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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 09 novembre 2012
Sa note : 17/20

LINE UP

-Hupogrammos
(chant+guitare+claviers)

-Sol Faur
(guitare+claviers)

-Gallallin
(claviers)

-Flavius Misaras
(basse)

-Ovidiu Mihaita
(batterie)


TRACKLIST

1) Jind de Tronuri
2) Flacararii
3) E-an-Na
4) Calea Rotilor de Foc
5) Pandarul
6) Zuh
7) Cumpat
8) Dojana

DISCOGRAPHIE

Dar de Duh (2012)

Dordeduh - Dar de Duh
(2012) - black metal folk atmospheric-black-prog-folk - Label : Prophecy Productions



Je me demande bien quel fan de metal francophone ne s’est pas dit en voyant le nom du groupe « Tiens quel drôle de nom ! ». Si vous faites partie des rares personnes qui n’ont pas cru reconnaître un juron du capitaine Haddock dans le nom choisi par les musiciens dissidents de Negura Bunget, de deux choses l’une : ou bien c’est que vous trichez, à savoir que vous parlez roumain et vous savez que « Dor de Duh » veut dire « Désir d’Esprit » (merci Google) ou bien vous êtes le genre d’individu que plus rien n’étonne. Si le fait d’être horriblement blasé vous rend triste, vous pouvez franchir le pas et écouter cet album, intitulé Dar de DuhDon de l’Esprit »). Avec un peu de chance, le contenu peu académique de l’œuvre vous fera hausser un sourcil, et si en plus vous êtes fan de black atmosphérique, de folk,  et vous aimez être transporté « ailleurs », il est possible qu’un sourire éclaire votre visage d’habitude si renfermé.

Dire que Dar de Duh est une révolution musicale serait exagéré. Les Roumains reprennent ici une recette inventée par des pionniers scandinaves tels Ulver première époque ou encore In the Woods, et reprise récemment par Thy Catafalque, sur Rengeteg notamment, à savoir la mise en place d’un mélange black / folk, chanté au moins autant que crié, tantôt agressif, tantôt atmosphérique. Force est de reconnaître cependant que Dordeduh donne une puissance et un parfum particuliers à ce mélange pour plusieurs raisons : d’une part l’utilisation de claviers et d’instruments aux sonorités folkloriques, et d’autre part la longueur et la complexité de morceaux pas toujours faciles à assimiler, mais dont on devine rapidement la richesse et la profondeur. Si l’on ajoute à cela le fait que le chanteur Hupogrammos et les nombreux chœurs s’expriment dans leur langue natale, on obtient un album peu commun, authentique, extrêmement dense, atteignant en de nombreuses occasions des sommets de qualité musicale.
Il ne faut d’ailleurs pas attendre bien longtemps pour saisir à quelle hauteur les Roumains veulent placer la barre : "Jind de Tronuri", le premier morceau, est sans doute le plus réussi de l’album. Durant les dix-sept minutes que dure cette « Soif de Trône », la beauté d’ambiances sombres mais paisibles laisse par moments place à des explosions black métalliques d’une violence assez impressionnante. Un summum de beauté est atteint lors de la seconde moitié du titre où une merveille de musique atmosphérique rappelant "Always..." de The Gathering (le morceau, pas l’album entier) se fait entendre.  Pour terminer le morceau en beauté, le chœur du groupe (son cœur, devrait-on dire...), appuyé musicalement par une simple flûte, nous propulse au fin fond des Carpates au coucher du soleil avec un passage d’une délicatesse à couper le souffle.
"Jind de Tronuri" n’est d’ailleurs pas le seul morceau à suivre un schéma binaire, fait de belles plages folk/ambient et d’explosions de colère. "Flacararii" (aux éruptions spectaculaires) et l’inquiétant "Zuh" et ses chœurs menaçants sont d’ailleurs quasiment au niveau du morceau inaugural. Le duo "E-an-Na" / "Calea Rotilor de Foc", qui forme un seul bloc, est également intéressant, mais d’un niveau moindre que celui des autres morceaux de ce type. "Pandarul" et "Cumpat" donnent quant à eux dans un metal progressif où les sonorités anciennes et les claviers se mêlent à la modernité des guitares, pour un résultat très probant, évoquant par moment le prog de groupes comme Anglagard. Dar de Duh est magnifiquement cloturé par un morceau de bravoure épico-symphonique, à faire palir d’envie Summoning, où les instruments à vent et les percussions antiques disputent la vedette au chant inspiré de Hupogrammos.


Le château de Dracula, c’est bon pour les touristes et les amateurs de clichés. Si les Carpates ressemblent au tableau musical dépeint par Dordeduh, il s’agit d’un lieu tout simplement splendide, mais pas forcément facile d’accès. Le premier album des Roumains s’avère être un long morceau de bravoure, dégageant une poésie sombre et fascinante, telle une jeune sorcière se montrant tour à tour sous un jour séducteur ou sous son aspect de bête sauvage. Malgré un tout petit coup de mou en milieu d’album, Dar de Duh est un album épatant qui dévoile peu à peu son lot de surprises et de mélodies parfois simples, parfois tortueuses, à un auditeur ébahi. A noter également que ceux qui acquerront la version De-Luxe auront la chance d’avoir une magnifique version de "Ruun" d’Enslaved, version qui, une fois n’est pas coutume, apporte vraiment quelque chose de plus que la chanson originale.  


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