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CHRONIQUE PAR ...

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Fealakwen
Cette chronique a été mise en ligne le 23 juin 2011
Sa note : 16/20

LINE UP

-Dezsta
(chat+guitare)

-Christofer Fraisier
(guitare+claviers)

-Robert Desbiendras
(basse)

-Michael Peters
(batterie)

TRACKLIST

1)Overture
2)Moreton Waves
3)Eikon
4)
On The Edge
5)
Succession
6)
March Of Scylla

DISCOGRAPHIE

Moreton Waves (2011)

Oniromancie - Moreton Waves



Onimo...Omiro...Onimorancie s'est choisi un nom à faire hurler l'Association des Metalleux Dyslexiques, qui si elle n'existe pas en France, a sa sœur jumelle aux States, vu on trouve tout là-bas, surtout du silicium. Sauf qu'Oniromancie est un groupe Français. Et même s'il vient de ch'Nord (comme Bibi), ou presque, il semble disposer d'un encéphale (pas comme Bibi). J'en veux pour preuve le titre de leur premier EP : Moreton Waves. Ce serait un genre de tempête, mais sans vent. Sur le Soleil. Électromagnétique. Découvert par un Américain, forcément. Bref, espérons que la musique sera moins prise de tête.

Et bien pas vraiment. C'est assez complexe, voyez vous ; même si la formule de l'ensemble est plutôt directe, les morceaux sont tellement variés, éparpillés, qu'il faudra presque procéder à un track by track pour analyser tout cela. Dans un instant, décorticage des six pistes qui agrémentent cet EP bien rempli. Enfin, des cinq pistes. La première composition n'est qu'un prologue sans réel intérêt, entre nappes éthérées de clavier, bruitage, et guitare mélancolique. Sur un disque de progressif en trois parties, long et compliqué, avec des analyses à n'en plus finir et des trucs expérimentaux, okay. Mais là non. Vous ne le savez pas encore, mais Oniromancie joue plutôt la carte de l'énergie, du rentre-dedans, du headbang compulsif. Pas vraiment en rapport avec les dissertations introductives. Le quatuor a pour lui de ne pas être le seul à céder à ce travers. Comme si aujourd'hui, l'auditeur n'était plus capable de se concentrer sur ce qu'il écoute. Comme s'il lui fallait une phase d'adaptation, un laps de temps lui permettant de lâcher le smartphone ou la télécommande pour se souvenir que la Musique mérite toute son attention. Et qu'on puisse, enfin, passer aux choses sérieuses.

Sacrément sérieuses, pour le coup. Le titre éponyme est excellent. De la guitare sèche pour s'échauffer, et on sort les amplis. Dezsta, seul au chant, entame sur des cris Sludge, lents et puissants. Mais paradoxalement, les instruments prennent le contre-pied de la faible intensité intrinsèque à ce style vocal. Ligne de basse groovy, caisse claire qui donne le tempo (vous le devinez élevé), et qualité de composition au rendez-vous. Tout est soigné chez les vagues de Moreton. Chaque passage a été travaillé, créé avec un soin particulier. Jamais deux fois le même riff, jamais la même rythmique. Les ponts sont exemplaires sur ce point, de "Moreton Waves" à "On The Edge". La lassitude face à une structure reprise en boucle n'arrive jamais, malgré la longueur relative des titres. Clairement hors du commun pour une première création. Le groupe se paie même le luxe de proposer plusieurs niveaux d'interprétation. Une première écoute qui accroche de suite, mais également une richesse des structures étonnante, découverte après quelques tours de disque. Merci Christofer, à la guitare lead, qui a du manger du Meshuggah dès le berceau. La suite est encore un ton au dessus. De celles qui sentent bon la carrière glorieuse.

"Eikon", c'est un de ces petits ovnis mélodiques que tu apprends par cœur sans même t'en rendre compte. Une chanson qui s'immisce jusqu'au plus profond de tes tripes, avec les conséquences habituelles de ce type de ballade sans défauts. Air Guitar obligatoire sur les solos, sourcils qui se froncent lors des passages brutaux, muscles qui se contractent lorsque Dezsta utilise son chant clair pour t 'emmener sur les aigus nuageux. Bref, le stéréotype du titre qui te rend excessivement con dans le métro. Mais c'est un moindre mal, au vu de ces passages attendus de pied ferme par tes pavillons en manque, et de ce solo final que les légendes de Göteborg ne renieraient pas. Et plus que vers le Death Mélo, c'est vers un autre mastodonte que les regards se tournent à l'écoute de cet EP : Amorphis. Là aussi, des hits en puissance qui se retiennent instantanément, là aussi un chant polymorphe riche en émotions, capable de faire ressentir la majesté d'une romance ou la douleur d'une rupture. Mais les Amiénois se distinguent des Finlandais par une plus grande complexité de leur travail, qui parvient à rester déstructuré et progressif malgré son aspect power-ballade si prononcé. Le potentiel du groupe en concert est énorme, avec une scène adaptée à la qualité de leur jeu.


Ensuite l'entracte. Et encore une fois, si la pause salvatrice se fait attendre lors d'une pièce de théâtre contemporain de quatre heures traitant de l'homosexualité vivipare, ce n'est pas le cas en plein milieu du dernier James Bond. Or, cet EP, c'est un James Bond, un grand cru même. "On The Edge" arrive donc comme un cheveu sur la soupe qu'on passera rageusement en cherchant le baladeur dans la poche, pour se gaver à nouveau des quatre autres tubes. Le groupe semble avoir voulu démontrer sa polyvalence : « La finesse, on sait faire. Aussi. » Pourquoi pas, mais pas comme ça. Quelques secondes pour temporiser entre deux refrains mémorables, c'est parfait. On savoure d'autant plus le chocolat lorqu'il y a un peu de biscuit autour. Mais le gros biscuit sans chocolat, qu'on creuse avec les dents jusqu'au centre pour s'apercevoir avec déception qu'il est vide, s'il vous plaît non. Pain of Salvation fait ça très bien, la complainte énervée fourrée aux jérémiades pendant cinq minutes. Laissez-leur. Ce sera le seul contre-temps, et le thriller reprendra sur des bases plus saines dès Succession. Les dernières pistes sont tout de même moins incisives que les bijoux de la première partie, et Oniromancie adopte un peu les atroces pratiques de la grande distribution. Plus trivialement, la magnifique boîte de fraises qui révèle des tâches marrons passée la première couche.



Mais Moreton Waves ne contient pas le moindre fruit pourri. Les fraises de dessous sont peut-être un peu moins rouges que les hits, mais elles restent savoureuses. Vivement la suite, vivement une tournée, le HellFest, la gloire, l'argent et les femmes, le baratin habituel. Qu'améliorer pour la suite ? Pas grand chose. Ils sont déjà matures (non, pas pourris!), la production ne souffre pas du moindre défaut de jeunesse, le groupe possède déjà sa patte sonore. C'est l'inspiration qui devra être au rendez-vous, pour leur permettre, à nouveau, de trouver la formule magique à la base de tout album si mélodique. Espérons que leur Muse est en CDI, pour finir sur un autre sigle.



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