestation d'arbitrage en football : quand on n'en parle pas, c'est qu'elle a été bonne.


Among the Living marque une étape décisive pour Anthrax qui s'y forge une identité propre lui permettant de revendiquer une place prépondérante sur la scène thrash. Prenant le parti d'une approche plus « fun » de sa musique qui ne cède pourtant rien en termes de puissance, les cinq New-Yorkais prouvent qu'une autre façon de jouer du metal est possible, allant même jusqu'à troquer cuir et cartouchières contre d'improbables bermudas fleuris qui risqueraient bien de leur créer quelques problèmes de crédibilité en cas de baisse d'inspiration. Mais en cette année 1987, Anthrax met tout le monde à genoux avec cet « instant classic » qui, aujourd'hui encore, ne galvaude pas son statut d'incontournable.


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