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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 25 novembre 2012
Sa note : 18/20

LINE UP

-Chino Moreno
(chant+guitare)

-Stephen Carpenter
(guitare)

-Abe Cunningham
(batterie)

-Frank Delgado
(samples)

-Sergio Vega
(basse)

TRACKLIST

1) Swerve City
2) Romantic Dreams
3) Leathers
4) Poltergeist
5) Entombed 
6) Graphic Nature
7) Tempest
8) Gauze
9) Rosemary
10) Goon Squad
11) What Happened To You?

DISCOGRAPHIE

Around The Fur (1997)
White Pony (2000)
Diamond Eyes (2010)
Koi No Yokan (2012)
Gore (2016)

Deftones - Koi No Yokan
(2012) - postcore mélodique pop prog bref, Deftones ! - Label : Reprise Records



Vous souvenez-vous du débat sur le poids du kilo de plumes et du kilo de plomb? Pas facile de déterminer le plus lourd, hein ? Rassurez-vous, Deftones non plus n'arrive pas à se décider. Et si être jeté dans un kilo de plumes est surement plus agréable que de l'être dans un kilo de plomb, être jeté dans Koi No Yokan, septième album de la formation et second opus sans le bassiste originel, vous fera ressentir le double effet : un peu cabossé par le plomb mais aussitôt apaisé par les plumes. Ou l'inverse car on ne sait plus trop ce qui fait mal et ce qui réconforte dans toute cette histoire. 

Fondamentalement, la formule de Deftones n'a pas changé et reste un curieux mélange de lourdeur et d'apesanteur. Pour la lourdeur, il faudra avant tout compter sur les riffs du maître. Une nouvelle fois, ses cordes sont lâches et les accords, pourtant simples, rebondissent avec une force peu commune. Dès "Swerve City", qui démarre le disque sur les chapeaux de roues, on croirait entendre un Meshuggah nourri au post-rock / shoegaze (entourez la mention la plus pertinente). Sur Koi No Yokan, le son est encore plus grave que de coutume. Prenez "Rosemary" et son matraquage final qu'on croirait échappé d'un Pantera en colère : n'est-ce pas le plomb dont on parlait ? Lourds, lourds, lourds sont ces gros riffs appuyés d'une section rythmique toujours aussi présente ("Poltergeist"; "Gauze"... on ne compte plus les passages taillés pour vos cervicales). Cette densité cache pourtant un paradoxe car l'album pris dans son ensemble ne dégage pas d'impression de violence. Au contraire, le ton tendrait plutôt à se rapprocher de celui d'un Saturday Night Wrist, subtil et sensuel. De la tendresse se cache derrière le mur sonore de Koi No Yokan, dont les arrangements sont discrets mais intelligents et où le jeu des musiciens varie, fluctue et change constamment de bord. 
"Rosemary", l'une des pièces de bravoure de l'album, est typique de cette bipolarité. Arpèges flottants et décibels s'entremêlent sans cesse. Deftones joue en permanence sur les deux tableaux sans jamais tomber ni dans l'excès de brutalité, ni dans celui de mièvrerie. Constamment sur la crête, les deux facettes de la musique se côtoient avec grâce. Et comme toujours, le chant de Chino Moreno n'oscille pas moins d'un extrême à l'autre. Tour à tour voilé et sensuel ("Entombed", "What Happened To You ?") ou virulent ("Poltergeist", "Leathers") ce chant capte inévitablement à lui l'essentiel de l'attention. Rien de plus facile que de rentrer dans le jeu de ces lignes mélodiques, particulièrement soignées. Ces dernières, parfois inattendues (nous noterons "Goon Squad" et ses petits "cris" pour le moins surprenant, même chose sur le morceau d'ouverture), fourmillent de réverbérations, d'échos et donnent l'impression de se dévoiler un peu plus à chaque fois. A ce jeu là, "Tempest" s'avère redoutable : on plane et on vibre sur ce riff hypnotique et ce refrain éthéré.. Brrr, on en frissonne.
Du concept (que je vous invite d'ailleurs à creuser, "Koi No Yokan" étant une bien jolie notion) aux textes ambigus comme Moreno en a le secret en n'oubliant évidemment pas la musique, Deftones livre ici un album cohérent d'un bout à l'autre. L'agencement des morceaux est d'une fluidité exemplaire. Tout s’enchaîne parfaitement sans qu'aucune cassure ni baisse de rythme ne vienne gâcher le plaisir. Là ou Diamond Eyes semblait présenter un amoncellement de (très bons !) morceaux, Koi No Yokan est un fil qu'il suffit de prendre en main et de suivre. Du démarrage parfait de "Swerve City" à "Romantic Dreams", de la violence de "Poltergeist" au calme d'"Entombed" -qui n'est pas sans rappeler "Sextape" sur l'opus précédent- ou de l’excitation de "Graphic Nature" au touchant "Tempest", Koi No Yokan ne fait qu'un bloc, homogène et pourtant loin d'être ennuyeux. Encore une fois, l’honnêteté du groupe et sa cohésion se ressentent lors de l'écoute et confèrent a cet album une aura inégalable, pas vraiment nouvelle mais pourtant inédite par rapport aux travaux passés du groupe. Le changement dans la continuité. C'est beau comme un slogan. 


Abandonnant toute idée saugrenue de « retour aux sources » ou « d'album le plus heavy / dark / trve jamais réalisé par le groupe », les Deftones se contentent une nouvelle fois de jouer avec la passion qu'on leur connait. Entre White Pony et Saturday Night Wrist, sans pour autant n'être assimilable ni à l'un ni à l'autre, Koi No Yokan est une nouvelle réussite pour le groupe de Sacramento. De prime abord accessible, l'album réclamera pourtant plusieurs écoutes pour s'offrir entièrement à l'auditeur. Sensuel ou énergique, lourd ou planant, Koi No Yokan se caractérise par cette faculté d'osciller constamment entre deux eaux. Encore une réussite donc. C'en est presque lassant.  


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