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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 13.5/20

LINE UP

-Sven "Svencho" De Caluwe
(chant)

-Sebastien Tuvi
(guitare+chant)

-Matty Dupont
(guitare)

-Peter Goemaere
(basse)

-David Haley
(batterie)

TRACKLIST

1)The Chondrin Enigma
2)A Methodical Overture
3)Avenious
4)The Spaying Séance
5)And Carnage Basked In Its Ebullience
6)The Foul Nucleus Of Resurrection
7)Archetype
8)Ingenuity In Genocide
9)Odious Emanation
10)Prolific Murder Contrivance
11)Underneath Rorulent Soil

DISCOGRAPHIE


Aborted - Slaughter And Apparatus A Methodical Overture
(2007) - brutal death - Label : Century Media



Scalpel… merci. Nous allons procéder à l’ablation du membre inférieur droit. Gangrène à 75%, vous le sentez ? Non, non, sans anesthésie. Docteur, amenez donc une nouvelle scie égoïne, et faites-moi un garrot sur le bras droit de la vict… du patient. Attention, nous parvenons à l’artère. Procédez doucement avec la lame, vous risquez d’endommager les viscères. Voilà. Posez-les dans ce bac, avec les autres. On nettoiera le sang plus tard, si on parvient à frotter suffisamment fort sur le plafond. Nous allons ouvrir la cage thoracique. Tirez plus fort… encore… ah, voilà les poumons. Incroyable, le patient est encore en vie. Dommage qu’il ait été énucléé, il aurait été amusé de voir battre son propre cœur. Allez, on cautérise tout ça au chalumeau et on passe au suivant.

Ceux qui pensaient que les Belges se contentaient de manger des moules-frites en étant victimes de quolibets désobligeants vont devoir revoir leur jugement. La nouvelle sensation gore-grind nous vient en effet de ce beau pays (si on oublie que Jean-Claude Van Damme en est issu). Sur la brèche depuis 1995 avec quatre albums au compteur, Aborted revient en force avec Slaughter & Apparatus: A Methodical Overture, nouvelle offrande pour ces fils illégitimes de Carcass (on notera d’ailleurs une intervention en guest de Jeff Walker) et Cannibal Corpse. À plus d’un titre, d’ailleurs : certains riffs font immanquablement penser à la touche bien particulière de Bill Steer (sur "Odious Emanation" ou "And Carnage Basked In Its Ebullienc") et la voix et l’atmosphère qui s’en dégage font parfois penser au combo de Georges Fisher.

Heureusement, Aborted a le bon goût (façon de parler, hein) de se détacher intelligemment de ces influences - dont il ne se cache pas - en apportant des éléments issus de la scène plus hardcore : des voix hurlées (typées Pro-Pain) d’excellente facture qui se mêlent au growl traditionnel ainsi que certains riffs qui parviennent à faire respirer l’ensemble en sortant des carcans souvent fermés du grind. Si l’ensemble ne remportera pas pour autant la palme de l’originalité, l’effort est vraiment louable, et Aborted est définitivement plus que la somme de ses influences. Alternant les blast beats dévastateurs ("The Spaying Séance") et les mid tempos ravageurs ("The Foul Nucleus Of Resurrection") Aborted ne fait jamais retomber la pression, se permettant même de placer des parties mélodiques ("Avenious") et des soli vaguement Schuldineriens ("Ingenuity In Genocide"), loin des habituelles bouillies de notes qui sont de rigueur dans le milieu.

Pourtant à force, l’écoute de cet album peut s’avérer éprouvante. Les riffs qui se détachent du reste sont malheureusement trop peu présents, et l’ensemble devient donc assez vite répétitif, là où des groupes comme Carcass savaient intelligemment soumettre l’auditeur à de constants stimuli auditifs. On regrettera une batterie trop inégale et trop souvent bruitiste, débordant parfois sur les autres instruments. Non pas que le mixage soit inégal ou déséquilibré, mais autant certains blast-beats intenses à répétition parviennent à garder une dynamique tout le long d’un album, autant là on finit par étouffer au bout des quarante-deux minutes que dure Slaughter & Apparatus: A Methodical Overture. Ce qui ne serait sans doute pas pour déplaire aux membres d’Aborted, leur but n’étant clairement pas de flatter ou de séduire les oreilles de l’auditeur, mais plutôt de s’y enfoncer profondément et d'être à même de provoquer des lésions cérébrales hémorragiques.


Comme beaucoup de bonnes choses, il est donc conseillé de consommer ce Slaughter & Apparatus: A Methodical Overture avec modération. Ceux qui réécoutent Symphonies Of Sickness (de Carcass, pour les incultes) avec bonheur et ceux qui regardent des films gores de série Z en mangeant un bon steak seront parmi les premiers à se jeter sur ce nouvel album de Aborted. Les fans de death brutal technique y jetteront une oreille intéressée, et seront sans doute séduits par l’identité musicale originale des Belges, même s’il y a fort à parier que cet album ne se classera pas de sitôt dans leur top cinq. Quant aux amateurs de poésie et de petits écureuils gazouillant dans la prairie fleurie, ils s’enfuiront à toutes jambes. Mais ceux là n’auront certainement pas lu cette chronique jusqu’ici, hein.


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