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CHRONIQUE PAR ...

101
Dommedag
Cette chronique a été mise en ligne le 10 décembre 2012
Sa note : 17/20

LINE UP

-Lord Worm
(mâchage de mots + chant)

-Jon Levasseur
(guitare)

-Eric Langlois
(basse)

-Flo Mounier
(batterie)


TRACKLIST

1) Crown of Horns
2) Slit Your Guts
3) Graves Of The Fathers
4) Dead And Dripping
5) Benedictine Convulsions
6) Phobophile
7) Lichmistress
8) Orgiastic Disembowelment

DISCOGRAPHIE


Cryptopsy - None So Vile
(1996) - brutal death jazzy grindcoresque - Label : Wrong Again Records



KRAK BAM BWAAAAAAAAAAAARGH DZOING GNIIIIII.

C’est ce que tout individu normal retiendra lors de sa première écoute de None So Vile. Être québécois et avoir envie de faire de la musique peut faire naître des choses étranges… Cet album donne fortement l’impression qu’on vient de se manger un 747 dans les dents, alors pourtant qu’il ne dure que 32 minutes. Pourtant, la bête ne se laisse pas facilement dompter, bien au contraire. Un morceau typique de Cryptopsy est certes moins abscons qu’un de ceux des potes de Suffocation, mais les assimiler demandera du temps. Comparativement, les New-Yorkais incluent une douzaine de riffs par chanson lorsque les Canadiens se contentent de huit ou neuf, se payant en plus le luxe de garder un riff principal facilement identifiable dans chaque morceau. En plus, la brutalité ambiante n’aide vraiment pas. On a réellement maille à partir avec un groupe de brutal death ayant tout compris à l’art bestial, pour preuve le batteur (afin de ne pas dire la pieuvre) Flo Mounier, qui noie l’auditeur sous un flot de blasts alternés avec des avalanches de cymbales et des patterns plus asymétriques tirant légèrement sur le jazz. A noter d’ailleurs que ce dernier n’a pu avoir recours à une retouche en studio, pour la bonne raison que cet outil n’existait pas à l’époque, et sa prestation est donc 100% authentique. De quoi dégoûter n’importe quel cogneur de toms débutant. Cependant, ils n’ont pas oublié que submerger l’auditeur sous une inextricable violence  ne serait pas une bonne idée, d’où l’adjonction de mélodies, se trouvant pour l’écrasante majorité d’entre elles, dans les solos.
Mais bon, d’autres formations ont pu par le passé avoir une formule aussi heureuse. None So Vile a juste un truc en plus : le génie. En effet, en 32 courtes minutes, la machine à riffs n’abreuve l’auditeur que d’une multitude de coups de scalpel ("Slit Your Guts" se posant comme l’opération chirurgicale entière avec option dépeçage, avec l’enchaînement de riffs tueurs à 300 avant de décélérer légèrement sur un passage plus groovy) destinés à prélever organe par organe les viscères qu’il possède. Précis et technique (les passages mid-tempos sont plus compliqués chez eux que les rapides, partition en main), l’album se permet même de groover sauvagement sur certains riffs moins rapides ("Slit Your Guts",  "Graves Of The Fathers",  "Dead And Dripping"…). En plus de cela, l’album pourrait ne compter que comme une énième bonne sortie si un détail supplémentaire ne le différenciait pas définitivement des autres : Lord Worm. Vous connaissez les Mullen, et autres Van Drunen  et les vénérez pour leurs timbres particuliers ? Oubliez-les ! Lord Worm est bien plus unique, se trouvant même être un précurseur en son temps. Entre ses poussées terrifiantes dans l’ultra-guttural, et son art de mâcher complètement les mots (à tel point qu’on pourrait croire que les paroles ont été écrites après coup en mettant par-ci par-là un mot qui ressemblait un peu à ce qu’on pouvait entendre : même avec le livret sous les yeux, impossible de comprendre), le bonhomme domine les débats et met tout le monde d’accord. Il est d’ailleurs secondé par le batteur qui fait quelques backing vocals en criard.


Avec None So Vile, Cryptopsy préfigurait le brutal death technique tel qu’il devrait être pratiqué si l’on ne se revendiquait pas de Suffocation. Un album produit de belle manière, entre prouesses guitaristiques sur les solos, découpage méthodique sur le reste, avec un timbre unique qui s’imposera comme celui du meilleur vocaliste de la formation (bien qu’en live ce ne soit pas tout à fait ça, au vu du DVD Live At Trois Rivières). D’une inspiration constante, None So Vile est l’album d’une musique qui se retient de tomber dans le grindcore en éclairant le propos de passages mélodiques lumineux nécessaire à une reprise de souffle salvatrice. Et cette musique, ils la font plutôt bien, vous ne pensez pas ?


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