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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 31 août 2007
Sa note : 19/20

LINE UP

-Jérôme Parent
(chant)

-Martin Guiguère
(guitare)

-Sylvain Guiguère
(guitare)

TRACKLIST

1)The Awakening
2)Gathering clouds
3)The Forthcoming Storm
4)The Odyssey
5)The Riddle of the Sphinx
6)Revelation
7)Imperilled Kingdom
8)In The Dead Of The Darkened Night
9)Sword against Fire Part I
10)Sword against Fire Part II
11)Essence Of A God
12)The Hand of Truth
13)The Old Sore Reopen
14)Sole Hero
15)The Visage of Doom
16)Clash at dawn
17)The Triumph and the Ransom Due
18)The Wages of Defeat

DISCOGRAPHIE


Days Of Yore - The Mad God's Wage
(1997) - speed metal - Label : Thunder Production



Quel est le but d’une chronique ? Certains (chroniqueurs ou lecteurs) répondront que c’est dans un pur but d’information, d’autres que c’est dans l’optique de faire la publicité (bonne ou mauvaise) d’un album ou d’un groupe afin de pousser les ventes comme n’importe quel réclame de la presse écrite ou télévisuelle. D’autres encore répondront que c’est un mélange des deux, et ceux-là comme les premiers auront sans doute raison. Mais parfois, une chronique peut entrer dans une autre catégorie, celle du témoignage, du devoir de mémoire. Car il est des groupes qui connurent une existence confidentielle et qui disparurent trop tôt, avant de véritablement laisser une empreinte et qui aujourd’hui sont totalement inconnus et introuvables dans le commerce. Mais, comme un être cher disparu trop tôt, on a parfois envie de leur faire un dernier hommage et tant pis si personne ne le lit : l’important est qu’il soit écrit.

Vous l’aurez compris, c’est le cas ici. Autant mettre les choses au clair : si vous lisez une chronique dans le but d’acquérir l’album si cela vous tente, attendez vous à être déçus. Days Of Yore est un groupe du passé, The Mad God’s Wage date de 1997 et a été leur premier album, mais aussi leur dernier. Depuis, leur maison de production a fait faillite, le groupe s’est séparé et ses membres se sont évanouis dans leur Québec natal. Malgré deux démos sorties par la suite avec un autre chanteur, jamais le groupe n’est vraiment réapparu. Jamais réédité, l’album The Mad God’s Wage reste donc un témoignage de leur passage, la seule trace qu’il reste d’eux. Même internet, d’habitude si généreux en information dès qu’on fouille un peu à droite à gauche, reste quasiment silencieux, comme si Days Of Yore n’avait jamais existé.

The Mad God’s Wage n’a pourtant, de prime abord, pas grand-chose pour lui. Concept-album d’héroïque fantasy, sombre histoire d’un royaume lointain avec magiciens, dragons et autres preux guerriers à l’épée aiguisée à laquelle on mêle des références bibliques (Satan, par exemple) : c’est un certain nombre de clichés du speed metal épique que réunit le groupe sur ces dix-huit titres. Mais les stéréotypes ne sont bien souvent qu’une fine couche qui dès lors qu’on la gratte un peu, révèle autre chose que ce léger gratin, souvent pour le pire mais parfois pour le meilleur. On le sait, l’appréciation d’un album est toujours question de subjectivité, mais ici plus qu’ailleurs tellement celui-ci est particulier. Au moment de l’enregistrement, point de batteur, de bassiste, ni de synthé : c’est donc une programmation qui remplace ces trois postes. N’officient donc réellement sur cet album que deux guitaristes et un chanteur. Le son s’en ressent donc, la batterie reste virtuelle et ça s’entend mais étrangement, cela renforce le charme qui se dégage de cet album.

Car l’essentiel ne se trouve pas dans le synthé ou la batterie, mais dans les guitares et le chant. Et c’est là-dessus que se démarque largement Days Of Yore de la féroce concurrence qui régnait à cette époque sur le vaste domaine du speed metal. Les deux frangins guitaristes font montre d’une maîtrise technique irréprochable, ce qui est (vous en conviendrez) le minimum pour ce type de musique. Mais leur complémentarité reste un exemple exceptionnel, à tel point qu’on en vient à se dire que seuls deux frères peuvent être à ce point partenaires dans leur jeu. Questions/réponses, twins leads, rythmiques harmonisées, c’est constamment le grand jeu que nous sortent les frères Giguère, passant avec brio de rythmique heavy metal à de longs phrasés neo-classiques, leurs guitares jouant l’une avec l’autre, s’enroulant et se déroulant dans un ahurissant ballet sonore. Jamais Days Of Yore ne tombe dans le piège du démonstratif, ces lignes mélodiques servant la plupart du temps d’assises aux lignes de chant, à la manière d’un duo voix/lead guitare.

La voix, parlons-en justement ! Jérôme Parent est un de ces chanteurs que beaucoup détestent au premier abord et que peu aiment, mais qui ne laisse personne indifférent. Sa voix est extrêmement agressive pour du speed metal épique, mélange savamment dosé entre certaines composantes d’un chant black metal et du lyrique, la quintessence de ce que l’on appelle une voix mélodico-aggressive. Et ce qui passe pour la plupart comme le point faible du groupe (si on se fie aux quelques chroniques parues qui avaient tendance à descendre le chanteur en flamme) devient une force, un moteur pour donner une touche unique de plus à cette œuvre déjà bien démarquée du reste. Timbre vocal tellement atypique que face au mauvais accueil reçu sur ce point, le groupe se séparera de J. Parent pour engager un chanteur aux vocalises plus conventionnelles.

Dix-huit titres composent The Mad God’s Wage, dont certains faisant office d’interlude qu’aucun (et il faut le souligner) ne saurait être taxé de superflu. Les compositions sont racées, faisant la part belle aux envolées lyriques et aux mélodies aériennes ("The Hand Of Truth", "The Visage Of Doom"), aux riffs heavy ou speed metal ("The Riddle Of The Sphinx", "Imperilled Kingdom"), aux moments de rage ("The Forthcoming Storm", "Clash At Dawn", "Gathering Clouds") et sachant par instant réserver une plage ou un moment plus posé ("Sole Hero"). On notera que bien souvent, les guitares n’hésitent pas à accompagner le chant, non pas d’une simple rythmique mais de lignes virtuoses s’apparentant plus à des solis qu’autre chose ("The Hand Of Truth", "The Visage Of Doom"). Rares sont les albums à dégager une telle cohérence, sans faiblesse d’un bout à l’autre, chaque composition se détachant des autres tout en restant une partie essentielle de l’ensemble de ce The Mad God’s Wage.


Qu’on me permette (une fois n’est pas coutume !) de clore cette chronique/témoignage sur un ton un peu personnel, entachant légèrement par là le rôle du chroniqueur dans son devoir d’impartialité. Il est difficile de se dire qu’un groupe – maintenant et pour toujours associé à nombres de souvenirs - qui aura accompagné votre serviteur durant maintenant quasiment dix années ne ressortira sans doute jamais de l’anonymat, voire ne ressortira jamais tout court. The Mad God’s Wage fait partie de ces très rares albums dont je ne me lasse pas depuis sa découverte et dont le mystère par l’absence d’information ne fait que renforcer l’impression de tenir entre mes mains un objet rare, de grande valeur, et qui j’en suis sur, a encore beaucoup à m’apporter. Et rien que pour ça, j’ai envie de dire : merci.


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