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CHRONIQUE PAR ...

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Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 12 décembre 2010
Sa note : 14/20

LINE UP

-Markus Becker
(chant)

-Manuel Trummer
(guitare)

-Michael Koch
(guitare)

-Florian Kreuzer
(basse)

-Mario Weiss
(batterie)

TRACKLIST

1)Fountain of Nepenthe
2)Pilgrim

3)The White Goddess
4)Temple of Katholic Magick
5)Disciples of the Iron Crown
6)Vesperal Hymn
7)The Atlantean Kodex
8)A Prophet in the Forest
9)The Golden Bough

DISCOGRAPHIE


Atlantean Kodex - The Golden Bough
(2010) - heavy metal épique - Label : Cruz Del Sur Music




Comme le disait le grand philosophe Herbert Léonard :« Pour le plaisir, prendre le temps de temps en temps. » Visiblement Atlantean Kodex n'a pas envie de rentrer dans la course au « toujours plus » qui anime le heavy metal aujourd'hui : toujours plus rapide, toujours plus technique, toujours plus puissant… Non, les Allemands ont juste eu envie de sortir un album hors du temps, quelque part entre le Bathory de l'époque Hammerheart et le Manowar des débuts.


Atlantean Kodex nous vient out droit de Bavière. À l'écoute de l'album, j'aurais pourtant juré qu'ils venaient de Marseille tant ils ont fait leur une des devises de l'OM : « on craint degun. » En effet, le groupe n'a pas peur de proposer un son suranné, digne des albums de heavy désargentés du début des années 80. Reverb' à mort sur la batterie, chant lointain, son de guitare brouillon… Un choix 100% assumé par les Allemands, puisqu'ils signent eux-mêmes la production de cet album. Ah ça, on est loin des canons de la Loudness War ! Ensuite, autre signe qu'Atlantean Kodex n'a peur de rien, The Golden Bough s'ouvre sur rien de moins qu'un pavé de plus de 10 minutes. Et encore, "Fountain Of Nepenthe" n'est qu'un amuse-gueule puisque dans la foulée, "Pilgrim" s'étend sur plus de 11 minutes ! Le pompon revient à "A Prophet in the Forest", qui affiche pile 15 minutes au compteur. Au final, si l'on retire l'interlude "The White Goddess" et la conclusion "The Golden Bough", on se retrouve avec 7 titres pour environ 63 minutes au compteur. Un peu comme si Manowar avait fait un album avec que des titres comme "Bridge of Death". Couillus les garçons !

Néanmoins, et c'est là tout le talent du groupe, ces titres passent d'une traite, sans que ne se dégage la moindre impression de longueur. C'est surtout le cas pour les deux premiers morceaux, où Atlantean Kodex parvient à nous faire plonger dans son univers et à nous faire adhérer à l'ambiance épique qui s'en dégage. Les Allemands nous ramènent en quelque sorte à l'essence d'une certaine idée du heavy : un chanteur qui sait chanter, avec une superbe voix et juste ce qu'il faut de lyrisme ; des mélodies vocales travaillées et mises en valeur par une superposition des pistes de chant d'une grande justesse, sans que cela ne sonne surchargé ; un guitariste qui sait se montrer tantôt puissant, tantôt fin, comme sur "Pilgrim" où sa façon de « répondre » au chanteur est d’une grande beauté ; un batteur qui a bien compris que son rôle est de donner le tempo et non d'épater la galerie en faisant de la triple pédale en salto arrière. Tout cela permet à Atlantean Kodex de faire durer le plaisir avec des compos longues car très lentes, mais incontestablement heavy : malgré quelques connexions avec le doom, la référence la plus immédiate reste Manowar.

Atlantean Kodex nous propose tout de même quelques morceaux plus courts, et parfois même rapides comme "Disciples of the Iron Crown" et sa structure sans fioritures : intro/couplet/refrain/break/refrain et on range le matos. Pour une fois on ne traîne pas… et c'est bien dommage, car les mélodies sont fabuleuses (la ligne du chant du début du break, à se damner) et auraient mérité d'être développées plus longuement. Tout le contraire de "Vesperal Hymn" : ce titre alterne passage calme, où Markus Becker chante quasi à cappella dans un style très théâtral, et passage d'une lourdeur écrasante. Cette fois, le groupe aurait sans doute gagné à tailler dans le gras, car la répétition du passage lourd ne s'imposait pas après la fin du second passage calme s'achevant par quelques notes de guitare acoustique qui semblaient marquer la fin du morceau. Autre titre moyennement réussi, "Temple of Katholic Magick" : le riff est prometteur, mais la trame du morceau, à dominante doom, s'avère un peu chiante à la longue (pléonasme ?), avant que le final interminable ne vienne définitivement consacrer ce titre comme le moins bon de l'album.


À l'heure où les groupes de metal manquent singulièrement de personnalité, Atlantean Kodex arrive avec sa propre conception des choses qui semble à des années-lumière de ce qui fait loi aujourd'hui. Les Allemands nous offrent un album qui nous ramène à une époque antédiluvienne : celle où il fallait prendre son temps et se concentrer pour apprécier un disque, plutôt que de lancer distraitement des MP3 sur Winamp en faisant autre chose à côté. The Golden Bough n'est peut-être pas une réussite sur toute la ligne, mais j'ai vraiment envie de donner un petit coup de pouce sur cet album qui a le mérite de suivre son propre chemin. Bonne chance à eux.


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