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CHRONIQUE PAR ...

90
Seth
Cette chronique a été mise en ligne le 04 mars 2012
Sa note : 12/20

LINE UP

-Tiberio Natali
(chant)

-Daniele Genugu
(guitare)

-Sandro Capone
(guitare)

-Giorgio Novarino
(basse)

-Giulio Capone
(batterie+claviers)

TRACKLIST

1) The Darkest Hour
2) C4
3) Don’t Know What You Need
4) Emerge
5) We Got the Tragedy
6) To Forget and to Forgive
7) Dancerous
8) Triskelion
9) Fairy Gate
10) The Defending Dreams Battle (Aruna’s Gateway)
11) Deep Water
12) DefCon/13
13) Boogeyman

DISCOGRAPHIE

Emerge (2011)

Bejelit - Emerge



Emerge est le quatrième album du groupe de metal italien Bejelit, dont le contenu hétéroclite peut de façon justifiée être qualifié de patchwork de son. Mais Bejelit bénéficie cependant d’un bon potentiel qui se fait ressentir plus au moins intensément au cours de cet album que l’on va disséquer sans plus attendre.

Bejelit joue un heavy metal teinté de tant d’influences que lui donner une appellation reviendrait encore à une étiquette à rallonge power dark de l’enfer. Alors disons simplement heavy metal. Occasionnellement teintée de légères touches orientales ("The Darkest Hour, "Emerge" avec son bridge presque flamenco), d’autres fois brutalement thrashesque ("C4" avec ses bris de verre et ses cris saturés,  "The Darkest Hour), souvent speed et aux limites du power, la musicalité de Bejelit est parfois chaotique, difficile à suivre, même si le refrain finit par revenir pour nous remettre sur les rails d’une écoute plus traditionnelle en terrain connu. Ces refrains peuvent d’ailleurs parfaitement faire dans le power après un couplet anarchiquement thrash, ce qui donne à la musicalité de Bejelit un côté atypique intéressant, sans pour autant que cela devienne dissonant. La voix assez peu commune du chanteur, puissante et soyeuse, se remarquera par ailleurs lorsque le chant passera en voix claire.
Si l’album commence avec plus de violence, les italiens s’assagissent rapidement pour se laisser aller à une grosse tendance power, avec des refrains comme celui de "Don’t Know What You Need", qui sera d’ailleurs suffisamment prenant pour vous rester dans la tête un bon moment. Bejelit évite à un moment l’écueil de la ballade obligatoire, avec "We Got the Tragedy", dont l’intro fait rapidement place à un metal inondant de saturations les oreilles de l’auditeur, bien vite suivi cependant par une chanson aux nets penchants mélancoliques, "To Forget and to Forgive", qui saura néanmoins rester musicalement puissante. Bejelit apparait donc à l’orée de cette moitié d’album comme un groupe qui sait mener sa barque et qui compose ce dont il a envie, sans tomber nécessairement dans les pièges de la composition basique d’un album de metal. Ils finiront cependant par nous offrir cette tant attendue ballade, après nous avoir fourvoyé deux ou trois fois, avec l’ultime chanson de l’album, "Boogeyman", qui est assez bien composée et agréable à écouter. Quant à sa pérennité dans l’histoire du metal, c’est autre chose.
Puis quelque chose change à la moitié de l’album. Un passage dans la matrice ? Une overdose de champignons ? Difficile de comprendre ce qui est arrivé au groupe burné qui semblait avoir foulé la terre de ce début d’album, lorsque démarre "Dancerous", la chanson bug de l’album. Car oui, Bejelit nous apprend maintenant que l’on va danser. "Dancerous" laissera d’abord l’auditeur perplexe de par son thème étrange, puis par sa musicalité lorsque le speed metal à violon laissera place à un bridge à l’accordéon. Car oui, le solo de speed metal à l’accordéon, on peut dire ce qu’on veut, ça fait quand même mal par ou ça passe. "Tryskelion" suivra peu après, une chanson sans réelle originalité dont il n’a rien à dire si ce n’est à propos d’un passage calme ou le groupe introduira une boite à rythme typée r’n’b. Encore une fois le doute passera furtivement dans l’œil de l’auditeur, mais n’aura pas le temps de s’installer aussi durablement que pour le solo d’accordéon anarchique.
On va de surprises en surprises à partir de "Dancerous", il est cependant dommage qu’elles ne soient pas forcément bonnes. Nous aurons donc une intro au clavier halluciné pour le morceau power "Fairy Gate", des passages calmes sans intérêt dans "Deep Water", au milieu d’une chanson où l'on ne sait pas trop s’ils ont voulu faire du pirate metal ou de l’avant-garde metal, tellement que c’est bizarre et que l’on ne comprend rien. Nul doute qu’il s’agissait là du projet ambitieux du groupe, au vu de la longueur de la chanson (plus de dix minutes), mais le genre de chanson qu’ils ont essayé de créer ici ne se fait pas simplement en apposant plein de passages différents bout à bout jusqu’à ce que cela fasse dix minutes. Bejelit devrait continuer à écrire des chansons comme "Emerge" pour l’instant, et continuer d’écouter en parallèle les maîtres du genre (Transatlantic, Rhapsody of Fire, Dream Theater…) jusqu’à acquérir la maturité de créer leur véritable masterpiece de dix minutes qui sera, espérons-le, un peu moins chaotique que "Deep Water".


Cet album est somme toute assez étrange, commençant fort avec des éléments prometteurs, et s’effondrant presque sur lui-même à partir du milieu, enchainant les chansons peu intéressantes contenant des éléments allant parfois jusqu’au désagréable. Bejelit serait-il vraiment un bon groupe à qui on aurait donné du LSD au milieu de l’enregistrement de leur album ? Espérons-le. Toujours est-il que le LSD a eu de meilleurs effets sur certains. L’album comporte cependant d’excellentes choses, et le groupe étant assez jeune, nul doute qu’ils corrigeront le tir pour quelque chose de plus maitrisé et puissant dans la suite de leur carrière.


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