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CHRONIQUE PAR ...

15
Flower King
Cette chronique a été mise en ligne le 24 mai 2011
Sa note : 16/20

LINE UP

-Alan Averill "Nemtheanga"
(chant)

-Ciaran MacUiliam
(guitare)

-Michael O'Floinn
(guitare)

-Paul MacAmlaigh
(basse)

-Simon O'Laoghaire
(batterie)

TRACKLIST

1)No Grave Deep Enough
2)Lain With the Wolf
3)Bloodied Yet Unbowed
4)Gods Old Snake
5)The Mouth of Judas
6)The Black Hundred
7)The Puritan's Hand
8)Death of the Gods


DISCOGRAPHIE


Primordial - Redemption At The Puritan's Hand
(2011) - black metal folk pagan - Label : Metal Blade Records



Le poing reste serré. La colère, au plus fort. Primordial est de ces groupes qui ne peuvent justifier leur existence que par et dans l’adversité ; situation difficilement tenable pour qui venait de sortir coup sur coup deux disques acclamés comme des triomphes. L’Irlande étant leur seul point commun avec U2, on les voyait mal raconter leurs malheurs de multi-millionnaires ou pleurer sur l’état du monde où les gentils ne sont finalement pas si gentils. Il fallait que ça pète, que la rage monte. Et ça a pété… sauf que cette fois, la crise est venue de l’intérieur.

Sur Redemption At The Puritan’s Hand, Primordial sonne toujours comme cette entité indivisible, indomptable, cette force de la nature aux riffs plus si nouveaux, mais toujours aussi puissants.  Mais dans cette entité, ici, se détachent deux individualités que la providence avait bien failli faire s’entredéchirer. Ce disque, c’est aussi et surtout celui de Alan Averill et de Simon O’Laoghaire. Le premier, frontman inflexible, sonne toujours comme une meute de guerriers enragés, mais l’avenir, qui semblait autrefois tout à lui, a fini par freiner son arrogance ; et si sa détermination n’a pas, une seule seconde, fléchi, et qu’il reste « blessé, mais debout » il sent aussi que chacune de ces secondes rend le combat plus dur. Et que ses frères d’armes, pour certains bernés, pour d’autres achevés, le laissent de plus en plus seul sur son chemin. Pour les non-amateurs de métaphores : sa prestation est exceptionnelle, délaissant presque complètement la voix black pour un chant clair agressif qui sort du cœur est des tripes.

Un autre qui y a mis les tripes, c’est donc le batteur, ce Simon qui, après douze ans de labeur, s’est retrouvé du jour au lendemain à la porte de son groupe, parce que carburer au rouge, passe encore, mais se mettre des caisses au point de ne plus pouvoir assurer son concert, sa raison de vivre en d’autres termes, ça n’était pas acceptable, et donc, rideau. Sauf que Primordial, ça ne fonctionne pas, ça ne fonctionne plus comme ça. Les castings en 3 épisodes, très peu pour Nemtheanga ; ces cinq-là jouent une musique trop unie pour pouvoir se débarrasser si facilement de l’un d’entre eux. Alors, il est revenu, mais pas la queue entre les jambes ; plutôt avec le feu sacré, avec l’abandon de celui qui sait qu’il a tout à (re)donner. Et il donne, il donne, et c’est un bonheur de l’entendre se déchaîner sur le final de "Death of the Gods", subir sa frappe lourde durant "The Mouth of Judas" ou le début de "The Puritan’s Hand". Et de retrouver ses attaques de pédale bien connues.

Et au-delà de ça, il y a, bien sûr, ces huit titres, marqués par la tempête, la tourmente, la fureur, ce qui a fait et fera toujours la musique de nos Irlandais. Sur ces huit titres, un seul ne fait pas mouche, et comme par hasard c’est le plus énergique et ouvertement black du lot, un "Gods Old Snake" qui n’a pas la dimension tragique de ses compagnons. Mais à côté de ça, l’ histoire de Primordial s’enrichit de nouvelles perles. Il y a le lyrisme lent de "Bloodied Yet Unbowed", qui définit l’éternelle ligne de conduite de son leader : « contre vents et marées, ni remords, ni regrets ». Il y a l’époustouflante course désenchantée du morceau-titre, qui rappelle "Gods to the Godless" dans son riff final, sauf que le cri de défiance de ce vieil hymne s’est transformé en plainte affligée, révélant toute sa fragilité. Et reste "Death of the Gods", point final de l’aventure, dernier appel aux armes avant que leurs terres, leurs idéaux, soient engloutis pour de bon. Ou du moins, jusqu’au prochain combat…


Oui, plus de quinze ans que ça dure, et Primordial ne semble toujours pas épuisé. Pas encore sensible à la rouille. Mais quand même plus enclin à regarder en arrière pour voir ce qui a été perdu, et y trouver les raisons pour avancer de plus belle. Et ce qu’ils en laissent est, comme souvent, excellent.



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