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CHRONIQUE PAR ...

16
Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 29 juin 2012
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-Mille Petrozza 
(guitare+chant)

-Sami Yli Sirniö
(guitare)

-Christian Giesler 
(basse)

-Jürgen "Ventor" Reil
(batterie) 

TRACKLIST

1) Mars Mantra / Phantom Antichrist
2) Death to the World
3) From Flood into Fire
4) Civilization Collapse
5) United in Hate
6) The Few, the Proud, the Broken
7) Your Heaven, my Hell
8) Victory Will Come
9) Until Our Paths Cross Again

DISCOGRAPHIE


Kreator - Phantom Antichrist
(2012) - thrash metal melodeath - Label : Nuclear Blast



Mille Petrozza est un roublard. Après plus de 25 ans passés sur le circuit, le music business n’a plus aucun secret pour lui, et il sait très bien comment booster sa promo à l’aide petites phrases bien senties, comme celle-ci par exemple : « cet album va exploser tout ce que le Big 4 a sorti ces dernières années ». Après tout, le discours promo est fait pour susciter le buzz, pas pour être une vérité absolue. En revanche, le petit père Mille aurait été beaucoup plus proche de la réalité s’il avait remplacé Big 4 par Arch Enemy…

Comment ça, Arch Enemy ? Kreator, le roi du thrash, a viré melodeath ? C’est une blague ? C’est pour ça qu’il fait un temps pourri depuis 3 mois ? C’est à cause de ça que la fin du monde est prévue pour cette année ? Mais non, doucement, on se calme ! Impossible de prédire le futur du groupe, mais ce qui est sûr, c’est que le melodeath est le fil conducteur de Phantom Antichrist, ce qui ne fait que pousser un peu plus loin l’orientation de Enemy of God, reléguant ainsi Hordes of Chaos au rang de simple parenthèse. Ceci dit, Kreator ne s’est pas non plus transformé du jour au lendemain en clone d’Arch Enemy, et les principaux traits caractéristiques du groupe sont là : la voix unique de Mille Petrozza bien sûr, mais aussi les solos de Sami Yli-Slirnio, qui commence à avoir un peu de mal à se renouveler, ainsi que bon nombre de tics de composition qui font que les Allemands frôlent l’autocitation à plusieurs reprises. A titre d'exemple, disons que le couplet de "Death to the World" rappelle beaucoup celui de "Phobia" ou que "Phantom Antichrist" picore à droite à gauche dans la disco du groupe. Ceci dit, hormis "Your Heaven, my Hell" qui sonne comme une resucée de "Voices of the Dead", davantage dans la structure et la progression que dans les riffs ou les lignes de chant, Petrozza est suffisamment intelligent pour éviter la redite trop flagrante.
La nouveauté donc, c'est cette volonté de pousser très en avant des gimmick de guitare très mélodiques, souvent doublés pour en renforcer la portée, quitte à sonner parfois un peu forcé comme sur les refrains de "United in Hate" ou "Victory Will Come". En gros, cela revient à faire ce que font tous les groupes de melodeath, et il suffit d'écouter le riff principal de "Death to the World" pour s'en convaincre. Même les rares fois où Kreator décide d'avoiner vraiment, comme sur "Phantom Antichrist" ou plus encore "Civilzation Collapse", qui fonce à 200 km/h et sur lequel Petrozza retrouve son débit à la Antoine de Caunes, le groupe ne peut s'empêcher de caser un refrain très mélodique qui joue à fond l'effet de contraste. Le parti pris mélodique est même encore plus flagrant sur les deux morceaux plus lents, "From Flood into Fire" et "The Few, the Proud, the Broken", surtout le premier et son refrain pour le moins inhabituel pour du Kreator : Petrozza abandonne momentanément son chant agressif et superpose plusieurs lignes vocales pour un résultat soigné, lui est qui est d'habitude adepte du pain dans la tronche. Compte tenu de l'orientation générale de l'album, on ne peut que saluer le choix de Jens Bogren à la production, qui a su capter l'essence du son du groupe tout en l'aidant à progresser dans la direction choisie.
Ce choix artistique fera sûrement débat, mais Kreator a un atout dans sa manche pour couper court à toute discussion : les morceaux TUENT. 9 titres, all killer no filler. Ce tour de force espéré vainement sur Hordes of Chaos, c'est Phantom Antichrist qui le réalise. Les compos sont variées et aérées, les refrains sont fédérateurs, et quand le groupe navigue loin de ses racines thrash, et cela arrive plus d'une fois, il trouve toujours le moyen d'y revenir histoire de montrer qui est le patron. Même les titres qui semblent un cran en-dessous, comme "Victory Will Come", finissent par s'imposer sur la durée grâce à de très bonnes idées disséminées ici ou là. Petrozza a déclaré à plusieurs reprises, à propos de la période Outcast / Endorama, qu'il ne regrettait rien de ces expérimentations et que cela avait été une étape pour arriver à l'identité du groupe aujourd'hui ; à l'écoute de "Your Heaven, my Hell", morceau typique du Kreator actuel, quelque part entre "Voices of the Dead" et "Violent Revolution" mais qui, avec d'autres arrangements plus soft, aurait très bien pu figurer sur Endorama, on constate que ce discours n'était pas du pipeau. Pour finir, une authentique perle avec "Until our paths Cross Again", sorte de version améliorée de "To the Afterborn" mêlant ambiance et mélodies chères au Maiden des années 2000 et passage thrash fulgurant.


« Cet album va exploser tout ce que le Big 4 a sorti ces dernières années » : fallait avoir les couilles de la sortir celle-là, mais hormis le Worship Music d'Anthrax qui tient plutôt bien la comparaison, Petrozza avait raison sur ce coup-là ! Inspiré de bout en bout, plutôt risqué dans sa ligne directrice mais débarrassé du gras qui alourdissait Violent Revolution et surtout Enemy of God, Phantom Antichrist est une authentique tuerie qui vous prend à la gorge d'entrée et ne vous relâche que 45 minutes plus tard. Qu'il est bon de voir qu'il existe encore des groupes en forme et qui vont de l'avant au bout de 13 albums... Et hop, une nouvelle pépite dans la riche discographie du groupe !


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