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CHRONIQUE PAR ...

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Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 03 août 2011
Sa note : 11.5/20

LINE UP

-Oystein Haltbakk 
(chant)

-Andre Ulriksen 
(guitare)

-Tom Wahl 
(guitare)

-Johnny Wangberg 
(basse)

-Alessandro Elide 
(batterie)

TRACKLIST

1)Lex Talionis
2)Blind Billions
3)Ignorance Is Bliss
4)Fairytale of Perversion
5)Locus Ceruleus
6)Share My Pain (Stalingrad)
7)Hellhole
8)Psychopath
9)Tool of God
10)Faceless Children
11)The Bitsa Maniac
12)Our Poisonous Creation

DISCOGRAPHIE


Exeloume - Fairytale Of Perversion
(2011) - thrash metal technique - Label : Vicisolum Productions



Une fois les bases posées, le metal s'est développé grâce à tous les groupes qui ont osé dépasser les limites, franchir les barrières, casser les codes, mélanger les genres… Ceci dit, ça ne peut pas marcher à tous les coups et certaines expérimentations se sont révélées bien foireuses, comme le techno-thrash. Combiner un genre aussi instinctif que le thrash, où tout vient des tripes, avec des pirouettes spectaculaires et cérébrales dénuées de toute spontanéité, ça ne pouvait pas coller. Pas étonnant que ce mouvement n'ait pas fait long feu…

Aujourd'hui, plus de 15 ans après la mort officieuse de ce mouvement dans l'indifférence quasi-générale, certaines formations comme Coroner, Mekong Delta, Watchtower voire Tourniquet ont accédé au statut de groupe culte. Mais si, vous savez, cette étiquette qui s'applique aux groupes talentueux et respectés, mais qui n'intéressaient presque personne quand ils étaient encore en activité… C'est donc très courageux de la part des Norvégiens d'Exeloume de tenter de raviver la flamme. Le pari est même tout à fait jouable : après tout, on a souvent expliqué le relatif insuccès d'un Coroner par le fait qu'ils étaient trop avant-gardistes à une époque où le public n'était pas encore prêt, or des groupes techniques comme Obscura ou Revocation ont aujourd'hui le vent en poupe. Autre preuve de cette inversion de tendance, des groupes comme Cynic ou Atheist, qui ont rencontré la même incompréhension du temps de leur première incarnation, sont désormais plébiscités. Alors pourquoi pas ?
Résumer le style d'Exeloume en quelques mots n'est pas chose aisée. Disons qu'on a parfois l'impression d'avoir affaire à du Megadeth qui aurait décidé de complexifier ses morceaux à mort et de fricoter avec des styles plus extrêmes, comme le black metal ("Blind Billions", "Our Poisonous Creation") ou le melodeath ("Fairytale of Perversion"). Et je ne dis pas cela parce qu'Ed Repka a signé la pochette ! Mais comme souvent avec des groupes qui misent presque tout sur la surenchère technique, on oscille entre deux sentiments : d'un côté, l'éblouissement devant certains plans d'une qualité assez fabuleuse ; de l'autre, le sentiment de vacuité qui se dégage de la plupart des morceaux, qui empilent les idées mais qui ne tiennent pas debout. Ceux-ci sont majoritairement assez courts, puisqu'ils tournent tous autour de 4 minutes (seul "Faceless Children" dépasse la barre des 5), mais c'est avec une sensation d'épuisement intense qu'on arrive au terme des 44 minutes de l'album.
Des bons moments, on en trouve, là n'est pas la question. Prenez "Blind Billions" par exemple, c'est exactement le genre de titre qui nous fait y croire à fond. Evidemment, le plat est chargé puisque chaque musicien y va de son petit numéro (y compris le bassiste, audible pour une fois) ; mais ceci dit, les nombreux plans s'enchaînent à merveille, notamment ce petit passage black fort bien intégré au reste. Les riffs sont saignants, le chant est rageur, tout va bien dans le meilleur des mondes. Sans atteindre ce calibre, on retrouve plusiers morceaux d'excellente facture sur Fairytale Of Perversion : "Locus Cereleus", qui démarre à la Iced Earth et qui présente un travail très intéressant sur les voix en fin de morceau ; "Psychopath", un titre assez classique, un des rares de l'album où Exeloume n'en fait pas des tonnes et qui se révèle un peu plus efficace que le moyenne ; ou encore "Tool of God", qui débute de manière sauvage avant de développer une ambiance bien malsaine sur le break.
Non, le problème, c'est plutôt tous ces titres qui finissent par sombrer dans le grand n'importe quoi à force de mettre l'accent sur la performance technique. À de nombreuses reprises, les démonstrations stériles prennent le pas sur la cohérence et on se retrouve avec un paquet de morceaux qui se perdent en conjectures inutiles (cf. le break aux cymbales sur "Ignorance Is Bliss"), quand ils ne deviennent pas complètement imbuvables ("Share My Pain", "Hellhole"). Principal suspect : Alessandro Elide. Ce type est peut-être une pieuvre (et encore, merci le kit triggé pour ne pas avoir à gérer le paramètre puissance de frappe), mais un peu de discernement dans les patterns et les cassures rythmiques ne seraient pas de trop. On ne compte plus le nombre de plans à visée uniquement technique, sans le moindre but musical. C'est vraiment dommage, car les Norvégiens peuvent se montrer capable d'expérimenter et de proposer des plans inattendus sans tomber dans la branlette ("The Bitsa Maniac").


Les zicos d'Exeloume ont un niveau hallucinant, c'est indéniable, mais question compo, c'est pas vraiment ça. Les Norvégiens ont trop souvent tendance à utiliser la technique comme une fin et non un moyen, ce qui donne au final un album qui s'adresse davantage aux musiciens en herbe qu'aux fans de thrash. Si vous adorez en prendre plein la vue, vous pouvez tenter l'expérience ; si vous attendez que la technique soit au service des morceaux pour les amener encore plus haut, rabattez-vous plutôt sur le monstrueux dernier album de Sylosis.


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