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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 29 août 2007
Sa note : 6.5/20

LINE UP

-Jens Esch
(chant)

-Ralph Laskowski
(guitare)

-Daniel Peschel
(basse)

-Gregor Heise
(batterie)

TRACKLIST

1)Es Ist Vorbei
2)Augen Auf
3)Ein Wort Von Dir Venusschrei
4)Mit Brennender Wut
5)Die Zeit Heilt Nicht Alle unden
6)Wenn Ich Wiedekomm
7)Es Tut So Weh
8)Lass Mich Nicht Allein (War For Peace)
9)(Ich) Halt Dich Fest
10)Kalter Traum
11)Dein Weg

DISCOGRAPHIE

Instinkt (2007)

Riefenstahl - Instinkt
(2007) - gothique pop rock - Label : Rude Records



Figure mythique voilée de mystère, le chroniqueur est l'objet de tous les fantasmes. Les siens d'abord – bimbos, rails de coke, coups de fil de Rock Hard le suppliant de les rejoindre - et ceux des lecteurs avides à l'imagination foisonnante. Paresseux, recevant des cds qu'il écoute à peine avant de bâcler un torchon sans scrupules? Austère et intraitable, décortiquant les albums les uns après les autres avant de prononcer sa sentence? En fait un chroniqueur est un être ordinaire avec un petit coeur tout chaud qui palpite. Il est humain, il a des espoirs, des émotions et des doutes... et il souffre. Oui, il peut souffrir, beaucoup même. Quand il doit écouter et réécouter Instinkt de Riefenstahl par exemple, on peut même dire qu'il en chie grave sa mère la pute.

Il y a deux trucs qui le titillent : déjà une éthique de travail qui l'empêche de réduire sa chro à celle de la discographie de Manowar par Badass Inc., et l'idée que même s'il réussissait à oublier ladite éthique ses lecteurs lui rentreraient dans le lard à raison. Alors il se force à écouter un album plusieurs fois, même si la première écoute est une torture. Il faut dire que sa longue expérience (celle qui serait tellement utile à Rock Hard) lui a prouvé qu'un album qui semble complètement insupportable a priori peut se révéler intéressant voire génial au final, alors une lueur d'espoir subsiste... mais quand la quatrième ou la cinquième écoute continuent de provoquer chez lui l'envie de massacrer une portée de chatons avec un tractopelle tout en riant aux éclats, c'est que l'affaire est mal engagée. Pourtant le crime musical semble peu grave : un album oscillant entre rock gothique, nu-metal et pop-rock, le tout chanté en allemand... rien insupportable à priori. Rammstein et Tokio Hotel ont rendu le chant allemand beaucoup moins incongru qu'il fut un temps, et les trois genres cités figurent justement parmi ceux qui ont tendance à lui plaire. Donc quoi?

Les Riefenstahl ne pensaient sûrement pas à mal (espérons), mais ils pensaient visiblement accrocher le chaland avec des titres directs mais aux arrangements un peu chiadés quand même. Formule : des guitares suffisamment méchantes pour que le tout soit un minimum métal bien que le son soit tout pourri, des claviers qui passent habilement des nappes d'ambiance Prisunic au piano mélancolique Bontempi, des changements de tempo qui permettent de profiter pleinement du son de batterie miséreux, un chant agressif/mélodique qui donne envie de défenestrer le vocaliste... Considérons "Die Zeit Heilt Nicht Alle Wunden" : après une intro piano / riff qui pourrait presque sonner si elle n'était pas si bateau, le couplet nous laisse seuls avec la batterie et le chant... brrrr! Idem pour "Es Ist Vorbei", dont on pensait innocemment qu'elle se contenterait de pomper Paradise Lost (cette intro!), mais dont les couplets mettent tellement en avant la voix du chanteur qu'on en tremble d'effroi. La fusion pop / métal de "Augen Auf" est une belle idée, et avec un autre chanteur des riffs moins pauvres et un son de guitare moins risible ça aurait sûrement rendu.

Instinkt n'est pas totalement dénué de qualités. "Lass Mich Nicht Allein (War For Peace)" présente des idées intéressantes : intro de basse bienvenue, riff piqué à "Morgenstern" de Rammstein mais qui colle bien, pont et refrain gothiques efficaces, multiplication des plans et des breaks... tout ça rattrape presque l'envie d'étrangler le chanteur et de réveiller le batteur à coups de pied. Malheureusement cette compo est la seule à présenter des développements intéressants. Tout le reste est cauchemar."(Ich) Halt Dich Fest" répète les deux mêmes arpèges jusqu'à la nausée. Le piano insupportable de la power-ballade sirupeuse "Dein Weg" rivalise d'horreur avec le chant maniéré du minimaliste "Wenn Ich Wiederkomm". La tendance du groupe à systématiquement laisser tomber les guitares lors des couplets rend les chansons prévisibles à outrance : quand le riff de "Kalter Traum" - qui aurait pu être presque catchy sans une section rythmique infoutue le faire groover - débarque, le 1756ème passage basse-batterie qui suit fait hurler de désespoir et obscurcit le fait que pour une fois, le groupe ne le répète pas. Sanglots.


Sanglots, car il a fallu écouter cet album une fois encore au moment de rédiger la chronique. Mais c'est fini. Finies la souffrance, la rage, la terreur à l'arrivée de chaque nouvelle chanson. Le cd d'Instinkt va pouvoir rejoindre la caisse à promos chroniqués, et dans quelques instants l'album encodé en mp3 sera effacé avec un sourire béat. Ce fut dur, le doute fut parfois présent, et la tentation d'envoyer un mail au label pour dire que le cd avait été égaré fut grande. Mais la sensation du devoir accompli et celle d'avoir triomphé de ses peurs valent mille stratagèmes. Figure mythique voilée de mystère, le chroniqueur est en fait un héros moderne. Qu'on se le dise.


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