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CHRONIQUE PAR ...

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Cedric
Cette chronique a été mise en ligne le 01 décembre 2011
Sa note : 17/20

LINE UP

-David Vincent
(chant+basse)

-Erik Rutan
(guitare)

-Trey Azagthoth
(guitare)

-Pete Sandoval
(batterie)

TRACKLIST

1)Dominate
2)Where the Slime Live
3)Eyes to See, Ears to Hear

4)
Melting
5)
Nothing But Fear
6)
Dawn of the Angry
7)
This Means War
8)
Caesar's Palace
9)
Dreaming
10)
Inquisition (Burn With Me)
11)Hatework

DISCOGRAPHIE


Morbid Angel - Domination
(1995) - death metal de légende !!! - Label : Earache Records



Domination reste aujourd’hui un album à part dans la discographie de l’Ange Morbide. Avant, c’est, pour beaucoup, Covenant qui prime, avec son death sombre et trashisant, après c’est Gateways To Annihilation, qui fait une sorte de synthèse de la discographie du groupe, en enfonçant les deux clous « lourdeur » et « mysticisme » plus que par le passé. Celui qui nous intéresse aujourd’hui, bah, c’est le meilleur de Morbid. Comment ça, non ? J’m’en vais vous expliquer pourquoi.

Cet album est amusant. Pas dans le propos, on parle de Morbid Angel quand même, ni dans la forme, la musique reste dans la tradition du death metal floridien. Non, il est amusant parce qu’aujourd’hui encore, il lui arrive d’animer un débat fiévreux entre les fans du groupe. De ce que j’ai pu voir, une minorité, moi inclus, le considère comme le plus abouti et homogène, devançant même le chef-d’œuvre qu’est Altars of Madness ; une majorité le trouve surjoué et mal produit. Par contre, tout le monde s’accorde à dire que c’est un ovni dans la discographie du groupe (bon, le temps nous a montré il y a quelques semaines, avec la sortie d’Illud Divinum Insanus, que le groupe pouvait composer plusieurs ovnis). Bref Domination est de ces albums qui provoquent des réactions tranchées : on aime, ou on n’aime pas. Pourquoi aimer, puisque c’est pour ça que je prends la peine d’écrire, pourquoi ? Bah, plein de raisons. Voilà.
La première raison, sans doute l’origine du « changement », c’est l’arrivée d’Erik Rutan. Le jeune homme d’alors, futur père fondateur du brutal, prolifique et efficace Hate Eternal, et futur producteur de Cannibal Corpse, Six Feet Under, Nile etc..., arrive au poste de second guitariste aux côtés de Trey Azagthoth avec un bagage technique assez époustouflant, et une mallette pleine d’ambiances sombres et lourdes. Le gus arrive dans un groupe déjà légendaire et se paye le luxe de composer avec eux des brûlots imparables ("Eyes to See, Ears to Hear", "Nothing But Fear","This Means War") et LE morceau de lourdeur absolue - pire encore que "God of Emptiness" sur Covenant - la bien nommée "Hatework". Avec un chant venu d’on ne sait où, et une musique de messe noire bien sympa, surtout pour organiser des rituels occultes sur fond de parties fines nécrophiles, ou des meurtres de masse à coups de hachoir rouillé pour la décadence de Dieu, des marches d’esprits maléfiques vers la destruction du monde, ou pour des séances de scarification infant… Enfin bref, je m’égare, vous voyez l’idée ?
Autre raison, la prod'. Son chaud, presque étouffant, accordage bas, batterie en avant. Dès les premières secondes de "Dominate", on se rend compte que le tout n’est pas très dynamique, mais que le groupe a fait le choix "chape de plomb". Exit les sons clairs et les "trous" dans le tissu sonore, il n’y aura qu’un voile épais de l’extrême gauche à l’extrême droite de notre cerveau. Le riffing reste malsain et sinueux, à la Azagthoth. Sandoval est majestueux derrière son kit, l’alliance de deux touchés sur les soli apporte un vent de fraicheur (il n’y a qu’à voir les parties sur "Eyes To See…", ils ne feront JAMAIS mieux niveau malsainitude), Vincent possède une voix death qui n’a rien à envier à son registre thrash / black de ses débuts, et ses parties de basse, noyées dans le mix, sont comme les deux interludes "Melting" et "Dreaming", elles ne servent à rien, comme beaucoup de parties de basse, et comme beaucoup d’interludes. Pour autant, les morceaux s’enchainent logiquement, et l’album apparaît homogène, tour à tour lent, brutal, mais toujours mélodique et pas bas du front. Morbid, c’est pas Cannibal.
Après, est-ce que ça suffit pour faire d’un album un "17" ? Non, bien sûr. Reste le talent. Et là, y en a au millimètre carré de galette. Les premiers titres sont imparables, "Dominate" est un opener casseur de cervicales et en moins de trois minutes la messe est dite. "Where The Slime Live", en total contrepied, comprendre « lent », « lourd » et « longue », avec ses guitares hurlantes à la Dimebag, est un second morceau casseur de cervicales d’une efficacité incroyable. LA perle, "Eyes To See…" est un torrent de feu, on en a déjà parlé au dessus, ambiance sombre, structure qui casse des cervicales, parties de grattes hallucinantes… On ne va pas faire de track-by-track, mais écoutez le début de "Dawn Of The Angry", qui casse des cervicales, puis encore ces soli enfiévrés, ces rythmiques reptiliennes, cette double propre, ces roulements… Même aujourd’hui, en 2011, alors que le genre a été marié au black, au thrash ou au heavy, parfois rendu hyper technique, avec des batteurs athlétiques tentaculaires et des bassistes fretless, Domination conserve un côté très moderne dans les structures, alternant entre blast furieux et parties ultra lourdes, avec toujours cette patte reconnaissable entre mille, sombre et Loftcraftienne.

Aller, bref. On ne va pas y rester deux heures : cet album est une pierre angulaire du genre. Le death metal a, entre autre, été façonné par Morbid Angel, et avec Domination, le groupe apporte encore un peu plus. Mais est-ce vraiment une surprise ? Non ! Dès leurs débuts, les gars de Tampa nous ont habitué à une musique intelligente qui dépassait les clichés habituels. Sur celui-là, pareil, je l’ai déjà dit, la recette c’est : cassage de cervicales sur fonds obscurs, divinités mésopotamiennes et monstres à la HPL. Un grand cru sans aucun doute.


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