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CHRONIQUE PAR ...

73
Dimebag
Cette chronique a été mise en ligne le 28 novembre 2011
Sa note : 16/20

LINE UP

-Tosin Abasi
(guitare + basse)

-Javier Reyes
(guitare)

-Navene Koperweis
(batterie)

TRACKLIST

1)An Infinite Regression
2)Odessa

3)Somnarium
4)Earth Departure
5)Isolated Incidents
6)Do Not Go Gently
7)New Eden
8)Cylindrical Sea
9)Espera
10)To Lead You To An Overwhelming Question
11)Weightless
12)David

DISCOGRAPHIE


Animals As Leaders - Weightless
(2011) - metal prog instrumental djent barré jazzy-core - Label : Prosthetic Records



Si vous avez lu la chronique du premier album du groupe dont on va parler aujourd'hui (c'était dans ces pages et ça se passe ici), vous aurez compris que chez les Éternels, on avait plutôt ressenti un énaurme kiff à l'écoute du projet de Tosin Abasi, docteur ès branlage de manche en mode ultra moderne, qui avait proposé avec ce premier opus un truc résolument frais et novateur. Animals As Leaders cassait pas mal de codes et lançait des ponts fort intéressants entre les genres, entre jazz metal progressif à la Cynic (ou Exivious), metal prog tradi à la Dream Theater et metal moderne typé Textures ou Meshuggah (djent, quoi, puisque c'est le terme en vogue).

La question qui se posait donc d'elle même était la suivante : où en sont les mecs presque deux ans après ? Avant tout, le fait de les avoir vu live il y a deux mois (live report ici) avait grave rallumé l'attente envers ce groupe. Il faut dire qu'ils ne sont presque pas connus ici, et qu'en deux ans, le chroniqueur avisé a eu le temps d'en entendre jouer, des groupes ! Mais pas des groupes comme AAL, ça non. Et donc, enfin, Weightless. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le groupe n'a pas perdu la main. Toujours absolument injouables, les compos de ce second opus finiront de dégoûter tous les gratteux amateurs qui croyaient pouvoir se frotter au shredding 2.0 de Sir Tosin. Dès l'opener (l'excellente "An Infinite Regression"), le ton est donné : la basse et les guitares tricotent un entrelacs de riffs imbitable mais qui fonctionne, la batterie est toujours aussi « djentesque », tout en groove et suivant à la perfection les délires des grattes voire les sublimant, le chargé des fûts étant visiblement un authentique poulpe. Petite mini nouveauté ? Allez, plus de samples et quelques synthés ici et là. Mais mis à part ça, du purissime Animals As Leaders. Un développement très prog', les séquences branlage de manche complet succédant aux phases groove métal et aux passages calmes aux arpèges cristallins avec un métier certain. La suite de l'album confirme cette impression de départ : une utilisation de la guitare et de la basse toujours aussi brillamment inventive (l'intro de "Odessa" par exemple), un niveau technique abrutissant (sans déconner ces mecs sont les Front Page du m"tal, et c'est pas peu dire!), une cohérence et une identité indéniables, bref tous les éléments qui ont fait le succès du premier album sont dans la place.
Tous ? Hélas -contenu-, non, pas exactement. C'est sur les morceaux les plus mélodiques, qui défonçaient absolument tout sur l'éponyme (l'énorme "Soraya" par exemple), que le bât blesse un peu plus. Weightless, c'est indubitable (et malgré son titre, oh oh), est plus heavy que son prédécesseur, et les passages vraiment mélodiques ne durent jamais longtemps (exception faite de "David"). Qui plus est, ils rappellent très souvent ceux du premier album (notamment l'intro de "Somnarium", bien que le morceau soit excellent au demeurant, notamment dans sa conclusion qui arrache absolument tout). Mais mis à part ce très léger manque de réussite sur les mélodies, rendant le style pratiqué par AAL encore un peu plus cérébral et difficile d'accès, cet album est juste un pur concentré de djent instrumental sur-technique (ami bassiste, écoute "Earth Departure" et verse une larme), nourri aux samples spatiaux chelous et aux synthés au rendu un peu Nintendo-core par instants, pour un ensemble qui tape dur, mais jamais trop fort, l'absence de chant tempérant la violence de certaines compos. Bref, tout fan du premier album commettrait une lourde erreur en ne se jetant pas sur la dernière offrande des Américains, qui sont en plus des mecs adorables, il faut bien le dire (leur prestation et leur joie d'être là au Nouveau Cas' en septembre dernier plaide pour eux). Après, tout n'est pas parfait, sinon la note serait au niveau de celle de son prédécesseur (bon, elle n'est pas loin, certes).
Déjà, et bien l'effet de surprise est passé, et il est vrai que si ce groupe possède une identité forte, le pendant négatif de toute cette belle cohérence est que les compos ont parfois tendance à se ressembler un peu (le côté 100 % instrumental du truc n'aidant clairement pas). Ensuite, sur le fond, certains morceaux soufflent un peu le chaud et le froid, et certains soli sentent grave le réchauffé ("Isolated Incidents"), on sent le groupe tournant parfois un peu à vide et le côté « démo technique éhontée pour répondre à un passager manque d'inspiration au sein d'un morceau » n'est jamais loin. Tosin se lance alors dans des trucs de shredders assez chiants, alors que ce n'est pas véritablement son style de jeu. Par contre, quand le groupe parvient à trouver une ligne directrice suffisamment puissante et à écrire de vrais morceaux et pas des déluges de notes, on retombe tout se suite en admiration : la géniale "New Eden" et son feeling très spatial, l'éponyme "Weightless" et son final colossal, ou encore la très in your face "To Lead You To An Overwhelming Question", ses lignes de basse absolument délirantes sur fonds de chœurs classieux et son pont free jazz barré, en sont autant d'exemples. Ce groupe est à part, c'est évident, même si une grosse filiation avec les groupes précités ne peut pas être niée (surtout avec Meshuggah et Dream Theater, c'est tellement flagrant à l'écoute d'un "Cylindrical Sea" par exemple).

Le genre de groupe qui donne envie aux musiciens qui comprennent à peu près ce qui se passe de se pendre, et qui donne aux autres l'impression d'un chaos totalement maitrisé, d'une maestria de tous les instants et d'une capacité certaine à bâtir de vrais morceaux et pas des empilements de solis et de riffs tous plus tarabiscotés les uns que les autres. Animals As Leaders c'est du metal, pas de la démo technique t'entends Yngwie Malmsteen (et ouais, à la base je hais les guitar heroes, ce qui rend mon adoration pour ce groupe plus improbable encore) ? Je pense sincèrement que ce groupe pourrait TOUT défoncer avec un bon chanteur en plus, car pour tout le reste (prod' y compris, juste plus-que-parfaite), Tosin et ses compères ne peuvent guère faire mieux. Chapeau les mecs, vous êtes quand même un peu les nouveaux Cynic.


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