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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 24 août 2011
Sa note : 13/20

LINE UP

-Fred Durst 
(chant)
 
-Wes Borland 
(guitare)

-Sam Rivers 
(basse)

-John Otto 
(batterie)

-DJ Lethal 
(platines)

TRACKLIST

1)Introbra
2)Bring It Back
3)Gold Cobra
4)Shark Attack
5)Get a Life
6)Shotgun
7)Douche Bag
8)Walking Away
9)Loser
10)Autotunage
11)90.2.10
12)Why Try
13)Killer in You

DISCOGRAPHIE


Limp Bizkit - Gold Cobra
(2011) - néo metal rap-métal parfois popisant - Label : Polydor Interscope



Toutes ces chroniques de Limp Bizkit en ligne et je m’aperçois que je n'ai jamais parlé du nom du groupe. Le jeu de la biscotte est principalement connu des jeunes mâles vivant en internat : on rassemble un cercle d'éphèbes vigoureux, tout le monde sort sa bite, et chacun se masturbe frénétiquement sur une... biscotte. Le dernier qui n'a pas joui a perdu, et il doit manger la biscotte recouverte de la semence de ses camarades. Tout un poème en définitive, et une source providentielle de matériel pour écrire une intro. Après cette séance culture, passons donc à Gold Cobra...

Ils sont reviendus, ils sont pas contents, ils nous la jouent retour à la grande époque, revoilà Limp Bizkit. Les chroniques de cet album ont déjà été écrites un peu partout (moi j'avais piscine), et le sentiment général serait que le groupe nous a pondu un album totalement dans la tradition, sans rien qui le démarque des productions néo-métal des années 90. Limp Bizkit ferait du Limp Bizkit, point à la ligne... sauf qu'en fait non. Gold Cobra a beau présenter beaucoup d'éléments génériques, il ne sonne comme aucun autre album du groupe pris isolément et s'apparente plus à un patchwork où quelques réelles nouveautés ont fait leur apparition. La base elle-même n'est pas facilement classable : le groupe n'est pas du tout revenu au mix hip-hop / métal de 3 Dollar Bill où DJ Lethal (pourtant pas encore membre officiel) tenait le haut du pavé dans les couplets, distillant des samples et des claviers qui ancraient résolument le tout dans le wesh avant que les refrains ne basculent dans le métal hurlé. Ici basse et guitare restent maîtresses du jeu tout du long - un peu comme dans Unquestionable Truth - sauf que le chant de Durst est semble-t-il revenu à la normale. Un peu de ci, un peu de ça, et on touille à feu doux...

Durst, donc. Durst et ses paroles qui donnent envie de le claquer, Durst qui n'aura jamais réussi à parler d'autre chose que de lui-même. L'homme est particulièrement véhément sur ce disque, résumant ses messages principaux à « je m'en bats les couilles de ce que les gens pensent » et « connard de gens qui me haïssent, je vais tous vous fracasser la gueule ». On se gaussera rapidement du paradoxe inhérent à cette double proposition (s'il s'en fout, pourquoi est-il en colère?) et on s'attardera sur la performance du bonhomme car il livre ici son offrande la plus variée et la plus technique. Le débit que tout le monde connaît est de la partie mais il sert de base : Durst varie son flow sans cesse et se montre carrément démonstratif. Il se permet une émulation bluffante de Violent J d'ICP sur "Get a Life", un registre rappé agressif inédit sur "Douche Bag" et mille autres choses. Il donne l'impression d'enfin se lâcher : son registre haché robotique old-school sur l'outro de "Shark Attack" est un bon délire ! Pour terminer il chante toujours bien et juste, donc il n'y a que ses hurlements qui font bizarre car il semble avoir perdu sa technique et s'égosiller comme un porc. On passe très près du sans faute en tous cas, et il faut bien avouer qu'imaginer le Bizkit avec un autre chanteur est impossible.

L'autre nouveauté manifeste de Gold Cobra ce sont les solos de guitare que Borland pose ici et là. Sympatoches sans plus, ils n'offrent pas de réelle valeur ajoutée mais ont l'avantage de se fondre dans la musique du groupe avec brio et de ne jamais faire tache. Ses riffs sont pour leur part égaux à eux-mêmes : tous sont efficaces et jumpy, mais aucun ne marque comme celui d'un "Counterfeit" et sa tendance à alterner gros ramonages graves et montées bruitistes dans les aigus commence à ressembler à un gimmick. L'absence chronique de DJ Lethal réduit foutrement le spectre sonore du groupe : la recette de chaque compo consiste trop souvent à caler un plan gratte/batterie plutôt soft pour le couplet avant d'enchaîner sur un plan bourrin et/ou catchy pour le refrain. La dynamique des titres est parfois relancée par des pré-refrains mélodiques sucrés à la Chocolate Starfish, l'exemple typique étant celui de "Douchebag". Il fonctionne car il est fait pour, même si on l'a déjà entendu cent fois... l'efficacité est là mais l'inventivité est partie aux putes. Aucun titre de Gold Cobra n'est mauvais, tous ont le petit truc qui reste en tête, mais on a l'impression que les instrumentaux seraient bien fades si Durst n'était pas derrière pour explorer toutes les facettes de sa voix.

Il y a tout de même des moments qui ressortent sur cet album, même s'il faut bien les chercher. La tentative "Autotunage" marque car elle n'est pas assumée à fond : Durst s'amuse avec le logiciel sur l'intro annonçant le morceau, on a l'impression qu'il va vraiment faire du Eiffel 65 sur du Limp Bizkit... mais quand la chanson arrive, la dose d'Autotune sur sa voix est très réduite. Mal joué... il y a aussi cette doublette de ballades au centre de l'album, "Walking Away" et "Loser". Le premier titre voit Borland refaire du Chocolate Starfish dans le texte (petit motif blindé de délay sur progression d'accords de base) et ne présente rien d'intéressant sauf la partie finale hurlée. "Loser" est plus originale dans les arrangements et permet d'entendre Durst sortir enfin la main de son slip : il y parle d'une autre, c'est ouf ! Le délire final de "Shotgun" vaut aussi le détour dans son utilisation de samples de fusil à pompe pour créer une rythmique, ainsi que l'intro thrashy de "90.2.10", grosse montée en puissance qui retombe malheureusement dès que le couplet débarque. Le passage chanté décadent de "Why Try" est réussi (Durst pawa), mais il dure dix secondes... et ainsi de suite.


Performance ! Gold Cobra pioche un peu partout dans la discographie de Limp Bizkit et parvient tout de même à sonner plat et générique. Rien ne ressort franchement de ce disque mis à part quelques tentatives d'innovation noyées dans la masse, et la variété vocale de Durst ne suffit pas à relever la sauce. Ceci dit l'album est compact, groovy en diable, joué au quart de poil et remplit sa mission : faire taper du pied et secouer la tête. Si vous n'en attendez rien d'autre vous serez ravi, mais si vous espérez que le groupe sorte enfin un digne successeur à son premier album il ne vous restera qu'à attendre le prochain.


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