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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 08 février 2011
Sa note : 7/20

LINE UP

-Dan "Hulk Guilty" Lapierre
(chant)

-Joce Gauthier
(guitare)

-Seb Cousineau
(basse)

-Dan Bernier
(batterie)

TRACKLIST

1)Slum of Cité-Soleil
2)Gambling, Gods n' Paprika
3)Irrefusable Atmosphere
4)Pig-Cochon
5)Le "Cake & Steak" Jazz
6)How to Get a Record Deal
7)Bridges @ Kalatrava
8)Mid-Way
9)The Complex Simplicity
10)Thankxzlist

DISCOGRAPHIE


Allguilty - The Complex Simplicity
(2011) - death metal - Label : Autoproduction



Ça fait mal. Ça fait très, très mal. Il est suffisamment rare de tomber sur un nouveau groupe enthousiasmant pour qu'on s'emballe, donc quand le groupe en question atomise tous les espoirs qu'on avait placés en lui dès le deuxième album ça pique. Primary Color Solution était un album de death comme on en voit peu, un concentré de noirceur et de colère qui laissait pantois, exsangue et ravi à la fois après l'écoute. The Complex Simplicity est tout le contraire de son illustre prédécesseur : plat, linéaire et sans génie, il est d'autant plus décevant que les ambitions affichées sont réelles.

À tout seigneur tout honneur : Allguilty est un groupe ambitieux, un groupe avec un réel projet artistique et une approche du métal qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. S'inspirant de la doctrine déconstructiviste de Jacques Derrida (rien que ça), le groupe a décidé de faire du métal en utilisant des éléments n'appartenant pas au giron du métal... sur le papier. Car cette description appelle une musique débridée voire partant en sucette, alors que The Complex Simplicity est un album incroyablement dense et compact. Le son est très gros, saturé à l'extrême et d'une clarté peu commune, notamment en ce qui concerne le rendu du jeu époustouflant de Dan Bernier... mais par un tour de passe-passe maléfique il manque également énormément de dynamique. C'est un bloc sans aspérité, extrêmement uniforme et qui donne l'impression qu'on écoute toujours le même riff sous-accordé. Le même constat est valable pour le chant de Ben Lapierre : alors que ce dernier s'était révélé effrayant de rage sur l'album précédent, sa performance sur ce disque est plus que décevante. Il ne donne plus cette impression de nous vouloir du mal, et son growl se contente d'être véhément et finalement assez peu technique. C'est l'intention qui faisait tout, et elle n'y est plus...

Les textes sont débités à une vitesse impressionnante mais semblent totalement détachés des riffs. On comprend pourquoi à la lecture : ce sont des pamphlets, des pavés bourrés de réflexions philosophiques très intéressantes, mais pas des paroles de chanson. "Gambling, Gods n' Paprika" et "Mid-Way" donnent dans la réflexion libre sur la condition humaine, "The Complex Simplicity" est une introspection, "How to Get a Record Deal" dit bien bien ce qu'il veut dire, "Bridge @ Calatavra" est un exercice de style sur la déconstruction dans l'architecture, comme "Frank O'Ghery" sur l'album d'avant... tout ça est d'un niveau confondant dans l'écriture, on est d'accord. Mais cette approche ne permet presque jamais à Lapierre d'insuffler le moindre groove - à l'exception du début de "The Complex Simplicity" ou il frôle le rap pour un résultat mortel - ou même le moindre mouvement à la musique qui passe derrière ses hurlements. Comme Allguilty compose sur le principe du riff après riff après riff, on ne voit jamais l'ombre d'un couplet ou d'un refrain pour donner les moindres points de repères. Les tempos changent, on passe fréquemment de rythmes speeds à du gros syncopé qui tabasse en règle dans la même chanson ("How to Get a Record Deal" en est un bon exemple), et pourtant cette saloperie d'impression d'uniformité persiste.

La raison de cette impression pesante, c'est qu'Allguilty ne laisse jamais respirer sa musique ou presque. Les plans sont enchaînés d'une manière implacable, et ça défile sans qu'il n'y ait de réelle rupture de ton si ce n'est entre passages bourrins et passages très bourrins. Ben balance ses paroles en hurlant d'une manière déstructurée (c'est cohérent avec la démarche, mais c'est moche), souvent dès le début de la chanson d'ailleurs... et du coup les seuls moments qui se détachent sont les trop rares intros. Le plan de basse aérien et les ambiances du début de "Bridge" font tout de suite mouche, la nappe inquiétante ouvrant "Irrefusable..." aussi : on a l'impression de sortir la tête de l'eau ! Les quelques délires qu'on trouve tout de même ici et là sont non seulement beaucoup trop rares mais également mal exploités : l'interlude chanté "Le Cake and Steak Jazz" dure quelques secondes, et le groupe fait deux fois de suite le coup du sample vielliot en outro (chanson des années vingt sur "Irrefusable...", opéra sur "Pig-Cochon") qui part aussi vite qu'il est venu. Sauf que saupoudrer des paillettes en chocolat ici et là sur un gâteau indigeste ne règle pas le problème, et que The Complex Simplicity reste au final méchamment sur l'estomac.

Ils tenaient quelque chose à un moment donné, ils ont visiblement des choses à dire, mais les Canadiens d'Allguilty n'ont pas transformé l'essai. C'est d'autant plus inquiétant qu'il leur a fallu trois ans pour produire cette galette d'une demi-heure, et que Lapierre souligne dans "How to Get a Record Deal" que les membres du groupe ont tous trente ans dépassés et que c'est maintenant où jamais qu'il faut qu'ils percent. C'est vraiment désolant de devoir le dire vu la bombe qu'était leur premier album, mais c'est plutôt mal barré.


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