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CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 29 avril 2012
Sa note : 18/20

LINE UP

-Thomas 
(chant) 

-Julien
(guitare) 

-Charlotte 
(basse) 

-Etienne 
(batterie)

TRACKLIST

1) Idiologie
2) Quel que soit le prométhéen (ou le nihiliste)
3) Épithète, dominion, épitaphe
4) Luxe assassin
5) L'empire des jours semblables

6) Adieu !
7) My English is pretty bad
8) Marketing Armageddon
9) Plus tard vs. trop tard
10) La dialectique des possédés
11) 110.587

DISCOGRAPHIE


AqME - Épithète, Dominion, Épitaphe
(2012) - hardcore post rock heavy metal black metal thrash metal gros truc de ouf - Label : At(h)ome



Du black. Du postcore. Du thrash. Du heavy. Un chant hurlé possédé omniprésent. Une brutalité, une inventivité et une science de la composition qui feront pâlir beaucoup de gens. Dans Epithète, Dominion, Epitaphe, il y a tout ça. AqME basculait de plus en plus dans la violence depuis Hérésie en 2008, le nouveau guitariste Julien Hekking avait déjà prouvé sur l'album d'avant qu'il changeait complètement la donne alors qu'il était arrivé en cours de composition... et là, ça y est. C'est l'album qui va enfin faire comprendre aux métalleux qu'AqME n'est définitivement plus un groupe à minettes mais bien un grand groupe de métal. S'il y a une justice, les gens comprendront.

En tous cas les gens qui s'informent un minimum vont en entendre parler, ne serait-ce qu'à cause du départ de Thomas après l'enregistrement qui a fait tomber pas mal de monde de l'armoire. L'homme savait déjà qu'il allait partir au moment où il a enregistré ses prises, et à l'image d'un Étienne de Black Bomb A c'est au moment de tirer sa révérence qu'il livre la meilleure performance de sa carrière. Et il part en hurlant : le chant clair est l'exception sur Epithète, album qui pose quand même un peu les burnes sur la table en enquillant dès le début deux titres entièrement growlés. Et quel growl, mes aieux ! Le grain est insensé, l'ampleur est énorme, la violence dégagée confondante. C'est Thomas comme on ne l'avait jamais entendu, et le tour de force c'est que ça reste indéniablement Thomas... à savoir un hurleur reconnaissable en une demi-seconde. Cette voix à la fois impressionnante et porteuse d'une identité en béton est parfois un poil trop linéaire : le couplet de "Quel que soit le prométhéen..." aurait pu fonctionner avec un mix clair/growl par exemple. Mais c'est là chicaner : le refrain de la chanson-titre use de ce procédé et la manière dont les notes jaillissent entre les cris est bluffante. Le choix du chant clair sur un plan black metal dans "Luxe Assassin" est à la fois ambitieux et réussi, les variations graves comme aiguës des growls font mal... tout ça est brutal, et combiné à la brutalité et la créativité des riffs ça donne un produit fini franchement exceptionnel.
L'enfilade de genres cités dans l'intro n'était pas là que pour obtenir l'attention du métalleux moyen : l'équipe de songwriters Etienne "je suis bourrin" Sarthou / Julien "j'expérimente" Hekking a lâché les chevaux et le résultat fait écarquiller les yeux à l'écoute. "Plus Tard vs.Trop Tard" est au final le seul titre qui aurait pu figurer sur Polaroïds & Pornographie, avec en bonus un chorus puis un solo de guitare tous deux hyper classieux et marqués du sceau Julien. Les harmonies heavy-metal sur "Luxe Assassin" ou la lead mortelle sur la fin de "L'empire des jours semblables", la mélodie speed et entêtante du bridge de "Idiologie", les thèmes metalcore de "Adieu"... il était déjà impossible de lister tous les plans de gratte anthologiques sur En L'Honneur de Jupiter et sur cet album c'est la même chose en pire. La mélodie post-rock éthérée qui ouvre "My English is Pretty Bad" hante l'auditeur, la manière dont le riff ravageur des couplets de "Idiologie" est développé en plein milieu est réjouissante car symptomatique d'un refus de la facilité (le riff fonctionnait tel quel !)... et il y a cette soudaine lubie de mettre du black metal dans du AqME, et ce talent insolent d'y arriver du premier coup. Et pas que sur "Luxe Assassin" : le vrai blast assumé pendant tout un couplet sur "La dialectique des possédés" fait mal, comme les arpèges du refrain d'ailleurs. Ça fonctionne isolément et articulé au reste, car AqME évite le fourre-tout par une science des transitions et des refrains qui annule toute impression de patchwork. C'est magistral.

On pourrait aussi parler des textes qui sont les meilleurs de la carrière du groupe. Des beatdowns écrasants, des variations quasi-constantes sur les riffs au moment de les reprendre, de la production éléphantesque, que sais-je. Ou alors on dit juste qu'Epithète, Dominion, Épitaphe est un des meilleurs albums de métal sorti depuis des années et on ajoute avec un regard en coin que les préjugés sont l'apanage des imbéciles. Vous attendez quoi ?


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