4830

CHRONIQUE PAR ...

93
Jehovad
Cette chronique a été mise en ligne le 30 septembre 2011
Sa note : 10/20

LINE UP

-Rob Dukes
(chant)

-Lou Lehman
(guitare+claviers)

-Jason Trenczer
(guitare)

-Rob Moschetti
(basse)

-Sam Inzerra
(batterie)

TRACKLIST

1)Hate
2)Red White and Blood
3)Feast for the Wolves
4)Self Medicating
5)Depraved Indifference
6)Slow Burn
7)Section 8
8)Walking Dead
9)Dark Days
10)Let Me Die
11)Wish [bonus Nine Inch Nails cover]

DISCOGRAPHIE


Generation Kill - Red White and Blood
(2011) - thrash metal thrash hardcore - Label : Season Of Mist



Premier essai pour cette dream team issue de groupes « légendaires et underground » (comprendre « au succès limité ») tels qu’Exodus, Mortician, Pro-Pain ou encore M.O.D. Au grands noms les grands moyens : c’est à grand renfort de nom éloquent, d’artwork et de photo percutants et de titres évocateurs que Rob Dukes et ses patibulaires acolytes décident, après deux ans d’existence et quelques démos apéritives offertes sur le net, de partir à l’assaut du monde merveilleux et enchanté des métalleux...

Que les choses soient bien claires : nous sommes en guerre et Generation Kill n’entend pas faire de prisonniers. Fort d’un nom de groupe directement emprunté à une récente mini-série américaine (elle-même adaptée d’un roman - traitant de la Guerre d’Irak au moment de l’invasion de 2003 vue à travers les yeux d’un journaliste) et d’un titre d’album parodiant la référence au drapeau américain (« red white and blue », équivalent, mais dans le désordre, de notre bleu blanc rouge national), Rob Dukes nous conte ici les merveilleuses aventures d’un vétéran devenu serial-killer suite à ses expériences traumatiques vécues au front. Un genre de Rambo mais en plus méchant, évidemment. Comme quoi y a pas que les méchants groupes de hard rock qui font des tueurs… Attention concept musclé! Voilà qui a de quoi émoustiller les amateurs de brutalité pure, à défaut d’être d’un originalité renversante. Un rapide coup d’œil à la liste des titres (pour les non-anglicistes, tous à vos traducteurs Google…, ça vous fera du vocabulaire réutilisable pour d’autres groupes…) confirme que le programme est des plus alléchants et l’on voit se dessiner un champ lexical des plus violents : Blood, Kill, Hate, Dead, Die, Burn… Tout cela respire la joie de vivre mes amis…

Côté musique, Generation Kill a en effet de la rage à revendre si ce n’est de la fraîcheur. Les riffs, bien que sauvages, sentent malheureusement le réchauffé à plein nez, le « déjà entendu des dizaines de fois », ces riffs qui firent les beaux jours du thrash metal mais qui, à l’instar du nom du groupe, sont pompés directement sans ré-appropriation ni évolution quelle qu’elle soit. On va même jusqu’à nous imposer, dès "Hate", la sempiternelle intro surprise acoustique « qui commence-toute-douce-et-que-soudain-on-se-prend-une-grosse-déflagration-en-pleine-tête-qu’on-sait-pas-d’où-elle-est-arrivée ». Ceci pour enchaîner sur deux pièces très typées « hardcore », pas désagréable au demeurant, mais qui détonent curieusement avec les huit suivantes. La curiosité du titre "Red White and Blood" réside dans une ligne de chant calquée sur un célèbre chant militaire (repris dans la pub Yoplait Petit Filous Tub’s !) ainsi que dans le solo de fin, qui n’est autre qu’une version musclée de l’hymne national américain. A part ça, on a l’impression, mise à part l’imposante production, d’avoir affaire à un jeune groupe qui, fier de ses influences, compose ses premières chansons en accumulant des emprunts directs à ses groupes préférés.

Le reste, disais-je sonne essentiellement comme du thrash midtempo, voire lent, parsemé de nombreux passages divers et variés. Ainsi peut-on entendre au fil de ces huit morceaux de l’acoustique ("Self Medicating"), de l’ambiant ("Dark Days", très similaire à la version de "Planet Caravan" par Pantera en 1995), du sludge ("Self Medicating" et ses voix plaintives qui rappellent Crowbar), du speed thrash à la Slayer assortis de furieux solos dignes de la paire Hannemann/King ("Walking Dead")… On nous gratifie également de l’incontournable plage bizarre "Section 8", avec ses rires diaboliques, ses mots parlés, le tout sur fond de guitare saturée, comparable à l’outro de "Flood" de Pantera. Si le groupe explique que « chaque chanson à sa propre identité et sa propre ambiance, ce qui procure au groupe un son original sans renier leurs influences », les méchantes langues pourrait y voir une manière de « bouffer à tous les rateliers » afin de séduire le plus grand nombre… Mais fi des méchantes langues : admettons malgré l’absence d’inspiration, le néant créatif, Generation Kill a au moins de l’énergie à revendre et accordons-leur un second essai qu’ils pourraient transformer en véritable création d’un groupe nouveau et rafraîchissant.

Generation Kill ou comment de respectables références cachent la misère artistique et permettent d’attirer l’attention là où un groupe d’illustres inconnus peinerait à se faire un nom dans son propre quartier.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 3 polaroid milieu 3 polaroid gauche 3