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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 17 décembre 2012
Sa note : 15/20

LINE UP

-Sindre Nedland 
(chant)

-Mats Lerberg 
(guitare+voix)

-Erlend E. Nybø 
(guitare)

-Rune Gandrud 
(basse)

-Anders Eek
(batterie+guitare+chant)



TRACKLIST

CD n°1 :
1) Burning With Regrets
2) Hate
3) Break Me
4) Song of the Knell
5) From The Orchestral Grave
6) Making The World My Tomb
7) Will You Have Me? 

CD n°2 :
1) So Now Scorn Leads The Vessel
2) Need
3) Eg Ser

DISCOGRAPHIE


Funeral - Oratorium



Rien ne dure et Funeral, maintes fois amputé de ses forces vives, ne le sait que trop bien. L'ironie du patronyme en quelque sorte. A chaque fois renaissante, la formation avait pourtant surmonté les épreuves pour donner naissance, en 2007, à l'imposant From These Wounds, l'un des plus beaux albums jamais écrit dans le genre. Malheureusement, l'album suivant, As The Light Does The Shadow, était venu souffler le froid, la faute à une surabondance d'arrangements et à une prestation vocale plus que décevante. Ce n'est finalement qu'à l'occasion du magnifique To Mourn Is A Virtue que Funeral revenait sur le devant de la scène, paré de sa superbe tristesse et doté d'un nouveau chanteur à la prestation bluffante. Chez Funeral, la frontière entre grandeur et médiocrité est mince. Reste à savoir de quel coté de cette barrière se place Oratorium

Comme d'habitude avec nos tristes sires, l'auditeur va être gâté. Gavé même. Jugez-plutôt : Oratorium dure pas moins de 72 minutes, auxquelles il faut ajouter les 20 minutes du second disque pour un total avoisinant les 90 minutes. Autant dire que l'assimilation d'un tel mastodonte ne se fait pas en une seule écoute. Pourtant, l'auditeur déjà averti des précédents travaux du groupe ne sera pas perdu. C'est que le cap gothique et religieux amorcé sur From These Wounds est toujours d'actualité. Certains morceaux pourraient d'ailleurs en être tirés ("Break Me", "Will You Have Me ?"), menés qu'ils sont par les profondes voix norvégiennes. C'est d'ailleurs sur ce dernier point que Funeral surprend le plus. Suite au départ de Frode Forsmo, dont la performance sur From These Wounds était aussi belle que celle sur As The Light... avait été décevante, alors que l'on pensait le line-up stabilisé autour de l'excellent vocaliste Øystein Rustad, voilà qu'Oratorium dévoile déjà son remplaçant : Sindre Nedland (In Vain) ! Ce dernier, très souvent accompagné de ses camarades de jeu sur les nombreuses chorales ponctuant l'album, prend visiblement son rôle à c(h)oeur. Pour preuve de son talent, le magnifique "break vocal" à 5:00 sur le morceau d'ouverture, véritable cascade de timbres chauds et graves. Frissons. De manière plus étonnante encore, notre homme sait aussi bien se montrer touchant (voir ce « How I hate you stir in me / I'd die for you, you know » bouleversant sur "Hate") qu'inquiétant lorsqu’il s'aventure sur le terrain du death, redécouverte bienvenue utilisée avec sagesse et parcimonie ("Burning With Regrets", "From The Orchestral Grave"). 
Si l'aura des meilleurs oeuvres des Norvégiens plane sur cet Oratorium, force est d'admettre qu'il constitue pourtant un disque à part entière. Au rang des éléments remarquables de l'opus figurent la place laissée aux arrangements et leur influence sur le résultat final. Depuis As The Light..., Funeral laisse en effet une place considérable aux orchestrations, à tel point qu'elles étouffaient littéralement le propos sur ledit album. L’écueil est évité sur Oratorium. Si les danses de cordes, piano, cuivres et autres orgues s'invitent sur chaque piste, elles s'y développent naturellement au sein de compositions taillées sur mesures. Un tel foisonnement de détails -couplé à la longueur des pistes- effraiera surement l'auditeur le plus novice en la matière mais saura surtout ravir le forcené prenant plaisir à persévérer. Néanmoins, malgré ces améliorations, l'album reste lourd, très lourd, et ce sera là son principal défaut tant il aurait gagné à être amputé d'une bonne vingtaine de minutes. Ceci étant dit, la place laissée aux arrangements n'est pas non plus gratuite et confère à Oratorium une place en marge de la discographie du groupe, usuellement mélancolique et triste. Oh, non pas qu'Oratorium ne déroge à la règle, au contraire. Seulement, l'album se révèle souvent inquiétant en plus d'être triste. Sur "Hate", un passage quasi-cinématographique avalera toute lumière tandis que sur "Song of the Knell", c'est l'alternance des cloches (ah, le label qualité en matière de doom, ouf !), des cuivres et d'un orgue imposant à la Skepticism qui conférera au morceau une ambiance des plus oppressante. Idem sur "From The Orchestral Grave" au titre particulièrement représentatif du contenu de l'album.
Et il y aurait encore tant à dire sur cette oeuvre démesurée ! Ai-je parlé des chants grégoriens sur "Break Me", ce morceau qui distille une douleur lancinante sur son final qui ne meurt jamais ? Ai-je évoqué la conclusion a cappella de "Song of the Knell" ? Ai-je mentionné cette batterie au jeu profond ? Ai-je enfin parlé du riff pachydermique de "Making The World My Tomb" qui s'acoquine avec des orchestrations presque aussi grandiloquentes que celles susceptibles d'être trouvées sur un morceau de Rhapsody of Fire ? Non, rien de tout ça n'a été évoqué. Et il ne s'agit ici que du premier disque, or les 3 morceaux du second sont loin d'être de simples faire-valoir. "So Now Scorn Leads The Vessel", ballade nautique et apaisée contraste nettement avec le reste de l'album tant elle semble directement sortie du géant Ahab. Quant à "Need", avec au programme arpèges doux-amers, solo transperçant et refrain aussi triste que "fédérateur", c'est une autre piste qui confirme la nécessité de l'achat de l'édition limitée (à 1 000 exemplaires, vite, on fonce !). Enfin, "Seg Er", calme piste clôturant cette longue marche funèbre, se démarque par la langue pratiquée: le Suédois (quoi de plus normal pour un groupe norvégien?). Sur un dernier solo, le meilleur de l'album, se terminent ces 90 minutes de musique à la fois intime sur le fond et massive sur la forme.


Funeral signe là une oeuvre exigeante et perfectible mais suffisamment belle pour réduire à néant toute critique négative, si ce n'est celle visant la longueur excessive d'un tel album. Peut-être aurait-il été judicieux de répartir les 90 minutes de manière plus équilibrée sur chacun des deux disques... Mis à part cela, Oratorium répondra aux attentes des plus sévères et saura convaincre à l'aide de ses atouts : riffs puissants et mélodies inspirées, arrangements fouillés et jeux de voix permanents. Tour à tour touchante et austère, la musique des Norvégiens, si elle ne change pas fondamentalement,  prouve une nouvelle fois sa capacité à toucher. Oratorium est de ces albums qui prouvent que l'honnêteté et l'intégrité comptent, en musique, parmi les meilleures recettes. 


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