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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 02 octobre 2011
Sa note : 13/20

LINE UP

-Terence Holler
(chant)

-Eugene Simone
(guitare)

-Rudj Ginanneschi
(guitare)

-John Crystal
(basse)

-Gabriele Caselli
(claviers)

-Raffahell Dridge
(batterie)

TRACKLIST

1)Gaia's Anger
2)Deviation
3)Our Land
4)Vortex Of Disaster
5)Mother Earth
6)Everything's Burning
7)Thinning Out
8)Like A Child
9)Signs
10)Thoughts Of Grey
11)Thirst In Our Hands (Gaia's Lament)
12)Through Different Eyes

DISCOGRAPHIE


Eldritch - Gaia's Legacy



Eldritch, c’est un peu ma petite madeleine de Proust. Dès que j’entends la voix charismatique et aisément reconnaissable de Terence Holler, je me replonge instantanément dans mon adolescence et mes premiers émois de metalleux. Cette période où les découvertes s’enchainaient à grands coups de tape-trading dans la cours du lycée, et où je posais mes yeux pour la première fois sur des noms tels qu’Angra, Blind Guardian ou Stratovarius. Et au milieu de tout ça, il y avait un groupe d’Italiens, Eldritch, dont la première partie d’Angra m’avait bien botté, et dont le CD Headquake me procurait des tas d’émotions. Tout cela ne me rajeunit pas.
 
Le temps passant, la plupart des groupes suscités passaient par les différents stades de la courbe du succès : la gloire, la légende, la décrépitude, l’indifférence voire la rigolade (bon, soit, sauf Blind Guardian, qui en a encore sous le pied, du moins espère-t’on). Eldritch, eux, ont toujours été généreusement ignorés des fans et des médias spécialisés pour n’être suivis que par une poignée d'amateurs éclairés, sachant estimer le groupe à sa juste valeur, c'est-à-dire une formation innovante, originale et qui sait faire montre d’un sens mélodique affuté et d’une identité unique. Les albums se suivent, ne se ressemblent pas forcément, mais sont presque tous intéressants et séduisants, et pour certains contiennent de véritables tubes (ah, "Salome's Dance", "Chains", "Color"...). Et voilà comment après bientôt vingt ans d’existence, Eldritch vit toujours, reste fidèle à ses fans et continue à leur donner de bons albums de métal progressif. Pas comme certains. 

2011 voit donc ce Gaia’s Legacy pointer le bout de sa rondelle, avec un concept pas vraiment déguisé (il suffit d’écouter l’album une fois être convaincu que Eldritch soutient Nicolas Hulot et Al Gore), et une bonne heure de musique généreusement distribuée dans douze titres. Tout de suite, le fan est à l’aise : l’identité forte des compositions d’Eldritch continue de transpirer au moindre coin de riff, dans chaque mélodie ou phrasé de l’album. Mais surtout, la voix unique de Holler, son timbre reconnaissable entre mille, est vraiment la signature du groupe. Sans être un chanteur techniquement extraordinaire, il fait partie de ces voix uniques, charismatiques, et identifiables au premier coup d’esgourde, et que l’on peut difficilement ne pas aimer, à moins d’être allergique au chant metal progressif. Bref, on se sent tout de suite à l’aise et bien accueilli par les Italiens et on s’installe pour passer un bon moment. 

Malgré tout, à la fin de cette heure, il faut se résoudre à laisser transparaitre une petite pointe de déception. Gaia’s Legacy est sympa, il est pêchu ("Everything's Burning", "Like A Child" ou "Deviation" ont un petit côté thrash/prog), mélodique (très bonnes lignes mélodiques sur "Our Land" ou "Mother Earth", par exemple) et globalement bien construit, avec ce qu’il faut de riffs progressifs souvent doublés avec les sonorités cheaps mais attachantes du clavier ("Signs", "Everything's Burning"). Mais Gaia’s Legacy n’est pas toujours passionnant, et connait de grosses baisses de régime, avec par exemple la ballade "Thirst In Our Hands", vraiment soporifique ou encore "Thoughts Of Grey" ou "Vortex Of Disasters", qui sont vraiment trop classiques pour être remarquables…Ce n’est pas qu’il y ait vraiment matière à fustiger le groupe, mais l’écoute intégrale de cet album donne un petit effet de montagnes russes, avec une alternance de secouage de tête et de micro-sommeil. Difficile de retrouver la candeur et la naïveté des premiers albums et leur charme unique, même si Eldritch possède toujours ce petit quelque chose qui le rend différend – et meilleur – que beaucoup de ses (ex)collègues du speed progressif…

 
Gaia’s Legacy est plus un signe rassurant qu’un excellent album : Eldritch est toujours vivant, visiblement en forme même si on a connu le groupe plus inspiré. Mais l’infernale descente qui a mené tant de groupe dans les tréfonds du ridicule et de la honte ne semble pas encore amorcée par les Italiens qui, s’ils ne sont jamais montés au sommet de la popularité, ne s’y sont en tous cas jamais brulés les ailes.



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