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CHRONIQUE PAR ...

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Oni²
Cette chronique a été mise en ligne le 07 février 2011
Sa note : 17/20

LINE UP

-Mikael Stanne
(chant)

-Fredrik Johansson
(guitare)

-Niklas Sundin
(guitare)

-Martin Henriksson
(basse)

-Anders Jivarp
(batterie)

TRACKLIST

1) Free Card
2) ThereIn
3) Undo Control
4) Auctioned
5) To a Bitter Halt
6) The Sun Fired Blanks
7) Nether Novas
8) Day to End
9) Dober Mann
10) On Your Time

DISCOGRAPHIE

The Gallery (1995)
The Mind's I (1997)
Projector (1999)
Haven (2000)
Damage Done (2002)
Character (2005)
Fiction (2007)
Where Death is Most Alive (DVD) (2009)
We Are The Void (2010)
Construct (2013)
Atoma (2016)

Dark Tranquillity - Projector
(1999) - melodeath dark rock ambiant - Label : Century Media



Projector est, pour beaucoup de fans, le mouton noir dans la discographie de Dark Tranquillity. L’accueil mitigé qui lui a été réservé à sa sortie (et même encore aujourd’hui) est clairement lié aux débuts du groupe dans le genre musical qui les a fait connaître. Pour ce premier virage stylistique loin du style Gothenburg, la bande à Mikael Stanne a fait la part belle aux atmosphères, avec une aisance remarquable.

Le beugleur en chef nous avait familiarisés avec son growl immédiatement reconnaissable. Il dévoile cette fois toutes les palettes de sa voix. Son timbre clair brille tout le long du disque, soutenu par des claviers très présents (dès l’opener, le piano annonce la nouvelle couleur du groupe). Les deux ballades "Day to End" et la sublime "Auctioned" lui font honneur. On attribuera aussi à Mikael Stanne une grande partie du climat affligé qui parsème le disque. Sa voix claire plaintive exprime le désespoir le plus total. Les compos de Projector vont parfois même jusqu’à rappeler le metal dépressif de Katatonia. Chant, clavier, mélancolie : trois ingrédients pour un album plus calme, mais toujours empreint de l’aura sombre qui fait leur identité. Et comme pour adoucir encore l’ambiance déjà particulière, Johanna Andersson vient illuminer "Undo Control" de sa voix mélodieuse.

Ce ne sont bien sûr pas les seuls arguments de Projector. Les riffs typés death mélodique sont bien là (les très heavy "The Sun Fired Blanks" et "On Your Time"), les gratteux ont aussi de quoi contenter les fans de la première heure. Mais ils ont surtout choisi de surprendre. Les mélodies arpégées sont nombreuses ("Undo Control", couplet et break de "Nether Novas") y compris sur les morceaux les plus pêchus, même si la délicatesse prend plus souvent le pas sur la violence. Le tempo général s’est donc ralenti, les guitares sont moins souvent agressives, mais la tonalité des morceaux est toujours d’une beauté ténébreuse. Tous les musiciens semblent s’être ligués pour faire cracher à leurs instruments les sons les plus tristes qu’ils ont pu. De ma petite expérience, je dirais qu’aucun autre groupe de melodeath suédois n’a su retranscrire ce sentiment avec autant de talent.

Les titres melodeath énergiques peuvent être résumés par le classique "ThereIn", devenu porte-parole de l’album en concert et figurant régulièrement dans les setlists. Ce dernier est même assez représentatif de tout ce que propose le disque : couplets rageurs, refrain mélodique et un long break planant. "Dober Mann" brise quelque peu la tendance triste avec son riff presque festif, bien qu’il soit, comme les autres, ponctué de passages atmosphériques. Enfin, "On Your Time", qui clôture l’album opère dans le même registre que "ThereIn" et cerise sur le gâteau, offre une courte accélération finale ou le batteur lâche les chevaux (après autant de morceaux plus lents, ce sursaut de BPM apparaît comme une libération). Il est renforcé encore une fois par la voix death furieuse de Stanne, comme pour nous dire : « vous voyez, je sais aussi chanter, mais je suis toujours le meilleur en growl ».


Tout le monde s’accordera pour qualifier Projector comme l’album le plus atypique des Suédois. Les éléments atmosphériques et surtout le chant clair ne seront jamais plus aussi présents, bien que ce type de voix ait plus discrètement refait surface par la suite. Adulé ou rejeté à cause de cette particularité, il n’en est pas moins incontournable. Quand une formation emblématique et pionnière d’un courant musical choisit de se détacher de tout ce qui a fait son succès (ou presque), on ne peut que saluer la démarche et s’incliner bien bas lorsque l’initiative donne un résultat de cette qualité.



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