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CHRONIQUE PAR ...

88
Mita
Cette chronique a été mise en ligne le 02 février 2012
Sa note : 18/20

LINE UP

-Masha Scream
(chant)

-Lazar
(guitare)

-Kniaz
(basse)

-Artist
(batterie)


TRACKLIST

1)Intro (Kolymiyka)
2)Skvoz' Tuman Vekov
3)Rus' Iznachal'naya
4)Vo Slavu Velikim
5)Po Syroi Zemle
6)Tuman Yarom
7)Zov Bitvy
8)Vedy Proshlogo
9)Velikden'
10)Gnev Vremen
11)Na Svarogovoi Doroge
12)Vyidi, Vyidi Ivanku
13)Vosstanie Roda
14)Sila Slavnyh

DISCOGRAPHIE

Vo Slavu Velikim (2005)
Goi, Rode, Goi! (2009)
Slovo (2011)
Stenka Na Stenku (2011)
Yav (2014)
Khram (2018)

Arkona - Vo Slavu Velikim
(2005) - folk - Label : Sound Age Production



Si vous êtes attentifs et fidèles aux Éternels (et je sais que vous l'êtes, petits sacripants), vous devez avoir quelques souvenirs de la chronique de Slovo des Russes d'Arkona. Une sacré déception en y repensant. Alors si vous ne connaissiez pas le groupe, vous n'avez pas du avoir une très bonne image, et vous dire qu'il fallait mieux passer votre chemin. Sauf qu'en tant que grande justicière du pagan / folk metal, il est de mon devoir de rétablir la vérité et l'ordre : Arkona est un grand du folk metal, qui n'a fait qu'un faux pas mais qui a aussi donné naissance à de superbes albums. Et ça tombe bien, nous allons parler de l'un d'eux, nommé Vo Slavu Velikim.

Première précaution à prendre : vous êtes fans de Korpiklaani, Eluveitie, vous aimez chanter, rire et danser dans une taverne avec une bonne bière (belge bien sûr) ? Le folk festif c'est votre rayon ? Alors il y a des chances que vous ne trouviez pas votre bonheur chez nos Russes favoris qui sont, il faut le dire, en tout points meilleurs que les deux formations sus-citées. Car Arkona, ce n'est pas juste un folk metal basique et sans prétention qui n'a pour but que d'amuser la galerie. C'est également une véritable recherche musicale, une inspiration sans faille et un talent de composition à tout épreuve. Notre combo de l'Est n'est pas une simple bande d'amateurs qui fait laïlaïlaï autour d'un feu de camp. C'est la solidité, la puissance et la majesté incarnée. Et c'est par sa richesse, sa complexité, son inventivité et son audace qu'ils se détachent du lot.
Un acteur, ou plutôt une actrice, est pilier de tout cela : la jeune Masha. Cette chanteuse est impressionnante, est capable de tout faire avec sa voix reconnaissable entre milles, et qui, dans chaque opus d'Arkona, est l'élément qui remonte la pente. Enfin, dans ce brûlot là, nul besoin de remontage de pente car musicalement, on est dans l'excellence, tout autant que du côté vocal ou les grunts de la belle sont aussi puissants que sa voix claire est magnifique. Ah oui, rappelons que dans Vo Slavu Velikim, les compositions proviennent de Masha elle-même. Quand je vous disais qu'elle est incroyable la petite demoiselle. Le groupe ne tombe pas dans la redite, prouvant à chaque fois qu'ils savent où ils vont, et qu'ils sont déterminés à aller encore plus loin, à prendre des risques. Ambitieux, ils le sont, plus que certains dont le succès, lui, semble de la triche à côté.
Niveau titres, tout sera chanté dans la langue natale, c'est à dire le russe. On aime ou on aime pas, mais en rien cela ne nuit au côté mélodieux de l’œuvre, qui nous surprend à chaque écoute. Il faut persévérer pour rentrer vraiment dedans car nous ne sommes pas en face de quelque chose de simpliste. Le côté folk n'est pas là uniquement pour former une tapisserie, il est pleinement intégré dans la musique et s'incorpore à merveille. Aux côtés des riffs tantôt typés black, tantôt heavy, la flûte, la balalaïka et autres mènent la danse et nous prouvent que le combo n'est pas seulement un groupe de metal, il serait presque tout autant à considérer comme un groupe de folk, où agressivité et douceur se côtoient en chaque instant. Il suffit d'écouter un morceau comme "Gnev Vremen" pour se rendre compte que tout se côtoie si harmonieusement …
En dépit de la longueur des pistes, tout est maîtrisé comme jamais. Les Russes ne se perdent pas, au contraire, ils gardent un fil conducteur, et si tout foisonne (profusion d'instruments superposés aux guitares avec chant féminin enchanteur et chœurs en réponse comme sur "Na Svarogovoi Doroge"), la profusion donne une ampleur et une importance stupéfiante. Tout est diversifié, mais pourtant très cohérent. La rapidité globale est atténuée également par de douces aérations (la très agréable "Tuman Yarom"), le tout soutenu par une production tout à fait décente et valorisante, il est dur d'adresser des reproches à Arkona qui atteint avec ce brûlot les panthéons du genre. Et même quand le groupe veut se montrer festif (le break de "Na Svarogovoi Doroge"), on reste dans une grande dextérité, ce qui démontre le professionnalisme et la maturité des russes.
Malgré toute la dimension folk, imposante, les parties metal ne sont jamais oubliées. Parfois en retrait, mais juste ce qu'il faut, on retrouve des instants de puissance que les fans de riffs ne bouderont pas, comme sur la puissante "Zov Bitvy", percutante et directe. Même avec la longueur, même si les refrains ne sont pas spécialement mémorisables, Arkona envoûte, avec tout son charme et sa grâce et captive de bout en bout. Le seul titre qui restera peut-être légèrement sous le lot est "Skvoz' Tuman Vekov", qui peine un peu à démarrer. Mais une fois la machine lancée, plus rien ne l'arrête, sa précision massive étant sidérante. On se retrouve parfois en pleine nature, marchant dans le froid polaire russe où Masha, de sa voix chaude, nous berce, avant que ses growls ne nous ramènent à la réalité, pour ensuite mieux nous faire rêver d'une guitare acoustique.


Monument du folk / pagan, pierre angulaire du genre, et surtout, l'un des hérauts (encore une fois loin devant les surestimés Eluveitie qui ne cessent de se plagier depuis quelques temps) parmi tous les groupes, Arkona se montre brillant de bout en bout sur un Vo Slavu Velikim qui sort de nul part et qui, surtout, n'a rien à envier à personne. Et encore, si c'était leur seul monument … Car oui,  nos Russes ont sorti une autre perle, il n'y a pas si longtemps d'ailleurs. Et croyez-moi, nous en reparlerons.


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