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CHRONIQUE PAR ...

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Silverbard
Cette chronique a été mise en ligne le 28 mai 2012
Sa note : 19.5/20

LINE UP

-Emmanuel Jessua 
(voix+guitare+piano+programmation)
 
-Jérémie Lautier 
(guitare) 

-Gredin 
(basse) 

-Thibault Lamy 
(batterie+programmation)  

TRACKLIST

1) Acid Mist Tomorrow   
2) Six Fingers in One Hand She Holds the Dawn Part I   
3) Six Fingers in One Hand She Holds the Dawn Part II   
4) Story of the Eye   
5) Gehenne Part I   
6) Gehenne Part II   
7) Gehenne Part III   
8) Brume Unique Obscurité Part I   
9) Brume Unique Obscurité Part II

DISCOGRAPHIE


Hypno5e - Acid Mist Tomorrow
(2012) - postcore metal prog metal cinématographique - Label : Klonosphere



Il fallait bien que ça arrive un jour, cette sensation d'avoir dégoté THE album génial sorti de nulle part, celui qui fait oublier et qui justifie à la fois tout le temps consacré à analyser les livraisons moyennes habituelles. Celui qui vous emporte ailleurs et qui vous colle à la peau. Celui que vous allez presque regretter en sachant à quel point ce genre d'événement est exceptionnel. Hypno5e, voici le nom du messie. Son méfait ? Acid Mist Tomorrow. Caractéristique particulière ? Français, oui monsieur.

Vous avez aimé la scène frenchie Gojira, Hacride, Psykup, M.O.P.A. ? Ne réfléchissez pas, vous aimerez Hypno5e, signé chez Klonosphère décidément en forme. Dans le cas contraire, ne craignez rien, vous aimerez aussi. La musique d'Hypno5e a été pensée pour toucher un public très large, pas en nombre mais en origine. Comme le groupe le dit lui-même, le metal ici pratiqué n'est qu'un prétexte pour exprimer et sublimer toutes les émotions développées. Les Montpelliérains définissent ainsi leur musique comme du metal cinématographique. Petite pédanterie vite dissipée à la première écoute car on comprend tout de suite où on veut nous emmener, la difficulté est plutôt d'accepter le voyage. La colère, la souffrance, la tristesse, la peur, le doute, la contemplation, la mélancolie… Chaque instrument, chaque riff, chaque pattern, chaque nappe, chaque cri, chaque mélodie est l'expression d'une entité, d'un rôle, d'un personnage.
Acid Mist Tomorrow, c'est une histoire qu'on nous raconte et dont on est acteur, ce sont des images que l'on contemple et où l'on se retrouve, c'est une œuvre d'art qui nous renvoie l'image de notre visage et qui nous fait nous découvrir plus encore. Le qualificatif de B.O. serait réducteur, on a ici affaire à ni plus, ni moins qu'un film fait musique. Un film fait d'une part de riffs épais, d'harmoniques distordues, de chant hurlé schizophrène, de groove meshuggesque, et parfois de blasts-beats. Un film fait d'autre part d'accords lumineux bercés de delay et de reverb, de passages ambiants, d'un chant sublime gorgé de spleen et même d'une guitare sèche hispanisante. Pour aller jusqu'au bout du malaise, il ne manquait plus que des samples macabres. L'occasion de donner un nouvel écho à des extraits littéraires issus de poèmes de Gérard de Nerval ou de Bertold Brecht, ou aux dernières phrases de L'Etranger d'Albert Camus : « Pour que je me sente moins seule, il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution, et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine », quand ce ne sont pas des répliques du cinéma de Jean-Luc Godart qui sont reprises.
Au total ce sont 9 pistes pour 5 morceaux de 10 minutes en moyenne, qui forment un tout totalement cohérent et indissociable dans le clair, l'obscur et le mélange des deux, et parfaitement fluide malgré les structures à tiroirs. Ce voyage ne laisse pas indifférent, on ressort changé de l'écoute de l'album. On est au pire déconcerté et au mieux fasciné, car jamais un groupe n'a abordé ce style musical sous un tel angle, avec une telle innocence et arrogance à la fois. Revenons sur l'accessibilité de l'œuvre, car comme toute démarche ambitieuse, elle est aussi hautement élitiste. Parvenir à saisir la substance géniale de cette galette nécessite une communion parfaite avec la musique. S'il fallait résumer l'album en un mot, ce serait l'introspection. La violence et la sincérité des ambiances distillées entre mélodies éthérées et accès de rage sont telles qu'elles appellent une véritable implication physique où tous les sens sont en éveil.


J'espère avoir pu donner au cours de ces quelques paragraphes les clés pour donner envie de franchir le pas, car l'essence géniale d'Hypno5e échappe inévitablement à toute tentative de description par de simples mots. C'est avant tout une expérience à vivre. Deuxième album pour le quatuor et déjà un aboutissement technique et émotionnel. Une œuvre obsédante, qui appelle à être en permanence réécoutée et qui se place comme une sortie phare de l'année. « Après qu’est mort le dernier son, reste un silence très profond. Les étoiles ne sont que noms, pour une unique obscurité. »


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