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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 18.5/20

LINE UP

-Robb Flynn (chant+guitare)

-Logan Mader
(guitare)

-Adam Duce
(basse)

-Chris Kontos
(batterie)

TRACKLIST

1)Davidian
2)Old
3)A Thousand Lies
4)None But My Own
5)The Rage To Overcome
6)Death Church
7)A Nation On Fire
8)Blood For Blood
9)I'm Your God Now
10)Real Eyes Realize Real Lies
11)Block

DISCOGRAPHIE


Machine Head - Burn My Eyes
(1994) - thrash metal - Label : Roadrunner Records



Il y a de grands crus pour le metal comme pour le vin, et la cuvée 1994 fait particulièrement mal. Cette année-là, il y eut deux énormes pavés lancés dans la mare heavy : le premier Korn et ce premier Machine Head qui, l'un comme l'autre, ont changé le paysage metal à jamais. Sortis de nulle part, ces quatre types débarquaient pour réinventer ce que nous nommions "thrash", armés d'une volonté et d'une hargne peu communes et munis d'un allié de choix en la personne de Colin "mur de son" Richardson. Etablissant le sous-accordage comme une règle, débitant du riff mémorable à la tronçonneuse, traumatisant le reste d'une scène en perte de vitesse, Burn My Eyes reste plus de dix ans après une référence absolue.

Combien de personnes sont restées bouche bée à l'écoute des premiers titres de cet album, attendant vainement la faille, le titre plus faible qui ferait retourner le tout dans la normalité ? Sûrement des milliers tant la première écoute de ce Burn My Eyes reste un souvenir mémorable pour une immense majorité de metalheads. On écoutait ce son incroyable, ce chant rageur qui rejetait les poncifs du genre (agressif-mélodique plutôt que hurlé), cette batterie au-delà du virtuose et surtout ces riffs invraisemblables, et se disait qu'on assistait à la naissance d'un monstre. Rien que classer cet album relevait du challenge : les riffs étaient thrash, oui, mais un thrash d'un genre nouveau. Un thrash syncopé, mid-tempo, qui tirait sa puissance et sa violence des riffs eux-mêmes au lieu de se reposer sur la simple vélocité. Il n'y a qu'à écouter le terrible et écrasant ralentissement de tempo à la fin d'Old pour s'en rendre compte…

Rarement un album aura donné à écouter tant de riffs d'anthologie, et sur la plus haute marche du podium se trouve l'effrayant "None But My Own". On a beau l'avoir entendu durant l'intro, quand ce riff à la fois moderne et roots nous revient dans la poire après le couplet ambiancé on est pris à la gorge. Impressionant, le pouvoir d'une simple note : la corde de mi aigu à vide jouée à la fin du riff suffit à en faire quelque chose qui ravage l'auditeur. Et si ce riff fait si mal c'est aussi grâce à l'incroyable Chris Kontos qui le fait groover, et dont l'éphémère présence au sein du groupe aura joué un rôle certain dans son acceptation instantanée dans la cour des grands. Son jeu de batterie sur cet album reste inégalé : sa finesse aux cymbales ("A Thousand Lies"), son jeu de double pédale ("A Nation On Fire"), sa vélocité et sa précision à la caisse claire ("I'm Your God Now") en font un des meilleurs batteurs métal de l'histoire, et il s'en donne à cœur joie.

Les compos de Burn My Eyes sont presque toutes cultes, et c'est normal. Le groupe fait preuve d'une inventivité de tous les instants, et brille dans chaque exercice. Le thrash direct et véloce de "Blood For Blood" ne sonne comme rien de déjà entendu : aucun des parrains historiques du thrash n'avaient sorti un tel riff, à la fois bruitiste et déstructuré mais pourtant terriblement efficace. Les soli anti-shred sont pétris de feeling ("A Thousand Lies") et les incursions mélodiques sont systématiquement réussies : les passages ambient de "I'm Your God Now" préfigurent le néo et le groupe prouve avec "A Thousand Lies" et surtout "A Nation On Fire" sa très grande maîtrise des intros lead. Ce dernier titre reste une leçon de composition en bonne et due forme : l'intro de Logan Mader est ahurissante de feeling et la montée en puissance continuelle du titre colle le frisson. Et quand ça part enfin c'est un orgasme de violence, le genre de déferlante qui ne fait pas de prisonniers. Qui ravage tout.

Ce qui est époustouflant quand on réécoute Burn My Eyes avec du recul, c'est que l'album est encore plus varié et pertinent que dans notre souvenir. Les critiques du chant clair de Flynn sur The Burning Red font bien rire quand on se rend compte que le bougre chantait déjà ainsi sur "Old", "Blood For Blood", "A Nation On Fire", "None But My Own" et "I'm Your God Now" (rien que ça). Le groupe enchaîne les riffs tout aussi monstrueux les uns que les autres : la dynamique de "A Thousand Lies" reste sans faille, Davidian est un chef d'œuvre et chaque riff de "The Rage To Overcome" est une petite pépite. Le groupe a su pallier un très relatif manque de technique à la guitare par un feeling et une rage de tous les instants et le chant de Flynn reste exemplaire dans son genre.


Tour à tour subtil, rentre-dedans, ambiancé et tout simplement surpuissant, Burn My Eyes reste aujourd'hui comme hier un monument de l'histoire du metal. Rien à jeter sur cet album qui se termine sur un "Block" d'anthologie qui résume bien le propos du groupe : "FUCK IT ALL!"



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