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CHRONIQUE PAR ...

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Dimebag
Cette chronique a été mise en ligne le 12 juin 2012
Sa note : 15/20

LINE UP

-Dennis Rondum
(chant)

-Christian Muenzner
(guitare lead)

-Jonas Bryssling
(guitare)

-Erlend Caspersen
(basse)

-Henrik Schonstrom
(batterie)

TRACKLIST

1) Abodement
2) Where Angels Go Demons Follow
3) Bodiless Sleeper
4) The Evangelist
5) Servitude of Souls
6) Deus Avertat
7) Spiritual Deception
8) No Light Spared
9) Apparition

DISCOGRAPHIE

Cabinet (2003)
Noctambulant (2006)
Incurso (2012)

(2012) - death metal outrageusement technique et progressif - Label : Relapse Records



Moi qui me plaignais régulièrement de ne chroniquer que du hardcore dans ces pages, je dois bien avouer que, pour une fois, j'ai eu tout autre chose à me mettre sous la dent et c'est pas plus mal ! Entre le dernier Job For A Cowboy et la présente chro, j'ai cette fois ci été plutôt enseveli sous le death à tendance bien technique et rentre dedans. Rentre dedans pour le dernier album des américains, et technique, voire outrageusement technique et exigeant, pour le nouvel et troisième opus des suédois docteurs es tricotage de manches de Spawn Of Possession. Autant dire que j'ai mangé ma dose de death. Le dernier JFAC est donc plutôt pas mal, voyons ce que donne celui-ci.

Tout d'abord, il s'agit d'être clair : Spawn Of Possession évolue dans un genre bien particulier, le death technique. Mais alors vraiment technique, genre pris au pied de la lettre : on ne parlera point ici de death moderne se rapprochant du genre (comme le font certains groupes comme Rose Funeral, Annotations Of An Autopsy ou justement Job For A Cowboy sur son dernier album), non, Spawn Of Possession, comme ses petits potes d'Obscura, Origin et autres Decrepit Birth, évolue dans une veine finalement assez classique et old school. Cela ne veut pas dire qu'ils font dans la simplicité, loin s'en faut et c'est même le contraire. SOP est LA définition du groupe ardu, exigeant, pas facile à écouter, et peu enclin aux tubes de trois minutes trente. Après un second opus plus accessible et direct (Noctambulant, sorti en...2007! Oui, les mecs ont pris leur temps), il semble donc que les suédois aient décidé de revenir à un truc foncièrement difficile d'accès : cet Incurso est en effet rien de moins qu'un pavé de 55 minutes de brutal death technico-progressif, sorte de concours permanent entre le nombre de changements de rythmes et de plans au sein d'un même morceau et le déluge de notes que sont capables de produire les deux « tricotueurs » (copyright, bitchizz!) à la seconde. N'étant ni un grand fanatique ni un immense connaisseur de ce genre de délires, les quelques constats qui vont suivre ont permis au chroniqueur aussi intéressé qu'interloqué par ce qu'il entendait de se faire une idée. Premier constat : sans déconner, ça joue quand même outrageusement bien. Les deux guitaristes, ça va sans dire, sont absolument scandaleux et savent tout faire : tisser des entrelacs imbitables de plans et de riffs se superposant les uns avec les autres sur les couplets ("Apparition" ou sur "Bodiless Sleeper"), envoyer des solis résolument injouables, et aussi quelques riffs bien massifs et un peu plus direct ("Deus Avertat"), bien que cela soit finalement assez rare.
Le reste du groupe est au diapason, la basse parvenant elle aussi à tirer son épingle du jeu ("Spiritual Deception"), et le batteur (qui a changé depuis les derniers opus, apparemment pour le meilleur tant son jeu enterre celui du précédent) met tout ça en rythme avec un brio fabuleux, mais avec lui aussi tant de technique et de complexité dans son jeu que cela devient parfois un poil abscons. Et cela amène au second constat : OK les gars, c'est très, très fort, mais pas mal de monde risque de trouver ça un peu vain! En effet, après plusieurs écoutes, il demeure très difficile de sortir un ou deux morceaux du lot tant l'ensemble forme un gros bloc cohérent mais quasi dépourvu d'aspérités où le chroniqueur et le fan pas forcément ultra chauds sur le genre à la base pourraient s'accrocher pour trouver leur kiff. Les deux morceaux un peu typiques de cet élitisme musical (toutes proportions gardées) qu'on retrouve chez SOP sont les deux gros pavés "The Evangelist" et "Apparition", de presque dix minutes chacun, et dont il vraiment difficile de faire surnager tel ou tel passage. De manière générale, la musique de SOP c'est ça : on kiffe, on est impressionnés, mais après l'écoute, on peut passer 10 minutes à retrouver le passage du morceau qui a accroché l'oreille en premier lieu. Tout change tellement vite et tellement souvent au sein d'un même morceau qu'on a parfois le sentiment de se retrouver devant une collection, certes hyper riche et variée, de plans et de riffs dont certains sont juste des joyaux (quelques gros morceaux de bravoure sur l'opener "Where Angels Go Demons Follow", ou sur la très réussie bien qu'encore trop complexe "No Light Spared"), mais difficilement face à de véritables morceaux construits, cohérents et mémorisables. Les claviers gothiques et les quelques samples de cordes se chargent, seuls, de tenter d'installer une ambiance et une identité prégnantes sur cet Incurso, mais force est de constater que, face à l'arsenal de riffs et de changements incessants de plans des morceaux, cela ne suffit pas (c'est plus réussi sur "Apparition" ceci dit).


Bref, Spawn Of Possession est clairement et définitivement un truc de spécialistes, de fanatiques de techno-death, et sûrement pas un album de death à présenter au premier venu. Une certaine idée de la musique, en somme. On appréciera ou pas le résultat final, mais on ne peut qu'être impressionné par les moyens déployés et il faudrait être très con et obtus pour ne pas reconnaître le talent de musiciens des suédois. De musiciens. Pour ce qui est de la composition d'un morceau ou d'un album, les mecs ont à mon très humble avis encore quelques progrès à faire si ils veulent toucher un peu plus de monde. C'est cool d'être exigeants messieurs, mais peut-être faut-il savoir mettre un peu d'eau dans son vin par moments... Un très bon album donc, mais à ne surtout pas mettre entre toutes les esgourdes.
 




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