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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 20 mars 2011
Sa note : 17.5/20

LINE UP

-Kelly Shaefer
(chant+guitare)

-Rand Burkey
(guitare)

-Tony Choy
(basse)

-Steve Flynn
(batterie)

TRACKLIST

1)Mother Man
2)Unquestionable Presence
3)Retribution
4)Enthralled in Essence
5)An Incarnation's Dream
6)The Formative Years
7)Brains
8)And the Psychic Saw

DISCOGRAPHIE


Atheist - Unquestionable Presence
(1991) - death metal - Label : Relapse Records



En 1989 Atheist s'est fait fortement remarquer par un premier album Piece Of Time très porté sur la technique saupoudrée de jazz, chose quasiment entièrement nouvelle dans ces années 90 naissantes et surtout, il a perdu Roger Patterson dans un accident de van en Louisiane alors que le bassiste recueillait les acclamations de tous pour sa virtuosité titanesque. Il était aussi un compositeur hors pair. Pourtant, le nouvel album était déjà composé et la notoriété grandissante d'Atheist attisait les fans. Aussi, pour continuer l'œuvre d'avec Patterson, décision fut prise d'enregistrer l'album avec un nouveau à la basse : Tony Choy.

Avec un aussi lourd passif, cet album ne pouvait décemment pas faire dans la demi-molle. Il lui fallait être à la hauteur de la légende qui commençait à se former ou se ramasser lamentablement corps et biens pour que tout le monde puisse cracher son venin et l'oublier. Ce fut le cas. Et ça pétarada ! Lorsque Unquestionable Presence sortit, on peut aisément imaginer la joie des fans et le choc des nouveaux arrivants, l'érection au plus dur. À l'époque, un tel niveau de technicité dans le death était inconnu. Couplé à des chansons à se retourner le cerveau liquéfié, il devenait imparable. En effet, durant les seulement 35 minutes de son cours, il n'y a aucun temps mort, point de présence n'est accordée au repos des tympans. Vous serez embarqués en permanence dans un tourbillon en ébullition de notes et de rythmes, contre-rythme, anti-rythme. Il vous sera bien difficile de suivre la masse incalculable de riffs différents casés dans un format aussi court. La densité de cet album est clairement proche du point de non-retour du trou noir. Fort heureusement, il ne n'effondre pas sur lui-même et forme une magnifique étoile à neutron. Un pulsar plus précisément tant il tourne vite. Profitons de ce paragraphe pour nous débarrasser du chant (raclé) : terriblement banal et plat, il a pour seul mérite de ne pas tuer la musique.

L'esprit de l'auditeur devra être éveillé cela ne fait aucun doute. Par bonheur, le son précis et aéré des instruments aide à l'intelligibilité du monstre. Les fréquences sont bien distinctes et les instruments ne se chevauchent aucunement. C'était indispensable pour éviter la bouillie infâme si piégeuse dans des cas pareils. Mention spéciale sera évidemment faite à la basse dont la proéminence dans le spectre sonore est imparable. Il fallait bien ça pour rendre hommage à la folie totalement délirante des lignes composées. Ça part dans tous les sens, avec une acuité prodigieuse et si nous sommes constamment sur le fil du rasoir, il n'est jamais coupé. C'est un délice permanent, une virevolte virtuose qui a le génie d'user de cette technique incroyable au service de la composition. Les amateurs de basse devraient en sortir le sourire béat aux lèvres. Il serait pourtant bien idiot d'en oublier les autres protagonistes. Kelly Shaefer et Rand Burkey assurent comme 2 avec leurs 6 cordes. Ils se fendent de soli proches du débouche-chiottes, mais arrivent à éviter l'indigestion de notes. C'est démonstratif, aucun doute, mais pas à l'excès quitte à en oublier les mélodies. Leurs riffs entrent dans la même ligne directrice : complexité et musicalité.

Steve Flynn à la batterie parachève le massacre en sortant des parties à la limite de la compréhension. Les changements de rythme sont légion et inattendus. Il devient physiquement compliqué de suivre le cheminement de ses descentes de toms ou ses délicats touchers jazzy sur les cymbales. À propos de jazz, il est souvent conféré au groupe une aura très jazz. C'est exagéré. Il en sera bien plus le cas sur le suivant, Elements. Unquestionable Presence est bien sûr ultra technique, mais jazz ... point trop n'en faut. Peut-être certaines structures rythmiques et certainement l'impressionnant travail sur les cymbales sont inspirés de ce style, mais la grande majorité est purement metal, à la lisière du thrash et du death. Pour les comparaisons, il n'y en a pas qui sautent aux oreilles. Cynic sera bien plus calme et jazz, Death est plus purement metal et Morbid Angel est incomparablement plus brutal. Peut-être Coroner, mais ma culture manque à l'appel. Au niveau des exemples de chansons bonnes à se damner, on citera l'orgie instrumentale, plus encore que les autres, "Retribution" et "Brains" dont les riffs, le slap de basse et les soli de guitares/batterie donnent tout son sens à l'expression « à s'en taper le cul par terre ».


Il n'y a pas de surprise pour les nombreux fans qui connaissent l'album, mais pour les autres sachez que Unquestionable Presence est simplement une putain de réussite comme on en aimerait tous les jours. Combinaison parfaite de la technique ultra démonstrative au service des compositions, on devrait l'imposer comme étalon de tous les groupes qui cherchent à prouver ce qu'ils savent faire avec des instruments. Magistral.

P.S. : Pour ceux qui acquerront la réédition remasterisée tout ça (soit tout le monde), sachez qu'il y a pléiade de bonus. Surtout des démos des titres avec Roger Patterson à la basse. C'est... instructif à défaut d'être réellement intéressant. Mais c'est au même prix, donc rien à redire.


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