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CHRONIQUE PAR ...

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Dupinguez
Cette chronique a été mise en ligne le 18 octobre 2011
Sa note : 16/20

LINE UP

-James Labrie
(chant)

-John Petrucci
(guitare)

-Jordan Rudess
(clavier)

-John Myung
(basse)

-Mike Mangini
(batterie)

TRACKLIST

1)On the Backs of Angels
2)Build Me Up, Break Me Down
3)Lost Not Forgotten
4)This Is the Life
5)Bridges in the Sky
6)Outcry
7)Far From Heaven
8)Breaking All Illusions
9)Beneath the Surface

DISCOGRAPHIE


Dream Theater - A Dramatic Turn of Events
(2011) - metal prog - Label : Roadrunner Records



Tout a été dit, tout a été écrit, tout a même été filmé, documenté, produit avec soin et diffusé en grande pompe. De quoi parle-t-on? Des circonstances entourant l’enregistrement du présent méfait, le bien-nommé A Dramatic Turn of Event. Jouons-là donc en version courte : exit Portnoy, welcome Mangini ! Quand on connait l’importance qu’avait Mike, premier du nom, dans tout ce qui touchait au groupe, on pouvait dès lors imaginer plusieurs scénarios.

Le premier aurait été de jouer la carte de l’immobilisme, en continuant sur la lancée d’albums pas très inspirés, aux influences pas toujours très discrètes, mais avec toujours une ou deux tueries histoire que le nostalgique continue d’acheter et que les fans arrivent toujours plus nombreux. Le second, fondé sur l’importance de Portnoy au sein du groupe, aurait été que le changement de poste provoque un bouleversement profond de la musique de Dream Theater et qu’il en ressorte une boîte de Pandore. Mais nos proggeux préférés ont choisi un troisième scénario, assez surprenant, mais finalement logique : celui du coup de pied au cul. Le départ d’un élément clé d’une machine bien huilée, qui tournait à son rythme de croisière, sans remou, depuis bien trop longtemps, a créé une secousse suffisamment forte pour que tout le monde y mette deux fois plus de coeur à l’ouvrage, tout simplement. Cette nouvelle formation réussit même à résoudre une équation que l’on pensait insolvable : rendre hommage à son passé sans renier son récent héritage.
Il en ressort une belle somme de réjouissances, à commencer par “On the Backs of Angels”, qui débute sur quelques arpèges de guitare, comme au bon vieux temps de ... Images & Words, une référence que l’on retrouvera régulièrement tout au long de A Dramatic Turn of Event, aussi bien en terme de composition que d’interprétation. Ainsi, chose assez surprenante pour être soulignée, on découvre sur cet album un Jordan Rudess autrement plus sobre qu’à l’accoutumée. Lui qui nous a habitué a une excentricité parfois agaçante, le plaisir est d'autant plus grand de le retrouver tout en retenue, au service des compositions, à l’image de quelques excellents soli, sur “On the Backs of Angels” (à l’occasion d’un break de piano qui est peut-être le plus beau moment du morceau) ou “Lost Not Forgotten” (Kevin Moore n’est pas loin ...), mais aussi en soutien, sur le refrain de “Breaking All Illusions” notamment, bien aidé par un mixage mettant les instruments harmoniques très en valeur. Petrucci étant cette fois-ci seul aux manettes, il laisse toute la place aux guitares et aux synthés de s’exprimer, tandis que la batterie se retrouve plus en retrait (on laissera aux analystes psychologues le soin d’analyser le pourquoi du comment de ce point précis). Et surtout ... on entend la basse!
Malgré sa position moins frontale que par le passé, il convient tout de même d’évoquer le cas de la batterie au travers d’une question très simple :  est-ce que Michel prend sa race? Heu... pardon : Mangini est-il à la hauteur de son glorieux prédécesseur? Là encore, la réponse est positive. Car contrairement à Portnoy (vous me pardonnerez ces comparaisons puériles et prévisibles), batteur plutôt exubérant et se voulant le plus en avant possible, le nouveau Mike évolue dans un registre plus traditionnel, si j’ose dire, à savoir qu’il s’en tient au soutien rythmique de ses comparses, en essayant de constituer une vraie symbiose basse/batterie. Cela donne lieu à quelques envolées musicales qui auraient été jusque là impossibles, à l’image du solo bluesy d’anthologie de Petrucci sur “Breaking All Illusions”. D’ailleurs ce passage illustre bien le fait le plus marquant de cet album, c’est que pour la première fois - et c’est paradoxal, puisque Mangini n’a pas participé à la composition - on a l’impression de faire face à un vrai travail de groupe et une inspiration retrouvée, que ce soit en matière de gros riffs (“Bridges in the Sky”), d'ambiances (“Outcry”), ou pour tirer sur la corde émotionnelle (“Beneath The Surface”). Même les quelques banalités (“Build Me Up, Break Me Down”, ou la dispensable “Far From Heaven”) ne s’en sortent finalement pas si mal.


Ce qui aurait pu être un coup de massue définitif à une carrière qui avait amorcé son déclin de longue date s’est finalement révélé être le coup de fouet indispensable. Qui eut pu croire, autrement, que Dream Theater en ait encore autant sous la semelle? A Dramatic Turn of Events est un album frais, réjouissant. Pas parfait, mais de ceux qui s’inscriront dans le temps et dont on se souviendra lorsque l’on évoquera l’histoire de ce grand groupe.


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