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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 18 avril 2011
Sa note : 15/20

LINE UP

-John Haughm
(chant+guitare)

-Don Anderson
(guitare+piano)

-Jason William Walton
(basse)

-Aesop Dekker
(batterie)

TRACKLIST

1)They Escaped the Weight of Darkness
2)Into the Painted Grey
3)The Watcher's Monolith
4)Black Lake Nidstang
5)Ghosts of the Midwinter Fires
6)To Drown

DISCOGRAPHIE


Agalloch - Marrow Of The Spirit
(2011) - black metal atmosphérique - Label : Profound Lore Records



Par 2 fois sur ses 2 précédents albums, Agalloch a marqué son territoire. Pas besoin de pisser face au vent ou dans un violon. Ses faits d'armes furent une direction atmosphérique et bucolique de la musique metal. Extrêmement organique et prenant aux tripes, les compositions du groupe faisaient mouche. The Mantle représentant une facette plus calme et sylvestre là où Ashes Against The Grain donnait du grain plus abrasif et opaque. Pourtant le groupe vient d'un milieu plus turbulent avec le semi black de ses débuts Pale Folklore. Avec une musique si polymorphe, que pouvons-nous espérer de Marrow Of The Spirit ?

Un album différent certainement, et il s'agit ici de la moindre des attentes vis-à-vis d’un tel groupe (d'autant plus que ses divers EP inter-albums sont autant d'expérimentations de genres nouveaux). Un album contemplatif et intelligent aussi. Et surtout, un grand album. Habituer les gens à l'excellence a ceci d'éprouvant qu'on ne pardonne plus les moindres écarts. Agalloch s'est enfoncé cœur battant dans cette voie. Voici donc que cet album s'ouvre par un cours d'eau. On imagine aisément l'eau ruisselante et rafraichissante passant devant nos yeux et reflétant de mille éclats les arbres alentour. 3 minutes durant. C'est un peu long. Ça met en ambiance. Au choix. Ensuite, surprise ! Du blast ! Retour au semi black ? Le riff black qui accompagne ce blast répond par l'affirmative. "Into the Painted Grey" est un choc pour 2 raisons. Premièrement, elle est absolument bonne, il n'y a pas d'autre mot. Ensuite, elle est … crûment violente.

Agalloch n'est pas violent. Pourquoi ? Ne boudons toutefois pas notre plaisir, ce début est en fanfare et c'est pour le mieux, les délicates touches de guitare sèche rappelant au bon souvenir la patte délicate Agalloch. Néanmoins, on sent d'emblée quelque chose, les Américains ne sonnent plus uniques par cette violence nue exposée. Alors qu'avant ils nous emportaient dans les sentiers de l'introspection naturiste, les voilà devenus adeptes de l'explosion de sentiment. C'est bien plus direct et donc facile d'accès. Mais ce que la musique gagne en accessibilité, elle le perd en profondeur malheureusement (lieu commun). Cela ne se fait pas au détriment de la qualité des compositions, on retrouve les tiroirs chers au groupe qui se complaît à prendre son temps et étirer les plaisirs (comptez 10 minutes par chanson, mini). Les couches sont multiples, tirant profit de la rage électrique, de la candeur électrique, de la douceur acoustique. Le chant est le même qu'à l'accoutumée, oscillant entre raclage particulier, difficilement qualifiable, et clair éthéré typique.

Nous sommes heureux d'entendre toutes les qualités connues une nouvelle fois exploitées. Néanmoins ce sentiment persistant de « facilité » (s'entend pour le groupe) vient quelque peu gâcher la fête. Ne vous méprenez pas, la bouse est loin du rendez-vous,mais on aimerait se savoir emporté dans un voyage sans fin. Au lieu de ça, nous voilà embarqués dans une croisière prédéfinie. Peut-être Agalloch a-t-il enclenché la boîte automatique et se repose sur ses glorieux lauriers. Sa science de la composition en auto-guidage lui permettant d'accoucher de chansons mémorables malgré tout. Semi-black, semi-courageux, semi-déception, les sentiments qui dominent cet album sont étranges. On attendait des prises de risque, elles sont là comme on les aime sur le début de la très prog "Ghosts of the Midwinter Fires", mais trop isolées. On attendait un excellent album, il est quand même là. On attendait de l'atmosphère subtile, elle l'est à moitié. La très et trop longue "Black Lake Nidstang", résume cela par un mélange de joie (le clavier à la 11e minute) et ... d'attente un peu longue.


Bref, voici un album de la moitié, représentant parfait de la mi-molle. Le plus impressionnant dans l'affaire est qu'il n'en reste pas moins un très bon album qui satisfera les fans et tous ceux à la recherche de metal atmosphérique et bucolique avec une pointe de désespoir. Toutefois, Agalloch, en restant unique, avait habitué à plus, à de la recherche musicale et des choix plus risqués et originaux. La vitesse de croisière cela s'appelle ?

P.S. : un petit mot sur les différentes éditions, toutes superbes entre le digipack magnifiquement illustré écrit en relief et la version cristal noir intense, du joli œuvre.


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