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CHRONIQUE PAR ...

88
Mita
Cette chronique a été mise en ligne le 29 janvier 2012
Sa note : 10/20

LINE UP

-Virginie Goncalves
(chant)

-Patrick Garcia
(guitare)

-Laurent Lésina
(basse)

-Julien Nicolas
(batterie)

TRACKLIST

1)Bleu
2)Se Taire
3)Illusion d'une Aire
4)L'Heure que le Temps Va Figer
5)L’asphalte
6)Emmurés
7)Quelque Part
8)Le Manège Déchanté
9)Cristal
10)Addictions
11)L’autre Rive
12)Nuances
13)L’écho
14)Furytale
15)On My Fate

DISCOGRAPHIE

Anachromie (2012)

Kells - Anachromie
(2012) - metalcore neo - Label : Season Of Mist



Kells est le groupe de metal français qui monte en ce moment, à tel point qu'ils ont accompagnés Epica et Tarja lors de tournées, et qu'ils accompagneront Eths très prochainement. Leur musique se rapprocherait pourtant, en ce moment, plutôt de ces derniers que des deux premiers sus-nommés. Avec Anachromie, leur troisième opus, qui était précédé par le single "Se Taire" ("Furytale" en anglais car ils souhaitent s'exporter, ce qui semble bien marcher en ce moment), le ton est donné : un neo-metalcore calibré.

Et cela est assez représentatif de l'opus. Kells continue avec quelques marques de fabrique qui les ont rendus « célèbres », c'est à dire un chant français (d'ailleurs, nette amélioration dans la diction, même si c'est pas encore tout à fait ça) et un fond qui sent le symphonique ("Bleu", "Emmurés", …). En outre, commençons par un point plutôt positif : le chant de Virginie Goncalves est nettement meilleur que par le passé, avec une voix bien plus juste et expressive, qui évite cette fois-ci d'en faire des caisses. Si son chant clair est, dans le timbre, pas foncièrement éloigné d'Amy Lee, elle délivre également des essais en voix saturée, mais cette fois-ci, si on rapprocherait la frontwoman d'une Maria Brink, c'est beaucoup moins convaincant, ce type de voix est encore un peu trop fragile.
Mais derrière, force est de constater que musicalement, l'ensemble a encore un peu de mal à suivre. Sans aller jusqu'à dire que ce soit mauvais, le tout reste quand même assez basique et ne décolle pas réellement. La faute à une section rythmique bien trop simpliste, une basse mixée en retrait et des riffs qui, eux, manquent également de diversité et d'impact pour donner une réelle envolée à la musique. Et, si l'on dépouille Kells de ses quelques éléments qui lui sont propre, on voit bien que cela fait un peu cache-misère : derrière tout cela, la musique manque encore d'une personnalité propre, et les influences (Eths parfois, mais surtout In This Moment ou Korn) sont très présentes, voir criantes. Leur neo metal, s'il est moins pauvre que les dernières œuvres des Italiens de Lacuna Coil, manque encore d'un fond assez consistant pour séduire.
Les structures des pistes, elles aussi, sont encore trop peu travaillées. On sent un gain de maturité, mais qui n'est pas encore poussé à son paroxysme et l'aspect trop « facile » se ressent trop souvent ce qui, au fil de l'écoute et des écoutes, termine par lasser. Le pire c'est que tout cela s'étend sur 15 morceaux et là, patatras. Kells se prend à son propre jeu, et des titres d'ambiance mis à part (la très bonne "L'heure que le temps va figer", "Le manège déchanté" malsaine ou l'orientale "Illusion d'une aire"), le tout est trop uniforme, dans le sens où les titres, trop soudés, peinent à s'envoler, à se démarquer et à éblouir. La tendance neo-metalcore desservirait plutôt Kells qu'elle ne lui permet, au contraire, de sublimer ses pistes.
Pourtant, on dégage quelques moments sympathiques. "Bleu" est un morceau de qualité, qui montre un groupe inspiré, se permettant de mixer son neo metal avec une tendance plus symphonique, où le très beau mariage permet un tube. De même que "Le manège déchanté" et "L'heure que le temps va figer" réussissent dans la création d'une vraie atmosphère, là où "Illusion d'une aire", pourtant prometteuse, échoue car n'étant pas assez poussée dans un orientalisme de bon aloi. Ces morceaux à part, "L'écho" ou "Cristal", se voulant plus posés, souffrent de la monotonie et de la banalité. "Se Taire" a tout du single irritant, dans une veine metalcore encore trop calquée sur l'influence d'In This Moment. Et les deux pistes anglaises de fin n'ont, il faut le dire, que trop peu d'utilité, dommage.


La bonne volonté est là, le talent aussi et se remarque par instants. Malheureusement, s'enfonçant encore dans un style trop balisé et ne prenant pas les risques nécessaires, Kells ne parvient pas, pour le moment, à se détacher et à prouver sa valeur sur une scène où les clones de groupes apparaissent de plus en plus. Et ce petit truc en plus, c'est ce que les Français vont devoir trouver avec leur prochaine œuvre, en espérant que les défauts, eux, soient corrigés. Le potentiel est là, il va falloir le faire fructifier.


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