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CHRONIQUE PAR ...

16
Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 16 novembre 2012
Sa note : 13.5/20

LINE UP

-Michael Seifert
(chant)

-Oliver Geibig
(guitare)

-Stephan Karut
(guitare)

-Tomi Göttlich
(basse)

-Matthias Karle
(batterie)

TRACKLIST

1) Rest in Peace
2)
Ala Germanica
3) Prince of the Cheruscer
4) Dusk Awaiting Dawn
5) Breeding Hate
6) The Seeress' Tower
7)
Varus
8) The Tribes United
9) Ghost of Freedom
10) Furor Teutonicus
11) Vae Victis
12) Requiem

DISCOGRAPHIE


Rebellion - Arminius : Furor Teutonicus
(2012) - heavy metal - Label : Massacre Records



Tous les gens de bon goût le savent : Uwe Lulis est un génie, un vrai. Et comme tous les génies, il a aussi un foutu caractère. Ainsi, après avoir claqué la porte de Grave Digger pour cause d'incompatibilité d'humeur avec Chris Boltendahl, il a fini par quitter avec perte et fracas Rebellion, qu'il avait tout de même co-fondé avec Tomi Göttlich, entraînant dans son sillage les départs du guitariste Simone Wenzel et du batteur Gerd Lücking. Pas de quoi remettre en cause l'existence du groupe visiblement, puisque le tandem Göttlich / Seifert n'a pas perdu trop de temps pour recruter et sortir son sixième album.

Après trois albums consacrés aux Vikings et à la mythologie scandinave, Rebellion s'est dit que ce serait bien de changer un peu. Thème de ce nouvel album ? L'histoire d'Arminius, un agent double Germain qui a fédéré plusieurs tribus, frité les Romains et stoppé l'expansion vers le nord de l'Empire en l'an 9 après Jésus Christ. Et bien, ils ont à peu près la même notion du renouvellement que Sabaton ceux-là… En tout cas, on se dit qu'avec un sujet aussi épique, ça va arracher sévère dès le début. Bon, ça commence doucement mais ce n'est que l'intr… ah tiens, Seifert commence à chanter et… ah ben ouais, c'est un vrai titre, ce machin mollasson. Joli hein, avec un superbe refrain construit sur de belles lignes de chant et des chœurs magnifiquement bien composés, mais mollasson quand même. On attendait un discours enflammé pour galvaniser les troupes avant le combat, et on se retrouve avec un appel à la corde sensible qui vous colle les miquettes de claquer sur le champ de la bataille. Ca rappelle le funeste France-Argentine de 2007 en ouverture de la Coupe du Monde de rugby : tout à son amour naissant pour Sarko, Bernie le Dingue avait joué la carte de l'équipe porteuse de l'espoir de toute une nation, la lettre de Guy Môquet et toute la panoplie ; résultat… on s'est fait marcher sur la tronche, et en beauté.
Après cette ouverture très réussie mais assez loin du style habituel du groupe, Rebellion revient vite aux fondamentaux avec la doublette "Ala Germanica" / "Prince of the Cheruscer" : en voilà du bon vieux heavy à l'allemande, simple, rapide, direct, sans fioritures ! On remarquera que les Allemands ont mis le holà sur l'agressivité, après un album qui était allé peut-être un peu loin dans ce domaine, avec un son très lourd et un chant rugueux et très porté sur les graves. Seifert retrouve donc son meilleur registre, à savoir celui d'un Matt Barlow qui tenterait de rajouter du grain à la Chris Boltendahl. Un registre dans lequel il fait des merveilles, comme sur "Breeding Hate", autre morceau heavy assez frontal dont le refrain conquérant donne envie de lever le poing. Mais les Allemands ne se contentent plus de cela et savent désormais aussi faire preuve d'une certaine finesse. Tout en restant heavy dans les riffs et le jeu de batterie, "Dusk Awaiting Dawn" contient des lignes de chant plus en douceur, sur le couplet comme sur le refrain. Quant à "The Seeress' Tower", c'est la véritable pièce maîtresse de l'album : après un début tout en douceur, ce mid tempo s'appuie sur un refrain mélodique du plus bel effet et une accélération finale très bien amenée, surtout cette reprise du refrain sur un tempo plus élevé.
Puisqu'on est déjà rendu à la moitié et qu'hormis "Prince of the Cheruscer", tout est du genre carrément bonnard, on a déjà la certitude qu'on tient au moins un bon album. Il faudrait vraiment un gros blocage sur la seconde partie, façon tenniswoman française lambda qui sert pour la victoire, pour qu'il en soit autrement. Au contraire, on se dit que si Rebellion maintient ce rythme, on va se retrouver avec un album largement au niveau de la trilogie viking. Au final, la conclusion est… ni l'un ni l'autre. Premier coup de pompe avec son couplet peu travaillé et son refrain sans relief, "Varus" marque une certaine cassure. En effet, ensuite, on a l'impression que Rebellion se contente de gérer, alignant les compos sans grand intérêt, ni bonnes ni mauvaises, juste histoire d'aller au bout de l'album. Cette seconde moitié ne contient quasiment que des morceaux assez basiques comme "Furor Teutonicus" ou "Vae Victis", nettement moins réjouissants que la première partie. Cela n'exclut pas quelques coups d'éclat avec des refrains bons ("Ghost of Freedom", "Furor Teutonicus"), voire très bons ("Tribes United"), mais ils sont un peu isolés au milieu de compos moins abouties, où les couplets sont banals et les breaks inexistants. La ballade finale piano / voix n'est pas non plus un modèle de réussite, malheureusement.


Rebellion n'est passé vraiment pas loin de réussir son pari. Parti sur un rythme d'enfer, le groupe a manqué de souffle en cours de route et a dû baissé de braquet pour rallier l'arrivée. Peut-être aurait-il fallu lâcher un peu de lest plutôt que de pousser à 60 minutes… Les pessimistes se diront que le départ de Lulis est insurmontable et que Rebellion est désormais incapable de tenir la distance d'un album, les optimistes retiendront au contraire les belles promesses du début d'album, qui prouvent que le groupe est loin d'être mort et enterré. Pour moi c'est clair, c'est la deuxième catégorie ; et vous ?


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