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CHRONIQUE PAR ...

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Mita
Cette chronique a été mise en ligne le 20 avril 2012
Sa note : 18/20

LINE UP

-Fernando Ribeiro
(chant)

-Ricardo Amorim
(guitare)

-Pedro Paixao
(claviers)

-Aires Pereira
(basse)

-Miguel Gaspar
(batterie)

TRACKLIST

1) Axis Mundi
2) Lickanthrope
3) Versus
4) Alpha Noir
5) Em Nome Do Medo
6) Opera Carne
7) Love is Blasphemy
8) Grandstand
9) Sine Missione

DISCOGRAPHIE

The Butterfly Effect (1999)
Night Eternal (2008)
Alpha Noir (2012)
Omega White (2012)
Extinct (2015)

Moonspell - Alpha Noir
(2012) - gothique dark metal - Label : Napalm Records



Dans la vie tourmentée d'une chroniqueuse, certaines promos sont des cadeaux de la nature qu'on souhaite chérir toute sa vie, réécouter encore et encore, dresser comme des monuments face à d'autres albums d'un mauvais goût prononcé sur lesquels on a eu le malheur de tomber un jour ou l'autre. Oui car après avoir reçu les derniers Sarah Jezebel Deva, Nachtblut et autres Gallhammer, on a besoin d'une valeur sûre qui ne nous laissera pas tomber pour se réconforter. Et ça tombe bien car dans ce genre là, le groupe portugais Moonspell arrive avec un Alpha Noir que l'on érige déjà en tant que potentiel album de l'année.

Alors que certaines formations doivent se demander quelle est la raison de changer une recette qui marche, eux voient, comme souvent, les choses différemment. Plutôt que de se reposer sur ses lauriers et de continuer dans la même voie, autant chambouler les fans et les quelques acquis d'une précédente réussite, même si on va faire peur à une frange de son public. Donc terminé les petites ambiances et l'aspect un peu gothique, désormais, Moonspell a décidé de se faire plus rentre-dedans, incisif et véloce avec des guitares puissantes, au premier plan que parfois, même des formations de thrash metal ne renieraient pas. C'est le cas sur "Axis Mundi", par exemple, qui viendra donner le ton : carrée, incisive et sombre.
Alpha Noir est un disque qui surprend, et aime surprendre, d'autant plus que les musiciens touchent ici à bien plus de registres qu'avant, tout en s'efforçant de garder une certaine ligne de conduite : celle d'une énergie dévastatrice mais toujours au service de la mélodie. Pas d'amateurisme incontrôlé et d'accès de violence inutile, pas d'écart de conduite, sans pour autant rester trop propre ni poli. On retrouve vraiment tout ce qui fait la force des cinq musiciens, à savoir un professionnalisme démesuré (après tant d'années de carrière, c'est normal) mais qui ne laisse jamais la spontanéité, l'inventivité et l'émotion sur le carreau. Un équilibre, un compromis entre mélodie et rage, voilà de quoi sera composé l'opus.
En plus de cela, les Portugais vous assènent le coup de grâce par une dimension caméléon qui se retranscrit par la guitare aux multiples visages, mais aussi par le chant toujours aussi personnel et excellent de Fernando Ribeiro. Une grande partie de la réussite provient donc de sa voix qui sait s'adapter à chaque partition, toujours avec un charisme impressionnant et une maîtrise à tomber. Son chant hurlé est impeccable, et son chant clair brillant, surtout dans sa langue natale comme sur "Em Nome Do Medo", qui est en passant le meilleur morceau de tout le lot. Tout comme la musique, il joue sur tous les tableaux, une recette qui reste de mise chez Moonspell et l'adéquation est parfaite, comme d'habitude.
Même si d'apparence, Alpha Noir semble moins dans le jeu de l'ambiance que Night Eternal, tout cela relève de la tromperie, et les atmosphères, elles, sont encore une fois soignées aux petits oignons. Un morceau du calibre de "Sine Missione" n'aurait pas autant de force sans cette ambiance noire qui lui colle à la peau, et l'instrumentale, prenante, remporte l'adhésion. De même, "Grandstand" est théâtrale, dans le chant comme dans la rythmique, et "Alpha Noir", terriblement addictive, porte bien son nom : glaçante et noire, justement. Moonspell happe à la fois par sa violence, mais aussi par son goût pour le ténébreux, le menaçant. Un côté pas forcément innovant dans le fond, mais pourtant plus chamboulé qu'on ne le penserait à chaque fois.


Un album incroyablement varié et mélodique tout en comportant sa dose de sensations fortes, Alpha Noir prouve encore une fois que le groupe portugais n'est pas là comme un figurant, mais bien comme une figure de proue dans le metal. Et cette valeur sûre qui continue de nous enchanter depuis tant d'années ne semble pas prête de s'arrêter dans son ascension fulgurante vers les sommets, qu'ils réussissent toujours à atteindre. Supérieur encore à son prédécesseur qui était déjà d'excellente facture, ce nouveau brûlot, qui ne plaira pas forcément à tous, est pourvu de qualités musicales évidentes qui élèvent Mooonspell au rang de maîtres.


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