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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 02 novembre 2012
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-Rober
(chant)

-Manu
(guitare)

-Alberto
(basse)

-Andrés
(batterie)


TRACKLIST

1) Oscuridad
2) Flores muertas
3) Tres palabras
4) Inestable
5) Negatividad
6) Evocación
7) Atrévete
8) Inmortal
9) Perdido
10) Recuerda quien eres
11) Luz

DISCOGRAPHIE


AnodeR - Escala de grises
(2012) - néo metal - Label : Autoproduction



« - Salut Invierno (c’est comme ça qu’ils m’appellent par ici), j’ai un collègue de boulot qui joue dans un groupe de cette musique-là qui te plaît tu sais, ta musique là… Ca te dirait d’écrire une petite chronique ?
- Euh… oui… bien sûr… Tu ne peux pas me dire un peu plus précisément le genre ?
- Je crois qu’ils appellent ça du néo metal.
»
La tuile complète quoi. Un groupe de quartier, et en plus c’est du néo metal… Il va falloir trouver les bons arguments pour lui expliquer que je ne suis pas l’abbé Pierre des chroniqueurs. Bon, écoutons-le au moins une fois, si ça se trouve ils vont arriver à placer deux accords corrects… Allez, c’est parti… Des accords à faible volume suivis d’un gros riff… Du neo metal quoi… Ah mais attends, le refrain n’est pas si mauvais… Mais, mais… Mais c’est même bon !!

Si les Français ne sont pas très au jus de l’actualité rock et metallique espagnole, il ne faudrait pas en conclure non plus qu’AnodeR est célèbre de l’autre côté des Pyrénées. Ce groupe madrilène débute sur la scène et son premier album, Escala de Grises, n’est pas connu non plus hors d’un petit cercle d’initiés ibériques. Néanmoins, ce petit cercle est appelé à s’élargir au moins au niveau national car la musique pratiquée par le quatuor est tout sauf du néo metal bas du front. Emmenée par un vocaliste au registre vocal étendu – il est même capable d’émettre ponctuellement quelques growls et/ou « Yaaaaahhhhh » absolument convaincants ("Negatividad", "Inestable"), la formation possède trois atouts majeurs : Rober le chanteur et son organe polyvalent donc, une grande facilité pour composer des refrains qui entrent dans le cerveau et le squattent pour une durée indéterminée (on appelle ça des Okupa en Espagne), et la recherche d’une variété d’ambiances fortement appréciable.
Le résultat est un album haut en couleurs, énergique et même émouvant par moment. Si des titres comme "Oscuridad", "Tres palabras", "Negatividad" ou "Recuerda quien eres" font dans le néo metal classique, efficace et facilement mémorisable, propre des groupes ayant influencé AnodeR (Skunk DF, Sôber ou Hamlet), Escala de Grises abrite également des titres plus surprenants, comme le très Garbagien (époque v2.0) "Flores muertas" ou "Inestable", le morceau le plus barré de l’album, aux changements constants totalement en harmonie avec le nom du titre et à la fin aussi percutante et inquiétante que le lourd et lancinant "Inmortal". Un summum est cependant atteint sur deux titres, "Atrévete" et "Luz" où la mélodie métallique est magnifiquement soutenue par des claviers utilisés de manière très judicieuse. L’émotion contenue dans ces deux chansons donne carrément la chair de poule et on dépasse ici le simple cadre d’un genre métallique donné pour atteindre une certaine universalité de la belle musique. On passera très rapidement sur l’insipide "Perdido", seule fausse note d’un album d’une fraicheur aussi intense qu’étonnante.


Soyons clair, je suis autant fan de néo metal (péjorativement appelé en Espagne « chandal metal », c’est-à-dire « survêt metal ») que le public de Roland Garros est fan de Nadal : il applaudit quelques points, siffle à l'occasion et aimerait bien passer à autre chose. Alors, qu’une formation totalement inconnue débarque dans ma vie musicale pour me mettre une claque sur le museau et démontrer que ce genre n’est pas forcément froid ni chirurgical, qu’il peut faire la part belle aux émotions et à une variété évidente de composition, tient presque de l’exploit. Pas besoin d’être espagnol pour apprécier Escala de Grises, l’album fait partie de ces réussites universelles. Longue vie à AnodeR.


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