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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 19 octobre 2012
Sa note : 14.5/20

LINE UP

-Leonhard Pill
(chant + guitare)

-Lukas Spielberger
(guitare)

-Christian Siegmund
(basse)

-Julian Matejka
(batterie)

TRACKLIST

1) Cortical Blindness
2) Contextual Fluctuating
3) Obscure Mind Stasis
4) Self Exhibition
5) Desolation Row
6) Antic
7) Abdicated
8) Body Part Illusion
9) Facticity

DISCOGRAPHIE

Facticity (2012)

Over Your Threshold - Facticity
(2012) - death metal technodeath - Label : Metal Blade Records



« - Salut, ça va ? Brr, il fait pas chaud hein ? Tu as vu le match hier ? Non mais les hommes politiques, hein, sans déconner… 
- Dis-donc, il est pas bien ton copain…
- Non, c’est pas ça, c’est qu’il joue dans un groupe de techno-death…
»
Le techno-death, le death technique quoi, est un genre tout de même franchement casse-gueule, qui impose à ses disciples deux conditions : savoir bien jouer (sinon le résultat est une bouillie musicale) et savoir composer (pour éviter que les titres soient une simple juxtaposition de passages n’ayant rien avoir les uns avec les autres). Les Allemands de Over Your Threshold ont de la chance : ils savent bien jouer, très bien même, et leurs compositions tiennent en général bien la route. Du coup, Facticity, leur première œuvre, est un album qui se digère plutôt bien.


Pour continuer avec les métaphores alimentaires, on pourrait dire que l’album ressemble à un haricot : pour ne pas avoir de problème digestif, il faut couper les deux bouts. Des neuf chansons,  la première (le tour de chauffe) et la dernière (une fatigue bien compréhensible…) sont assez peu inspirées et ne possèdent pas l’étincelle des sept autres. Pour le reste, le groupe pratique à un bon niveau, voire très bon par moment, un death metal à la fois alambiqué, modéré et classique. Alambiqué : c’est normal, c’est du techno-death, les riffs fusent, les solos de guitares se multilpient et les changements de cadence sont légion. Modéré parce que  si le groupe ne rechigne pas à utiliser des tempos très rapides, on ne peut pas non plus parler de brutal death. Classique car mis à part quelques percussions africaines sur "Self Exhibition", l’album ne contient rien d’autres que  les bons vieux instruments de base du metal : guitare, basse et batterie. Cela suffit amplement d’ailleurs au groupe pour offrir des compositions riches et souvent assez inspirées.
A ce classicisme instrumental, s’ajoute un  classicisme de références : Facticity pourrait être presque vu comme un hommage aux glorieux aînés du genre. Si "Contextual Fluctuating" ou "Abdicated" rappellent fortement Cynic (la première nommée évoquant également les grands techno-thrashers de Watchtower), "Obscure Mind Stasis" offre quelques mélodies proches de l’Opeth des deux permiers albums, tandis que "Desolation Row" contient des riffs semblables à ceux de Blackwater Park ou Still Life. Le speedé  "Body Part Illusion" rappelle quant à lui un peu  le death façon Gothenburg par ses mélodies. Last but not least : sur tous les morceaux planent l’ombre du regretté Chuck Schuldiner et, plus précisément, de ses œuvres post-Spiritual Healing. De là à voir dans cet album une simple copie de ce qu’ont fait les maîtres par le passé, il n’y a qu’un pas, qu’il ne faut pas franchir trop vite.
Facticity n’est certes pas l’album de l’originalité, mais la qualité des compositions et de l’exécution, couplée à un certain savoir-faire au moment de mixer toutes ces influences font que l’album est tout de même bien agréable à écouter. Si l’ensemble est assez homogène, on retiendra surtout "Obscure Mind Stasis", morceau dont les différents états sont fédérés par une agréable mélodie récurrente, le (relativement) accessible "Abdicated", titre heavy proposant un passage acoustique de toute beauté, ou encore l’énergique "Body Part Illusion". Néanmoins, du fait de la virtuosité des guitaristes et du bassiste, chaque morceau possède son lot de solos bien sentis (l’intervention des trois instruments à corde au milieu de "Antic" est splendide) et de breaks agréables à entendre. Certains enchainements sont, quant à eux, plus laborieux (certains moments du même "Antic" ou les passages rapides de "Desolation Row" par exemple), mais ils sont assez rares et il faut reconnaitre que la fluidité totale, dans pareil style, est vraiment réservée aux tout grands.


D’accord, l'album ne possède pas le riff qui tue ou l’enchaînement mortel de la mort léthale, il n’empêche qu'il saura faire passer un moment agréable à tout nostalgique des grands noms du death technico-académique. La virtuosité des artistes est au-dessus de tout soupçon et leur qualité de composition très correcte, avec mention spéciale pour les moments calmes. Si Over Your Threshold arrive à hausser encore un peu le niveau de constance, à gommer les quelques chansons moins inspirées et à pondre quelques éléments un petit peu plus catchy, on aura le droit à un excellent album de techno-death. Pour l’instant, nous avons le droit à un album de bonne qualité et nous ne ferons pas la fine bouche.


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