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CHRONIQUE PAR ...

17
Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 11 novembre 2012
Sa note : 11/20

LINE UP

-Ray Jimenez
(chant)

-Johnathan Matos
(guitare)

-Matt Mendez
(guitare)

-Alex Vazquez
(basse)

-Andres Hurtado
(batterie)

TRACKLIST

1) Metamorphilia
2) Vermosapien
3) A Universal Plague
4) To Burgeon and Languish
5) Hegira
6) 
Conquest of Gliese
7) The Singe
8) Exitus
9) Facades
10) The Graze of Locusts

DISCOGRAPHIE

Symbiosis (2012)

Abiotic - Symbiosis
(2012) - death metal brutal death deathcore futuriste technique - Label : Metal Blade Records



Abiotic essaie un peu de se positionner comme la nouvelle coqueluche de Floride, nouveau représentant du brutal deathcore technique. Après un EP en 2011, Abiotic sort ici son premier album Symbiosis qui reprend d’ailleurs l’intégralité dudit EP en ajoutant quelques morceaux et – surtout – en lui offrant une production digne de ce nom. Après une rapide étude du phénomène, tout semble cohérent : le look des musiciens, la brutalité de la musique, la pochette et les paroles : Abiotic s’inscrit parfaitement dans la tendance de ces 3 dernières années.

Pour le meilleur comme pour le pire, bien évidemment. Le meilleur, c’est la production ultra puissante, calibrée aux petits oignons et laissant chaque instrument s’exprimer (oui, on entend bien la basse), et bien sûr la technique. Aucun doute, on a ici affaire à des cadors : ça tricote sans arrêt (on pense tantôt à Braindrill, tantôt à Obscura, parfois encore à The Faceless), les breaks sont légion, ça explose partout - c’est la folie. Pour un premier album, il y a clairement une énergie et une virtuosité impressionnantes. Incapable ou presque de faire un plan classique, en 4/4 sans break toutes les 2 secondes, Abiotic est clairement à la limite du supportable, l’auditeur étant parfois à deux doigts d’étouffer et de demander grâce – ou au moins un plan un peu compréhensible qui ne se brise pas en rythme tordus au bout de 2 secondes. Bref, Abiotic est technique, le sait et en joue, parfois jusqu’à l’écoeurement.
Parce que clairement, il y a cette fâcheuse tendance à ne pas arriver à dégager de lignes claires dans sa musique. Ça bourre, soit, mais aller très vite et très technique c’est bien, il ne faut juste pas oublier d’emmener l’auditeur avec soi. Et du coup, plus d’une fois, on se surprend à se dire « ohé les mecs, c’est cool tout ça, vos plans de ouf’, mais c’est quand que j’headbangue, moi ? ». Pourtant, heureusement, il y a de bons passages – à défaut de chansons entières, on se contentera de passages. Et on en trouve sur presque tous les morceaux, mais jamais très longtemps, les Floridiens se sentant immédiatement obligés d’en rajouter une louche. Par exemple, on aimera sans doute l’approche bizarre d’un interlude comme "Exitus", avec son ambiance futuriste et ses bruits bizarres, ou les petits solos à la réverbération exacerbée qui parsèment "Facades" et "A Universal Plague", ou encore l’instrumentale "Hegira" qui – comme les instrumentales d’Obscura – n’est au final qu’une chanson sans chant (et qui aurait pu en avoir) avec quelques chouettes mélodies.
D’ailleurs, le chant : évidemment, Ray Jimenez alterne le grouik, le growl et le chant hurlé avec une certaine habileté, mais il lui manque un charisme qui le ferait se détacher de tous ces gueuleurs new age à la voix noyée d’effet et de saturation, sous-mixée, loin des growlers pleins d’aplomb et de personnalité qui ont construit le mouvement brutal death dans les années 90. Cette formatisation de la voix, trop souvent rencontrée dans ce genre de groupe de deathcore moderne (avec du bass dropping, des guitares extrêmement grave et des musiciens au look jean slim / marcel) nuit clairement à l’efficacité du groupe. Toute la technique du monde et une production béton ne remplaceront jamais un frontman charismatique sur CD. Et quand en plus l’écriture des morceaux est noyée dans une complexité trop souvent artificielle et une virtuosité malheureusement fréquemment dénuée de propos, la sauce ne prend pas vraiment.


Dommage. Ça aurait été chouette de découvrir un groupe à la carrure d’un The Faceless ou d’un Obscura, mais il faut se rendre à l’évidence : malgré de solides arguments, Abiotic manque de charisme et d’accroche pour convaincre l’auditeur de réécouter ce Symbiosis technique, brutal mais trop peu séduisant.


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