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CHRONIQUE PAR ...

93
Jehovad
Cette chronique a été mise en ligne le 27 janvier 2012
Sa note : 16/20

LINE UP

-Steve Hogarth
(chant)

-Richard Barbieri
(claviers)

-Danny thompson
(contrebasse)

-Dave Gregory
(guitare+basse)

-Arran Ahmun
(batterie)

-Chris Maitland
(batterie)

TRACKLIST

1)Red Kite
2)A Cat with Seven Souls
3)Naked
4)Crack
5)Your Beautiful Face
6)Only LoveWill Make You Free
7)Intergalactic
8)Lifting the Lid
9)Not theWeapon but the Hand

DISCOGRAPHIE


Hogarth Barbieri - Not the Weapon but the Hand
(2011) - post rock post prog electro ambiant - Label : Kscope



L’heure est venue de la rencontre officielle entre deux des groupes les plus respectés de Grande-Bretagne, ou plus exactement, deux de leurs membres : Steve Hogarth (chanteur de Marillion) et Richard Barbieri (claviériste de Porcupine Tree). Au vu de la qualité de leurs écuries respectives, ainsi que de leurs précédents essais solo, on est en droit d’espérer un mariage temporaire plutôt réussi. Au vu également du penchant des deux acolytes pour la douceur, la finesse, la subtilité, le mariage s’annonce comme calme…

En effet, cet album s’inscrit d’entrée de jeu dans l’atmosphérique, le planant. Pour le meilleur… Somptueux ! Le premier qualificatif qui vient à l’esprit en se plongeant dans "Red Kite". Ce piano minimaliste, cette voix feutrée, murmurée, cette montée en intensité, ces cordes…L’ombre de Peter Gabriel et de son Scratch My Back plane…Puis une boucle rythmique discrète se fait jour pour accompagner le piano, alternant avec une vraie batterie. Une foule de détails sonores électroniques, acoustiques ou électriques se mêlent de droite et de gauche. Et la voix magnifique de H par-dessus tout… La magie est totale… L’envoûtement est complet… Sensation d’infinie volupté… Mais qu’est-ce que ce mystérieux cerf-volant rouge immobile dans le ciel…? "A Cat with Seven Souls", mené par une contrebasse et un piano en retrait, reprend là où "Red Kite" s’est arrêtée pour faire progresser la quête. Le chant se fait murmure. De brèves phrases musicales et samples électroniques en tous genres sont jetés de-ci delà comme au hasard de l’inspiration, de l’improvisation, par-dessus une base rythmique aux relents tribaux, toujours vers une accélération de l’intensité. Avec "Naked", l’album se fait plus rythmé, parsemé de touches orientales, puis carrément électro voire technoïde sur "Crack" et un H qui commence à développer de véritables lignes de chant. Retour à la volupté avec "Your Beautiful Face" et son chant vaporeux, tout en conservant cette atmosphère de base, cette mosaïque sonore, cette sensation de flottement dans l’espace. Un thème à la guitare se dessine.
"Only Love Will Make You Free" est la première et la seule chanson du recueil structurée de manière plus conventionnelle, accompagnée de son rythme tribal, son inquiétant couplet et son refrain pour lequel H pousse sa voix un peu plus fort, du vrai H, plus proche d’un Marillion des familles. Enfin, "Lifting the Lid" est sans doute la plus atmosphérique, la plus éthérée de toutes, sensation d’apesanteur garantie ; retour à une rythmique discrète et un chant murmuré, susurré, à la limite du parlé. En guise de conclusion, un bref épilogue revient sur le leitmotiv et titre de l’album : « It’s Not the Weapon That Does The Damage But In Whose Hands It Rests…» Ce n’est pas l’arme qui cause des dégâts, mais celui/celle qui la détient…Mais quelle est cette arme secrète ? La beauté d’une femme…"Your Beautiful Face". Tout un programme… Chaque chanson développe son atmosphère propre, voire son bouquet d’ambiances, tant les structures sont peu conventionnelles et donc inattendues. On découvre cet album d’une infinie richesse pour la première fois sans savoir ce qui nous attend au tournant de chaque mesure… Et de nombreuses écoutes attentives sont nécessaires pour s’y plonger avec délectation et en explorer les moindres recoins… Si l’on s’y arrête un instant, cette abondance de détails est tout simplement incroyable. Comment en vient-on à créer une musique aussi désarticulée en apparence, mais d’une infinie délicatesse, d’une incroyable sensibilité ? L’effet est bluffant : on se sent vivre, respirer au ralenti, flotter en plein espace tout en fumant de l’opium.


Superbe essai, donc, pour ce talentueux tandem qui maîtrise à la perfection une palette de sons modernes et synthétiques pour en faire une œuvre profondément organique et humaine.


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