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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 18 novembre 2012
Sa note : 18/20

LINE UP

-Johan Edlund
(chant+guitare+clavier+theremin)

-Anders Iwers
(basse)

-Roger Öjersson
(guitare)

-Lars Skjöld
(batterie)

TRACKLIST

1) The Scarred People
2) Winter Dawn
3) 384
4) Radiant Star
5) The Sun Also Rises

6) Before Another Willbury Will Dies
7) Love Terrorists
8) Messinian Letter
9) Thunder & Lightning
10) Tiznit
11) Born To Die (bonus - Lana Del Rey cover)

12) The Red of the Morning Sun
13) Paradise
14) Divided (bonus - live)
15) Cain (bonus - live)

DISCOGRAPHIE

Clouds (1992)
Wildhoney (1994)
Amanethes (2008)
The Scarred People (2012)

Tiamat - The Scarred People
(2012) - gothique - Label : Napalm Records



Le passé devient parfois un problème lorsqu'il commence à occulter le présent. Et si la divinité Tiamat n'est dotée "que" de cinq têtes, le groupe de Johan Edlund, lui, ajoute avec The Scarred People une dixième pierre à son édifice gothique et mélancolique. Le choc avec les œuvres passées semble inévitable, à plus forte raison lorsque parmi ces dernières se retrouvent Wildhoney ou A Deeper Kind of Slumber. La tâche est donc rude pour la nouvelle pièce. Mais cela fait déjà 4 longues années que Sieur Edlund n'a rien proposé de neuf. Si l'on considère les 5 années qui séparaient Amanethes de son prédécesseur, Prey, on imagine aisément l'impatience provoquée par la perspective de découvrir une nouvelle livraison de nos Suédois. Finalement, quid de ces balafrés ? Retour aux sources ? Rupture ? Evolution ? Eh bien... un peu de tout. Débrouillez vous avec ça.  

Jadis, Tiamat avait frappé très fort avec Wildhoney, album culte de la scène gothique. Petit à petit, le groupe avait ensuite perdu de sa superbe en proposant des albums certes bon mais sombrant dans une musique plus simple, moins marquante. La grandeur du gothique d’antan se réduisait à peau de chagrin et Tiamat devenait l'ombre de lui-même. Le réveil ne devait avoir lieu qu'en 2008 avec un Amanethes de fort bonne facture et plus virulent que ce à quoi nous avait habitué le combo. La première piste éponyme de The Scarred People donne pourtant l'impression d'un retour en arrière, à l'époque Judas Christ / Prey. Véritable tube de rock gothique comme l'étaient "Vote For Love" ou "Cain", ce morceau s'articule autour d'une structure couplet / refrain évidente, de la voix chaude et grave d'Edlund -qui n'a pas changée d'un iota depuis longtemps et qui reste l'une des forces de la formation- et d'une mélodie en huit notes absolument imparable. Cette facette, celle de l’efficacité quasi-radiophonique, est réitérée sur le vif "Thunder & Lightning". Paradoxalement, ces deux morceaux catchy et relativement enlevés compteront parmi les moins bons de l'album, étant ici entendu qu'un morceau médiocre chez Tiamat reste néanmoins au dessus de la concurrence.
Après plusieurs écoutes, il devient clair que The Scarred People est en réalité bien plus subtil que les deux morceaux sus cités. Tiamat reste globalement lent et mélancolique mais parvient à varier le propos, toujours en finesse. Ainsi, "384", orné de cris et de chœurs fantomatiques, est à la lisière du doom tandis que "Messinian Letter", reprenant le style country d'un "Meliae" sur l'album précédent, est au contraire un morceau positif et enthousiasmant. A ce titre, que dire également du court "Tiznit", instrumental acoustique sorti tout droit du passé (souvenez vous de "Kite") accompagné de pépiements d'oiseaux qui, assurément, feront chaud au cœur des plus sensibles d'entre vous. Pour peu, on se croirait chez Alcest. Le passé resurgit de toute part. Car si la majeure partie des morceaux restent de bons vieux mid-tempo s'inscrivant dans l'esprit des productions des années 2000, "The Red of The Morning Sun" rappellera pour sa part les heures bénies (et enfumées) de A Deeper Kind of Slumber. Ce bon vieux temps où tout n'était que retenue et ambiances planantes. Tiamat n'évolue donc pas réellement mais ce serait le desservir que de conclure à une stagnation. En piochant dans ses différentes facettes, la formation ne garde ici que le meilleur.  
Au final, The Scarred People tend à confirmer une chose : Edlund n'est plus (ou en tout cas, moins) tourmenté. Il est serein et cela se ressent dans sa musique, ce qui est en fait le cas depuis Wildhoney. Le maître de cérémonie a toujours été un hippie dans l'âme. Une fois encore, l'influence Floydienne (dont notre leader se déclare expressément fan) se fait très nettement sentir, notamment dans les jeux de guitares. L'orchestrale "Radiant Star", déjà une franche réussite de metal gothique mid-tempo aux lignes de chant qui font mouche, est sublimée par son solo final. Même constat sur "Love Terrorists". Chacune des interventions -et elles sont nombreuses- du soliste est un régal. Et lorsque celui-ci reste en retrait, ce n'est que pour mieux laisser place au talent de compositeur d'Edlund. "The Sun Also Rises" se développe sur une mélodie cyclique presque inaudible mais pourtant répétée tout au long de la piste. Ajoutez à cela des paroles invitant au voyage et vous obtenez l'une des meilleures pistes de Tiamat toutes périodes confondues. Rien que ça. Enfin, signalons le pied de nez à la communauté bien souvent trop renfermée des metalleux qu'est la reprise de "Born To Die" de Lana Del Rey. Ou quand la sensualité féminine devient masculine. Il fallait oser : c'est réussi. Tant pis pour ceux qui voulaient éviter le phénomène hype de l'année. Celui-ci s'immisce jusque chez Tiamat. Et tant mieux. 


The Scarred People est un album que l'on pense connaître avant même la première écoute. Celle-ci nous conforte dans cette impression. Puis, le temps passant, l’œuvre se dévoile riche et fouillée. Bien que tous les éléments en soient déjà connus, l'alchimie qu'est la musique de Tiamat redevient une nouvelle fois addictive et délicieuse. Pas foncièrement sombre mais assurément mélancolique, The Scarred People est un très bon album de Tiamat et de metal gothique en général qui, en se distinguant des œuvres cultes du groupe, parvient à se hisser vers le haut de la discographie des Suédois. Un album idéal pour terminer l'année. Et commencer la prochaine. Et celle d'après. Et... 


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