5028

CHRONIQUE PAR ...

17
Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 30 janvier 2012
Sa note : 16/20

LINE UP

-Stephan Forté
(guitare)

-Franck Hermanny
(basse)

-Kevin Codfert
(claviers)


+ guest :

-Glen Drover
(guitare)

-Mattias IA Eklundh
(guitare)

-Jeff Loomis
(guitare)

-Daniele Gottardo
(guitare)

-Derek Taylor
(guitare)

TRACKLIST

1)The Shadows Compendium
2)De Praestigiis Daemonum
3)Spiritual Bliss
4)Duat

5)Sorrowful Centruroides
6)Prophecies Of Loki XXI /
7)I Think There’s Someone in the Kitchen
8)Improvisation on Sonata no. 14, c # minor - Op. 27 no 2.

DISCOGRAPHIE


Forté, Stéphan - The Shadows Compendium
(2012) - heavy metal shred metal prog instrumental néo-classique - Label : Listenable Records



Citez-moi un guitariste français de heavy / shred connu. Allez, un petit effort. Oui, au fond ? Patrick Rondat ? Bon, un demi-point… Non, pas d’autres réponses ? Mattrach ? Ah bel essai, mais bon on ne peut pas dire que ce prometteur Français soit réellement reconnu, malgré un passage télé et un petit quart d’heure de gloire. Bon, allez, laissons tomber l’exercice : vous oubliez Stéphan Forté, guitariste du groupe Adagio, et qui est en passe de s’imposer en tant que guitariste soliste avec son album The Shadows Compendium.

Bien sûr, Stéphan Forté est déjà connu et reconnu sur la scène française et internationale pour son talent. Le côté technique, virtuose et flamboyant de son jeu et de ses compositions n’a trompé personne : Stéphan Forté était tout prêt à devenir un guitar heros frenchy, et tout le monde attendait la consécration sous la forme d’un traditionnel album instrumental basé sur la six-corde. Maintes fois repoussé, à tel point que certains n’y croyaient plus, le voilà enfin disponible, et la question qui brûle les lèvres est maintenant : Stéphan va-t-il enfin porter haut l’étendard tricolore de la guitare shred ? Indéniablement, oui, et ce pour plusieurs raisons. La première étant que Stéphan est déjà reconnu et adoubé par sa génération de guitariste virtuose outre-Atlantique, qui ont pour certains accepté de venir faire une apparition sur son album. Excusez du peu : Jeff Loomis (Nevermore), Mattias IA Eklundh (Freack Kitchen), Glen Drover (ex-Megadeth) et (moins connus, certes) Derek Taylor (surement une influence personnelle de Stéphan) et Daniele Gottardo (qui a participé aux Guitar Idol 2008 et 2009 et qui n’hésite pas à se montrer totalement jazzy sur ses compositions). Autant dire que si ces apparitions ne sont sans doute pas totalement désintéressées (cela va faire une bonne pub pour Stéphan outre-Atlantique), elles prouvent au moins que le guitariste est suffisamment reconnu pour mobiliser des poids lourds du genre.
Et on peut dire que c’est justifié, tant ce premier album se montre mature et maitrisé. Certes, on parle d’un premier album, mais Stéphan est dans le circuit depuis 2001 et le premier album d’Adagio, Sanctus Ignis, qui montrait déjà une déconcertante maitrise de l’instrument mais aussi de l’écriture. Depuis, Stéphan a encore eu le temps de peaufiner son art, il n’est donc pas étonnant que The Shadows Compendium soit abouti. Le ton est donné dès le premier titre, avec Jeff Loomis : l’impression d’entendre du Adagio instrumental est indéniable. Mais mieux encore : la patte de Stéphan est immédiatement identifiable, que ça soit dans le jeu (legatos ultrapides, sa manière de provoquer de légères harmoniques ou ses slides caractéristiques) ou dans l’écriture. Et c’est là, mine de rien, la marque des grands : savoir imposer son identité, se montrer affirmé et mature, et de ce fait ne pouvant être confondu avec n’importe qui d’autre. Constat rassurant : Stéphan ne se veut pas un simple clone de Marty Friedman ou de Petrucci ; si sa technique est indéniablement maitrisée, sa personnalité transpire dans son jeu et son écriture, et The Shadows Compendium ne ressemble donc à aucun autre album solo du genre. Des similitudes, oui : Stéphan n’est pas le premier à se prêter à l’exercice de l’album virtuose et grandiloquent, mais il le fait à sa manière. Car c’était bien là le piège le plus évident : produire un album prévisible et générique. On en est loin.
Il suffit d’écouter la torpeur inquiétante qui baigne "Spiritual Bliss", avec ses petites orchestrations exotiques, le riff très lourd de "De Praestigiis Daemonum", le côté néo-classique assumé de "Duat", ou l’aspect un peu plus posé, progressif – presque jazzy – de "Sorrowful Centruroide" pour se convaincre que The Shadows Compendium est un album varié et riche. On regrettera un peu le côté purement shred de "Prophecies of Loki XXI", sans doute le titre le plus Adagio-like de l’album pour retenir plutôt le groove metal de "I Think There’s Someone in the Kitchen" (drôle d’idée de titre), avec en tous cas de bonnes parties de basse, de bons break, pour un titre qui, s’il a la saveur du heavy metal, possède une solide base groove / fusion qui aère un peu le propose très agressif du disque. On s’attardera un peu sur la conclusion de l’album, qui divisera évidemment la communauté : une reprise en improvisation sur la "Sonate au Clair de Lune" de Beethoven. Si l’hommage à la musique classique est tout à fait cohérent – c’est une des marques de fabriques d’Adagio – on regrettera son côté « facile » dans le choix d’une œuvre trop connu et trop représenté dans la catégorie « je suis metalleux et j’aime le classique ». Mais on regrettera surtout son approche timide et presque timorée. La reprise de l’œuvre classique par un metalleux, exercice ô combien délicat sur lequel de nombreux artistes / groupes se sont cassé les dents, aurait ici mérité d’être plus explosif, plus flamboyant… dommage.


The Shadows Compendium est donc un bon album. Il confirme ce que tout le monde savait déjà : Stéphan Forté se positionne en leader de la scène guitaristique metal française, et il va être difficile de lui trouver un réel challenger sur ce créneau. Audacieux, racé, maitrisé : The Shadows Compendium frappe un gros coup et ne se contente pas de faire du Adagio sans chant. Il impose un guitariste qui se révèle à la hauteur de ce que l’on attendait de lui. Et c’est déjà pas mal.



©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 7 polaroid milieu 7 polaroid gauche 7