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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 29 mai 2011
Sa note : 4/20

LINE UP

-André Matos
(chant)

-Timo Tolkki
(guitare)

-Mikko Härkin
(claviers)

-Jari Kainulainen
(basse)

-Uli Kusch
(batterie)

TRACKLIST

1)Fields of Avalon
2)Come by the Hills
3)Santiago
4)Alayna
5)Forevermore
6)Pilgrim Road
7)In Paradisum
8)Rhapsody in Black
9)I Walk in Neon
10)Don't Let Me Go

DISCOGRAPHIE

In Paradisum (2011)

Symfonia - In Paradisum



Nom de Dieu de bordel de merde, mais qu'est-ce que ça fait mal. Je vous prie d'excuser cet écart de langage peu coutumier sur nos terres éternelles, mais il faut vous mettre à ma place deux minutes. Votre serviteur fait partie de ces gens qui se sont pris la vague true metal dans la face à l'époque, qui ont vu un heavy surboosté et remis au goût du jour squatter les une des magazines. Deux groupes tenaient le haut du pavé en France : Angra avait balancé Holy Land en 1996 et Stratovarius avait suivi avec Visions en 1997... et foutredieu, que c'était bon. Donc là, quand la réunion des deux donne un truc carrément atroce, ça rend grossier.

Cet album porte deux coups fatals au fan des deux formations qu'il a un jour tant aimées : il confirme définitivement la mort artistique de Timo Tolkki en tant que compositeur, et offre à entendre pour la première fois un Andre Matos insupportable. Commençons par le vocaliste : Dédé exerce cette fois-ci dans un registre dépourvu de vibrato (comme à ses débuts)... poussé voire beuglé dans les aigus, sans finesse aucune mais donnant l'impression permanente qu'il en chie (pas comme à ses débuts). Et c'est atroce. Et les textes de Grotimo y sont pour quelque chose : il lui fait le coup qu'il faisait à Kotipelto, à savoir façonner les lignes de chant via la longueur du texte. C'est mathématique : comme les paroles des couplets font dix ou douze mots, il faut aaaaallllooooonngeeeeeerr leeeeeees syyyyyllaaaaabes pour tenir les 32 mesures de spidmétol qui défilent derrière. Matos atteint toutes les notes suraiguës que Tolkki lui dit d'atteindre, en poussant sa voix de gorge et en se crispant un maximum, et le résultat donne envie de le frapper. C'est tragique.

Tolkki maître à bord, ça crève les oreilles... et le cœur. Le niveau d'auto-pompe atteint par Timo sur In Paradisum est fou : l'intro de l'opener "Fields of Avalon" est celle de "Will the Sun Rise?" accordée différemment et jouée plus vite, sauf qu'au lieu d'enchaîner direct sur le couplet il y a une montée de guitare / clavier qui est pompée sur "Legions". Et c'est presque tout le temps comme ça, à un point qui fait froid dans le dos. Combien de mecs oseraient reprendre un bout entier (intro + couplet) d'une ancienne compo et le coller dans pas un mais DEUX titres de leur dernier album ? Tolkki, qui replace le début de "Black Diamond"  sur "Come by the Hills" ET "I Walk in Neon". Hallucinant. Sinon, quand les compos de Symfonia ne sont pas que des resucées éhontées de tubes de Stratovarius (les tubes en plus ! pas les morceaux obscurs !), ce sont juste de gros pavés de clichés speed mélo. La structure des compos est prévisible à outrance, le principe du couplet basse-batterie avec une petite guitare acoustique qui fait de jolis arpèges simples est usé jusqu'à la moelle, et chaque refrain voit revenir Matos en mode beugleur nuisible et bas du front.

L'impression générale, c'est que non seulement Tolkki écrase de fait la personnalité des individualités pourtant pas manchotes qui l'entourent, mais qu'il a depuis longtemps fait le deuil d'une quelconque réelle créativité. Le mec a dépassé tout ça en gros, il n'en a plus rien à carrer. Refaire les mêmes enchaînements d'accords que tout le monde a entendu cent mille fois ? Ça marche. Reprendre le couplet de "Future World" d'Helloween et appeler ça "Pilgrim Road" ? No souci. Pondre sur "Santiago" un riff dont le début ressemble à un exercice pour débutant ET en reprendre un bout pour faire la ligne des chœurs dans l'intro de "In Paradisum" ? Change pas de main, j'sens que ça vient. En plus de la profonde médiocrité musicale qui se dégage de ce truc informe, il ressort donc une impression qui met très mal à l'aise : voir en direct un mec qu'on a su créatif à un moment donné passer du côté obscur de l'artiste. En arriver au point où il ne fait plus que du recyclage, le sait forcément, et le fait quand même. Et nous impose ce spectacle, à nous autres qui furent fans.


Donc là, non. Juste non. Ça ne se fait pas d'attaquer les gens dans leur petit cœur tout chaud de fan en faisant de la grosse bouse malodorante. S'il existe encore des amateurs de speed mélodique en 2011 qui ne connaissent ni Angra ni Strato, ils trouveront probablement cet album juste risible... mais la majorité des gens que cette chose aurait pu intéresser sont ceux qui connaissent le CV des bonhommes. Et ceux-là me rejoindront très certainement dans un courroux mâtiné de tristesse. Et ils diront des gros mots, eux aussi.


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