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CHRONIQUE PAR ...

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Mayou
Cette chronique a été mise en ligne le 12 juin 2012
Sa note : 20/20

LINE UP

-Steven Wilson
(tout)

-Mikael Akerfeldt
(tout)

TRACKLIST

1) Drag Ropes
2) Storm Corrosion

3) Hag
4) Happy
5) Lock Howl
6) Ljudet Innan

DISCOGRAPHIE


Storm Corrosion - Storm Corrosion
(2012) - rock prog - Label : Roadrunner Records



Cet album est décidément plein de surprises… Pour vous dire, j’ai longtemps hésité à lui mettre une note entre 0 et 20 (ce qui est plutôt logique, au final). Tantôt génial, tantôt misérable, j’étais perdu. Puis, j’ai vu la lumière, et j’ai enfin réussi à me faire un avis tranché. Ceci messieurs, cette hésitation, cette ignorance, est la marque des grands albums : il faut du temps avant de découvrir sa beauté. Au départ, j’avais peur de chroniquer l’objet, il me faisait peur. Et si j’étais déçu ? Et si, au contraire, il était génial, et que je n’arrivais pas à mettre des mots dessus ? Maintenant, je suis heureux de l’avoir fait, car cela m’a forcé à le réécouter encore et encore, pour enfin arriver à la vérité : cet album est génial.

Dire que Storm Corrosion a été attendu n’est qu’un doux euphémisme. En même temps, que faire quand on vous annonce la collaboration, purement musicale cette fois, entre les deux génies et amis Mikael Akerfeldt d’Opeth et Steven Wilson de Porcupine Tree ? Autrement dit, les têtes pensantes des deux plus grands groupes de metal progressif actuel (bon, du moins ils font partis de l’élite, assurément). On est donc parti pour pas moins de dix ans de rumeurs plus ou moins folles. Depuis qu’ils se sont rencontrés (avant même Blackwater Park et sa production signée Wilson), les esprits les plus optimistes attendent cet album comme le messie. On entend alors parler de Mike Portnoy, ce qui en aurait réjoui plus d’un… L’idée est abandonnée (tant mieux, les trois ont beaux être regroupés sous la même étiquette, l’ex-Dream Theater n’a rien à voir avec nos héros). Et enfin, arrive la première info qui peut nous laisser nous faire faire une idée de l’orientation musicale choisie par les compères. Car il est vrai que de ce côté-là, on aurait pu s’attendre à tout, tant le style de leur groupe respectif est différent et varié. Et pourtant, un point commun subsiste entre les deux carrières. Opeth sort Heritage, et Steven Wilson sort Grace For Drowning. Deux albums qui se veulent plus proches des racines seventies, et très éloignés des influences plus extrêmes autant d’Akerfeldt que de Wilson. Et donc cette info dont je vous parle depuis cinq phrases ? Et bien après des années d’attente insoutenable, voilà ce qu’on nous déclare : Storm Corrosion n’est rien de moins que la dernière partie de la trilogie composée des albums cités plus haut.
Ca fait l’effet d’une bombe. Hiroshima, Armageddon, l’apocalypse… Ce skeud sera donc dans la même veine que les controversés Grace For Drowning et surtout Heritage. Controversés, vous dites ? Finalement, on en a parlé car on s’y attendait, mais qui a dénigré ces albums ? Car quand la qualité est là, tout le monde se met d’accord, et il n’y a pas à s’en faire : Storm Corrosion sera génial, un point c’est tout. Ca ne peut pas être autrement, tellement les deux amis nous ont habitués à de la qualité sur chaque album qu’ils ont sortis chacun de leur côté. On se fait donc à l’idée que SC sera « posé ». Calme, introspectif, reposant… Voila des adjectifs que l’on aura utilisés sans même avoir jeté un coup d’oreille sur l’objet, et pourtant sans se tromper pour autant. Troisième rebondissement dans l’affaire : le groupe se met d’accord et sort en avant première le premier titre de l’album : "Drag Ropes". Que faire ? L’écouter, et prendre le risque d’être « spoilé », où même déçu si la chanson sans le reste de l’album ne présente qu’un intérêt moyen ? Et puis merde, on est faible et on craque. Livré avec un clip impressionnant d’originalité et de noirceur (réalisé en grande partie grâce à l’aide de Jess Cope qui a déjà travaillée avec Tim Burton, on s’en doutait), la chanson est au premier abord… Surprenante. Pourtant, tout indiquait cette voie là : pas de distorsion, à peine de batterie, le seul élément qui nous rattache à nos idoles est la voix d’Akerfeldt en premier, qui interprète à la perfection le rôle du prêtre avide de pouvoir, puis celle de Wilson. Plus on la réécoute, plus on se dit qu’elle n’est pas si mal. Mais avant d’avoir le temps de complètement l’assimiler, l’album est déjà dans les bacs.
Autant vous prévenir tout de suite, Storm Corrosion est assez difficile d’accès. Il est impératif d’être dans de bonnes conditions pour l’écouter et l’apprécier. Il fait beau, vous êtes de bonne humeur, allongé dans l’herbe… N’écoutez pas ça. Allongez vous plutôt dans le noir, et attendez d’avoir l’esprit pensif, lorsque vous vous demanderez, que faites vous là ? Pourquoi pas là bas, dans quelqu’un d’autres, ces questions ont-elles un intérêt ? Non, aucun, mais tout le monde doute. Et c’est dans ces moments là que Storm Corrosion se révèlera à vous. Ne vous concentrez pas non plus sur la musique, laissez vous plutôt porter par ces notes tantôt sombres, joyeuses, mélancoliques, et laissez les images s’imprimer dans votre esprit. Ces images tout droit sorties de votre imagination, ce qui donnera à l’album un côté personnel et intouchable par d’autres… Ne pensez pas à comment elles sont arrivées là, où est ce bien vous qui imaginez des scènes si étranges, mais laissez les vous envahir, prendre le contrôle, comme un rêve éveillé. Ainsi, vous aurez peur sur "Drag Ropes", vous serez violenté sur "Storm Corrosion", puis poursuivi sur "Hag", et enfin réconforté par la voix angélique de Mikael sur "Ljudet Innan". Et en ressortant de cette expérience, vous aurez tout oublié, car ce fut trop intense. Vous voudrez oublier, car vous avez douté de la pertinence de ces chansons, et de ces longues montées en puissance qui n’aboutissent à rien. Mais lorsque vous l'aurez assez entendu, et que les écoutes se seront accumulées, vous pourrez enfin comprendre qu’il ne s’agit pas juste de montées en puissance, ou de mélodies enchanteresses, mais d’ambiances. Storm Corrosion est au dessus des critères habituels de la musique, et il s’élève au dessus de ça pour proposer une sorte de voyage, comme si la musique n’était qu’un instrument pour vous emmener autre part.
Si les délires cosmiques, ce n’est pas votre truc, alors voici quelques éléments qui pourront quand même vous faire aimer l’album. En effet, il contient tout de même de magnifiques mélodies, de refrains ou de breaks inquiétants. Prenez "Hag", par exemple : on retrouve tour à tour un couplet minimaliste, avec juste quelques notes de piano qui font mouche à chaque coup, un refrain imparable, et enfin un break presque metal (le seul dans tout l’album d’ailleurs), qui au milieu d’un album de Morbid Angel aurait fait pâle figure, mais ici est tout à fait à sa place (sans compter le solo de batterie par Gavin Harrison qui se fait enfin entendre). Et on a cette basse, une note qui forme ce lien dans toute la chanson, ce lien utile pour ne pas se perdre en cours de route, mais en même temps un lien si fragile, qu’il pourrait être brisé à chaque instant, ce qui maintient une tension continuelle tout au long de la chanson. On retrouve le même principe sur le final "Ljudet Innan" et sa note de guitare, hypnotique, répétitive, mais à la fois si reposante (voir toutes ces choses dans une note, vous pensez que j’en fais trop ?). Le chant est magistral à chaque fois. Steven Wilson est un maître et sa voix serait presque protectrice, comme un père avec un instinct maternel qui veillerait sur vous. On regrettera toutefois l’absence d’Akerfeldt sur quatre des six titres, bien que sa voix, même en chant clair, peut être considérée un peu plus maléfique que celle de la tête pensante de Porcupine Tree (et de Storm Corrosion ?). Le fait que l’album ne dure que quarante minutes rend celles-ci encore plus précieuses, et on apprécie d’autant plus chaque épopée instruite par la musique, sans pour autant regretter qu’il ne soit plus long, ou même plus court.


Que penser de la collaboration ? Car aux premiers abords, on n’entend que ces longues plages vides et presque inutiles, où chaque petit évènement retombe directement dans l’oubli. Pourtant, on se rend vite compte au fil des écoutes que si ces plages n’étaient pas aussi vides, on aurait eu droit finalement à un album classique, et sans originalité. Et je m’en veux. Oui je m’en veux car je veux finir sur cette phrase qui a été déjà dite des millions de fois, et qui donc ne correspond pas à cet album unique. Pourtant, je dois le faire : Storm Corrosion, ce n’est pas de la musique, c’est de l’art. Et quand on a devant soi de la musique si spéciale, on note en conséquence.


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